Société

OCCUPATION ANARCHIQUE DES ESPACES À DAKAR: À Colobane, la cohabitation avec les mendiants devient explosive

Au marché de Colobane, la cohabitation entre riverains, commerçants, usagers et personnes en situation de mendicité devient de plus en plus difficile. Des vidéos diffusées sur les réseaux sociaux au cours du week-end montrent des habitants tentant de déloger eux-mêmes certains mendiants installés aux abords du marché. Des scènes tendues qui traduisent un malaise grandissant et relancent le débat sur l’occupation de l’espace public et la prise en charge des personnes vulnérables.

À Colobane, l’exaspération gagne du terrain. Dans ce quartier populaire de Dakar, connu pour son marché très fréquenté, la présence de nombreuses personnes en situation de mendicité suscite désormais de vives réactions. Ces dernières heures, des images relayées sur les réseaux sociaux ont montré des riverains intervenir directement pour demander à certains mendiants de quitter les lieux.

Sur des vidéos publiées sur le réseau social X par Djily Gaye, le ton monte rapidement. Des échanges houleux opposent des habitants à des personnes présentées comme des mendiants d’origine étrangères. Dans une atmosphère électrique, certains riverains semblent décidés à prendre eux-mêmes les choses en main. Les discussions deviennent animées et la confrontation paraît, par moments, difficile à contenir.

Colobane sous pression

Il faut dire que le marché de Colobane est l’un des endroits les plus bouillonnants de la capitale. Dès les premières heures de la journée, commerçants, clients, transporteurs, vendeurs ambulants et riverains se disputent un espace déjà fortement sollicité. À cette forte affluence s’ajoutent les personnes qui tendent la main aux passants ou s’installent le long des voies et des espaces de passage.

Pour certains riverains, la situation est devenue difficilement supportable. Ils pointent du doigt l’occupation de certains espaces publics, les sollicitations répétées ainsi que les difficultés de circulation des piétons et des véhicules dans cette zone commerciale déjà particulièrement encombrée.

Les scènes observées ces dernières heures apparaissent ainsi comme l’expression d’un ras-le-bol qui couvait depuis un certain temps. Mais elles font également craindre un dérapage. Car, à mesure que la tension monte, le risque est de voir des citoyens se substituer aux autorités pour tenter de régler eux-mêmes le problème.

Entre ras-le-bol et urgence sociale

La situation de Colobane remet surtout au premier plan une problématique bien plus large : celle de la mendicité dans les rues de Dakar. Le phénomène ne se limite pas à ce marché. Aux grands carrefours, aux abords des marchés, des gares et autres lieux très fréquentés, la présence d’une forte colonie de mendiants originaire de pays de la sous-région sollicitant l’aumône fait désormais partie du décor quotidien de la capitale.

Mais derrière l’occupation de l’espace public se cache également une réalité sociale. Une partie de ces personnes vit dans une grande précarité et installe le désordre dans les rues. D’où la difficulté de concilier deux impératifs : garantir la libre circulation et la tranquillité des usagers tout en apportant une réponse sociale et humaine aux personnes vulnérables. À Colobane comme ailleurs dans Dakar, cette équation semble aujourd’hui atteindre un point critique.

Éviter que la situation ne dégénère

Si les riverains peuvent exprimer leur ras-le-bol face aux désagréments qu’ils subissent, les scènes de confrontation interpellent sur les limites à ne pas franchir. La violence ou la justice populaire ne peuvent se substituer à l’intervention des services compétents.

Les images diffusées depuis Colobane sonnent donc comme un avertissement. Au-delà de la colère des habitants, elles mettent en lumière la nécessité d’une intervention des autorités pour organiser l’espace public, prévenir les affrontements et apporter une réponse durable au phénomène de la mendicité. Car, faute d’encadrement, le face-à-face entre populations excédées et personnes en situation de vulnérabilité pourrait rapidement prendre une tournure plus préoccupante.

Mariem DIA