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POLITIQUE MONÉTAIRE DE L’UEMOA: La BCEAO maintient son principal taux directeur à 3%

Le Comité de politique monétaire (CPM) de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a décidé de maintenir inchangés ses principaux instruments de politique monétaire à l’issue de sa deuxième session ordinaire de l’année 2026, tenue ce mercredi, à Dakar, sous la présidence du gouverneur, Jean-Claude Kassi Brou.

Ainsi, le principal taux directeur auquel la Banque centrale prête ses ressources aux banques demeure fixé à 3,0%, tandis que le taux d’intérêt du guichet de prêt marginal reste maintenu à 5,0%. Le coefficient des réserves obligatoires applicable aux établissements de crédit de l’Union est également conservé à 3,0%. Cette décision intervient dans un contexte marqué par une conjoncture économique globalement favorable au sein de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), mais aussi par des incertitudes persistantes sur le plan international.

Une croissance solide et une inflation maîtrisée
Présentant les conclusions des travaux du Comité, le gouverneur de la BCEAO a souligné les performances économiques de l’Union au cours du premier trimestre 2026. « Nous avons relevé une évolution favorable de la situation économique, monétaire et financière de l’Union au premier trimestre 2026. La croissance économique demeure robuste et le taux d’inflation devrait se maintenir dans la fourchette cible arrêtée par le Comité de politique monétaire pour l’année 2026 », a déclaré Jean-Claude Kassi Brou.
Selon les prévisions de la BCEAO, la croissance économique de l’Union devrait atteindre 6,1% en 2026. Quant à l’inflation, elle reste contenue malgré une légère remontée observée ces derniers mois. Après s’être établie à -0,8% au dernier trimestre de 2025, elle est passée à -0,2% au premier trimestre 2026. « L’inflation remonte, mais elle reste encore probablement dans une zone négative », a expliqué le gouverneur, précisant que l’institution table sur un taux moyen de 1,6% pour l’ensemble de l’année.

Une position extérieure renforcée
La BCEAO note également une amélioration de la situation extérieure de l’Union. Cette évolution est portée par la hausse des exportations d’or, de cacao et d’hydrocarbures, ainsi que par les ressources extérieures mobilisées par les États membres.
« Le compte courant extérieur est autour de 2%. C’était négatif, mais il passe positif. Nos réserves se sont consolidées. Donc nous sommes dans une situation relativement confortable en matière de réserves », a assuré Jean-Claude Kassi Brou qui a également fait état d’une liquidité bancaire jugée confortable, contribuant à la stabilité du système financier régional.

Le conflit au Moyen-Orient au cœur des préoccupations
Malgré ces indicateurs favorables, la BCEAO demeure vigilante face aux risques provenant de l’environnement international. Le principal sujet d’inquiétude reste l’aggravation du conflit au Moyen-Orient et ses répercussions sur les marchés mondiaux de l’énergie.
Selon le Fonds monétaire international (FMI), la croissance mondiale a été revue à la baisse à 3,1%, tandis que les prévisions d’inflation mondiale ont été relevées de 4,1% à 4,4%. « On ne sait pas très bien quand est-ce que ça va prendre fin, jusqu’où ça va aller », a indiqué le gouverneur de la BCEAO.
Les tensions géopolitiques ont déjà des conséquences au sein de l’UEMOA. La flambée des cours du pétrole a conduit cinq pays de l’Union à procéder à des ajustements des prix des carburants à la pompe. « Une aggravation de la crise au Moyen-Orient pourrait avoir des effets négatifs sur les prix intérieurs dans l’Union. Elle pourrait également affecter l’équilibre extérieur et la soutenabilité des finances publiques des États membres », a averti Jean-Claude Kassi Brou.

Une politique de prudence
Face à cette situation, le Comité de politique monétaire a opté pour le statu quo, estimant que les fondamentaux économiques de l’Union demeurent solides mais qu’il convient de rester prudent. « Il n’y a pas péril en la demeure. Les clignotants sont au vert, mais il y a la prudence compte tenu du fait qu’il y a des risques qui pèsent sur l’environnement international. Et si ces risques venaient à se matérialiser au-delà de ce qui est déjà matérialisé, ça peut avoir un impact sur nos équilibres macroéconomiques », a souligné le gouverneur.
Le CPM considère ainsi qu’il est « opportun de maintenir l’orientation actuelle de la politique monétaire », tout en restant prêt à intervenir si l’évolution de la conjoncture l’exige. « Nous restons attentifs à l’évolution de la situation et prendrons, le cas échéant, les mesures nécessaires pour assurer la stabilité monétaire et financière dans notre Union », a conclu Jean-Claude Kassi Brou.

Abdoulaye DIAO