AMINATA TOURE MET EN GARDE SONKO: « On ne peut pas gouverner le pays à partir de l’Assemblée nationale »
Mme Aminata Touré s’est prononcée sur la controverse autour des crédits spéciaux et le bras de fer entre l’Exécutif et la majorité parlementaire. L’ancienne Première ministre soutient la démarche du chef du gouvernement devant le Conseil constitutionnel et réclame, parallèlement, des explications à Ousmane Sonko sur l’utilisation des 1,7 milliard FCFA de fonds spéciaux dont il aurait disposé lorsqu’il dirigeait la Primature.
La polémique sur les crédits spéciaux prend une nouvelle dimension. Invitée ce dimanche de l’émission « Point de vue » sur la RTS, Aminata Touré, ancienne Première ministre et superviseure générale de Kiiraay, estime que le débat ne doit pas seulement porter sur la transparence, mais également sur le respect de la séparation des pouvoirs entre l’Exécutif et le Législatif.
Sur la question des crédits spéciaux accordés à la Primature, Aminata Touré rejoint Aly Ngouille Ndiaye, qui avait soutenu qu’Ousmane Sonko aurait été le premier Premier ministre à bénéficier de fonds de cette nature. « Il a absolument raison », a-t-elle déclaré. Elle assure qu’aucun de ses prédécesseurs, pas plus qu’elle-même, n’aurait bénéficié d’un dispositif comparable.
« Qu’il nous explique ce qu’il en a fait »
L’ancienne cheffe du gouvernement s’interroge surtout sur les 1,7 milliard FCFA qu’elle attribue à Ousmane Sonko lorsqu’il était Premier ministre. « Ce serait bien qu’il nous explique en disant : voilà ce que j’en ai fait », a-t-elle lancé.
Aminata Touré reconnaît avoir elle-même disposé, à la Primature, de ressources particulières destinées notamment à la gestion de la crise en Casamance. Elle affirme toutefois que ces fonds étaient inscrits dans le budget de l’État, traçables dans la comptabilité publique et sans commune mesure avec le montant aujourd’hui évoqué.
Elle défend par ailleurs l’existence des fonds spéciaux, estimant qu’ils ne servent pas uniquement aux questions de sécurité. Ils permettent également, selon elle, de financer certaines interventions relevant de la solidarité nationale, notamment des évacuations sanitaires ou l’accompagnement d’événements religieux.
Mise en garde contre l’Assemblée nationale
Sur le plan institutionnel, Aminata Touré apporte son soutien à la démarche du Premier ministre concernant la proposition de loi sur les crédits spéciaux. À ses yeux, le Parlement dispose d’un pouvoir de contrôle, mais ne doit pas empiéter sur les compétences de l’Exécutif dans l’exécution des crédits. « Il ne faut pas que l’Assemblée nationale et son président pensent qu’ils peuvent gouverner le pays à partir de l’Assemblée nationale. Ça ne fonctionne pas comme ça », avertit-elle. Elle soupçonne même une volonté de créer « artificiellement une crise institutionnelle » et appelle chaque pouvoir à « rester dans le périmètre fixé par la Constitution ».
Mariem DIA

