CAMPAGNE DE COMMERCIALISATION DE L’ARACHIDE: Le Sud abandonné, les paysans contraints de brader leur récolte
Dans le Sud du Sénégal, la campagne de commercialisation de l’arachide tourne au cauchemar. Faute de points de collecte et d’acheteurs, des producteurs, déboussolés et à bout de souffle, sont contraints de brader leurs graines à 250 FCFA le kilo, voire moins, dans les marchés hebdomadaires. Une situation jugée catastrophique par les paysans, qui dénoncent un flop total de la campagne agricole dans la région.
Dans le département de Bounkiling (région de Sédhiou), l’impatience et l’angoisse gagnent les exploitants agricoles. « Depuis plus d’un mois, j’attends un acheteur. Il n’y a ni points de collecte ni opérateurs agricoles dans le département. Pourtant, j’ai besoin d’argent pour faire face à mes charges et j’ai peur de perdre ma production stockée », témoigne Diamanti Ba, la soixantaine, pourtant auteur d’une excellente récolte cette année.
« Par la grâce de Dieu, la production a été record », souligne-t-il, amer.Comme lui, nombreux sont les paysans qui se résignent à vendre leurs arachides dans les loumas, à des prix dérisoires. « J’ai vendu une partie de ma production au louma de Touba Mourides à 250 FCFA le kilo. Je n’avais pas le choix, j’ai des urgences à régler », confie Demba Sow, visiblement révolté.
« La pire campagne de commercialisation… »
Selon plusieurs producteurs interrogés, aucun point de vente ni secco n’est fonctionnel dans le département de Bounkiling. Pour écouler leurs graines, ils se ruent vers les marchés hebdomadaires. « Nous assistons à la pire campagne de commercialisation arachidière au Sénégal », lâche un paysan, totalement désorienté par la mévente de sa production.
Malgré des dettes contractées pour l’achat d’engrais, de semences et d’intrants, certains refusent de céder à la braderie. « J’ai accumulé des dettes cette saison, mais la récolte est très bonne, Al Hamdoulilah. Nous sommes pourtant très déçus par le gouvernement. Je ne vendrai pas le kilo en dessous du prix fixé par l’État, à 305 FCFA, même si j’ai besoin d’argent », affirme Samba Sène, l’un des plus grands agriculteurs de Médina Wandifa, qui fait face à de sérieux problèmes de stockage.
Un appel direct au gouvernement
Pour Pathé Diao, le problème est clair. « À quoi sert de baisser les prix du riz, de l’huile ou de l’électricité si nous ne pouvons pas vendre notre production ? Sans revenus, nous ne pourrons rien acheter. Ce que nous demandons au gouvernement, c’est simple : acheter nos graines. Nous les avons élus pour régler nos problèmes. Et pour nous, agriculteurs, le principal problème, c’est l’écoulement de nos produits », souligne Diao.
Face à cette situation, les agriculteurs du Sud interpellent directement le duo Diomaye-Sonko. Pourtant, en début de semaine, le Premier ministre Ousmane Sonko était dans le Saloum pour échanger avec les acteurs de la filière, dans le cadre du suivi de la campagne de commercialisation de l’arachide. Accompagné notamment du ministre de l’Agriculture, du ministre de l’Industrie et du Commerce, du Secrétaire d’État chargé des Coopératives et de l’Encadrement paysan, ainsi que du directeur général de la SONACOS, le Chef du Gouvernement a entamé sa tournée par le point de collecte de Kaolack.
Devant les producteurs, il a annoncé des mesures fortes, assurant avoir instruit la SONACOS pour porter ses achats à 450 000 tonnes, contre 250 000 tonnes initialement prévues. Après Kaolack, la délégation s’est rendue à Ndiaffate, où les discussions ont porté sur les défis persistants de la commercialisation de l’arachide. Sur le terrain, cependant, dans le Sud du pays, les paysans attendent toujours que ces annonces se traduisent en actes concrets.
Abdoulaye DIAO

