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MALICK DRAMÉ, EXPERT PÉTROLIER, SUR LA HAUSSE DU CARBURANT: « L’État n’a pas les marges de manœuvre pour maintenir les prix »

Dans une interview exclusive accordée à L’Informé, Malick Dramé, expert pétrolier, décrypte la nouvelle hausse des prix du super et du gasoil, désormais fixés respectivement à 990 FCFA et 755 FCFA le litre. Selon lui, ces tarifs restent en deçà des coûts réels du marché, une partie de la facture continuant d’être supportée par l’État. Pour les prochains mois, l’expert estime que l’évolution des prix dépendra principalement de la situation au Moyen-Orient, de la parité euro-dollar et des arbitrages budgétaires du gouvernement.

Comment appréciez-vous la nouvelle hausse des prix du carburant au Sénégal ?

D’abord, il faut replacer cette hausse dans la conjoncture géopolitique mondiale. Les tensions accrues au Moyen-Orient et la volatilité sur les routes maritimes ont poussé les coûts mondiaux à la hausse de plus de 61% pour le supercarburant et de plus de 69% pour le gasoil sur les marchés internationaux. Il faut également prendre en compte les contraintes liées au raffinage local. Malgré l’existence de la SAR, le Sénégal reste fortement dépendant des importations de produits raffinés, ce qui expose l’économie nationale aux cotations internationales. Enfin, il y a la pression exercée sur les finances publiques. Les dépenses engagées pour stabiliser les prix à la pompe dépassent déjà 245 milliards de FCFA en 2026, d’après les chiffres annoncés par le ministère. Ce sont les principaux éléments qui permettent de comprendre cet ajustement des prix. Et le fait est que l’État n’a pas les marges de manœuvre pour maintenir les prix.

Dans quelle mesure le cours du baril de pétrole sur le marché international influence-t-il directement les prix à la pompe au Sénégal ?

L’impact du cours du baril est direct, mais il est atténué par la fiscalité et les subventions. Le prix à la pompe résulte notamment du prix d’importation, auquel s’ajoutent les coûts de distribution et les taxes, avant déduction des subventions accordées par l’État. Sans ce mécanisme d’atténuation publique, le coût réel calculé à l’importation atteindrait environ 1 019 FCFA pour le super et 1 044 FCFA pour le gasoil. Cela signifie que l’État continue de prendre en charge une partie de l’écart pour limiter l’impact sur les consommateurs. Le Sénégal produit du pétrole et du gaz depuis deux ans. 

Pourquoi les Sénégalais ne ressentent-ils pas encore les effets de cette production sur les prix du carburant ?

Effectivement, les Sénégalais ne ressentent pas encore directement l’impact de la production pétrolière sur les prix du carburant. Même si l’exploitation de Sangomar a démarré depuis plus de deux ans, deux réalités techniques doivent être prises en compte. D’abord, le pétrole brut de Sangomar est commercialisé sur le marché international afin notamment de maximiser les recettes tirées de cette production. Il n’est pas directement transformé localement en carburants répondant aux spécifications requises pour les véhicules. Ensuite, il y a la question des capacités de raffinage. Nous avons un brut dont les caractéristiques nécessitent des installations adaptées. Or, la SAR est une raffinerie semi-complexe et ne dispose pas encore de toutes les capacités nécessaires pour traiter l’intégralité du brut local. Elle doit donc poursuivre son programme de modernisation et d’adaptation technique afin de pouvoir davantage valoriser le brut sénégalais et, à terme, réduire la facture d’importation des produits pétroliers finis.

Le gouvernement a-t-il encore la possibilité de subventionner les prix pour éviter une nouvelle hausse ? Et à quel prix pour les finances publiques ?

Le Sénégal a la capacité juridique d’agir sur les prix, mais sa marge de manœuvre financière est aujourd’hui contrainte. Il est difficile de maintenir indéfiniment des subventions importantes, alors que l’État doit également mobiliser des ressources budgétaires pour les investissements sociaux, l’éducation et les infrastructures prioritaires. Les choix opérés pour préserver les prix de certains produits essentiels, notamment le gaz domestique et l’essence destinée à certains secteurs, traduisent toutefois une volonté de protéger les ménages et des activités comme la pêche artisanale. Mais les capacités budgétaires de l’État ne sont pas illimitées.

En un mot, êtes-vous optimiste ou pessimiste quant à l’évolution des prix du carburant au Sénégal ?

Pour moi, la trajectoire d’ici à la fin de l’année dépendra de trois facteurs essentiels : la stabilité au Moyen-Orient, l’évolution de la parité euro-dollar et les arbitrages budgétaires de l’État. Une stabilisation rapide des coûts sur les marchés internationaux pourrait permettre d’éviter de nouvelles hausses. Il faut également adresser un message aux consommateurs. Cette situation appelle une responsabilité collective. L’État maintient des efforts importants sur certains produits afin de limiter le choc social. Dans le même temps, tout doit être mis en œuvre avec les acteurs de la mobilité pour éviter que la hausse des carburants ne soit répercutée de manière disproportionnée sur les usagers et sur le panier de la ménagère. Il faudra enfin adapter les comportements et encourager une meilleure optimisation de la consommation de carburant au quotidien.

Propos recueillis par 

Abdoulaye DIAO