SORTIE MEDIATIQUE: Sonko déballe sur le carburant, le foncier et ses divergences avec Diomaye
Le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko, a accordé hier un entretien à quelques médias locaux au cours duquel il a passé en revue plusieurs sujets brûlants. Fonctionnement de l’Assemblée nationale, flambée des prix du carburant, gestion du foncier, les fonds politiques et ses divergences avec le président Bassirou Diomaye Faye. Le leader de Pastef s’est longuement expliqué, tout en assumant ses positions.
Installé à la tête de l’Assemblée nationale après son passage à la Primature, Ousmane Sonko veut donner une nouvelle impulsion à l’institution parlementaire. Il a toutefois commencé par saluer le travail réalisé par son prédécesseur, El Malick Ndiaye, notamment dans la modernisation de l’administration et des procédures budgétaires. « Si toutes les législatures précédentes avaient fait le tiers de ce qu’il a fait, on aurait pu avoir une Assemblée nationale extraordinaire, a-t-il soutenu. L’Assemblée a fait deux ans et n’a pas initié de commission d’enquête parlementaire. En termes d’initiative de la loi, c’était un peu à la traîne ».
Carburant : Sonko désavoue la hausse
Sur la hausse des prix du carburant, Ousmane Sonko estime que gouverner exige de la « compassion » et que les décisions économiques ne peuvent se résumer aux statistiques ou aux exigences venues de l’extérieur. Selon lui, lorsqu’une politique de subvention devient difficile à maintenir, les autorités doivent expliquer directement la situation aux populations. L’ancien Premier ministre affirme surtout que la hausse était prévisible depuis son départ du gouvernement. « Depuis que je suis sorti du gouvernement, ils étaient en train de voir comment faire augmenter les prix. Seulement, ils voulaient au préalable préparer l’opinion », déclare-t-il.
Sonko révèle avoir directement interrogé Bassirou Diomaye Faye sur cette perspective. « Lors de ma dernière entrevue avec le président Bassirou Diomaye Faye, je lui ai demandé si les prix des produits de consommation allaient augmenter et il m’avait répondu par la négative. Je lui avais également demandé s’il allait accepter la restructuration. Il a dit non », rapporte-t-il. Pour lui, pourtant, « cela ressemble plus à un plan structurel. Si mes instructions avaient été prises en compte, on n’allait jamais hausser les prix, malgré la crise dans le monde. On pouvait même les diminuer. Et c’est ça qu’on attend d’un gouvernement. Les ajustements et la restructuration ne se feront pas au détriment de la population ».
Foncier : « une bombe à retardement »
Autre dossier explosif : le foncier. Ousmane Sonko affirme avoir pris, lorsqu’il était Premier ministre, la responsabilité de mettre en place des mécanismes de vérification des attributions et lotissements. Aujourd’hui à l’Assemblée, il compte utiliser les commissions d’enquête parlementaire pour poursuivre ce travail. « J’ai pris mes responsabilités en tant que président pour deux commissions, afin de bien traiter les questions foncières. Tous ces lotissements ne respectent pas la loi à 90%. Mais il y a aujourd’hui des lobbies qui veulent saisir la justice pour que les commissions d’enquête soient dissoutes. Il y a une société civile encagoulée qui veut protéger de gros bonnets, accuse-t-il. Le foncier est une bombe à retardement et il faut des décisions fermes. Il est nécessaire de vider le passif et éviter les conflits fonciers ».
Diomaye-Sonko : les vraies divergences exposées
Ousmane Sonko a enfin abordé ses rapports avec le chef de l’État. Selon lui, leurs divergences ne reposent pas sur des querelles de personnes ou sur la création de formations politiques. Le véritable désaccord porterait plutôt sur des questions de gouvernance, de transparence et de souveraineté. Il rejette surtout les accusations selon lesquelles il aurait constitué un frein à l’action présidentielle. « On a dit à Diomaye que c’est moi qui le bloquais. Il s’est enfermé avec des technocrates qui sont pour la plupart à l’origine des maux du système. Si c’était moi le blocage, je suis parti il y a trois mois. Ils n’ont rien fait », pointe-t-il.
Mame Ndella FAYE

