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LA CHRONIQUE DE MLD: Diomaye et Sonko jouent- ils contre le Sénégal ?

« Le Sénégal n’a pas besoin de vainqueurs mais d’hommes d’Etat ».
Thierno Amadou BA, Khalife Général de Bambilor

Le Président Bassirou Diomaye Faye tient visiblement à normaliser la fonction présidentielle. Ses récentes décisions fortes liées notamment à la nomination de madame Aminata Touré au poste de coordonnatrice de la coalition Diomaye Président attestent largement d’une opération-choc de reprise en main du pouvoir. Diomaye dopé par on ne sait qui ou quoi veut désormais marquer son territoire. Il veut draguer et tracter directement le peuple, disons sans intermédiaire. L’art de la séduction reste le carburant de toute relation humaine. Et puis, un Chef d’Etat a l’obligation de susciter personnellement l’espoir pour faire rêver ses mandants. C’est basique !
Faudrait-il le rappeler, le Sénégal a toujours été géré sous le prisme d’un présidentialisme fort incarné d’abord par Léopold Sedar Senghor puis Abdou Diouf, Me Abdoulaye Wade et Macky Sall.L’actuel Président est exactement dans la dynamique de restauration de ce mode de fonctionnement même s’il avait déclaré urbi et orbi qu’il voulait également un Super Premier ministre. Apparemment les temps ont changé. Le discours et les actes aussi. Les enjeux délicats du pouvoir sont passés par là.
Le problème c’est que le Sénégal avait semble-t-il élu un ticket à l’américaine. Le slogan «Diomaye moye Sonko» et vice-versa n’était pas tombé de nulle part.
Il y’a une célèbre antienne qui dit trivialement que «l’élection présidentielle est la rencontre d’un homme et d’un pays, d’un homme et d’un peuple ». Au Sénégal, ce qui s’était passé en mars 2024 répondait-il à ce paradigme mondialement connu ? Non, si l’on prend en compte l’implication capitale voire vitale d’un autre homme, Ousmane Sonko en l’occurrence. Voilà toute la complexité de la situation dans laquelle le Sénégal, pays réputé pour sa stabilité enviable, est aujourd’hui confronté.
Diomaye et Sonko doivent –ils se séparer pour apporter au moins un peu de lisibilité dans le champ politique ? Dieu seul sait, les voies du Seigneur étant impénétrables.
Ce qui est clair comme l’eau de roche, c’est que les deux protagonistes sont dans un véritable jeu d’échecs. Ils ont beau tenté de se rabibocher pour appliquer un garrot et arrêter l’hémorragie mais un ressort s’est visiblement cassé. Ils ne peuvent tromper personne. En l’état actuel des choses, il est évident que ce compagnonnage institutionnel inédit qui met en lumière à la fois deux têtes de pont de l’exécutif ne peut plus prospérer. Les vieux démons de la division sont entrés en action et il semble qu’ils ont quelque part réussi leur coup.
Le peuple sénégalais en proie à d’inextricables difficultés liées à la vie chère est exactement le dindon de cette farce de mauvais goût, le grand perdant.
Il ya une hypothèse optimiste mais surréaliste qui est également en train d’être agitée dans plusieurs salons feutrés de Dakar et environs sans doute pour rassurer le bouillant peuple de Pastef. Du genre Diomaye et Sonko ont installé une crise politique factice pour piéger leurs nombreux contempteurs du champ partisan afin de les regrouper au sein de la Diomaye Président pour les identifier, les mettre en mal avec l’opinion publique avant de les exécuter. Une thèse saugrenue à notre humble avis mais soutenue aussi par Gueum Sa Bopp de Bougane Gueye Dany de l’opposition pour qui Pastef est dans la diversion pour rester au pouvoir en 2029 malgré son échec cuisant à la tête de l’État. Tout cela ajoute davantage à la confusion.
Ce qu’il faut savoir, c’est que Diomaye et Sonko sont plutôt dans le réel. Chacun avance ses pions en calculant l’autre et surtout en se servant de relais comme Mimi Touré d’un côté et Waly Diouf Bodian, Fadilou Keita et les influenceurs Pastef du Web de l’autre.
Pendant ce temps, quid de la relance économique ?
Quid de la souveraineté alimentaire ?
Quid des baisses annoncées et tant espérées des prix des denrées de consommation courante (riz, huile, sucre, farine…) , de l’électricité et du carburant ?
Quid du Plan de redressement économique et social -PRES- ?
Quid de la question stratégique de l’édification d’infrastructures structurantes comme les routes, les ponts, les aéroports ou encore la relance de la ligne ferroviaire Dakar/ Bamako ?
Le scrutin présidentiel à venir, mère des batailles, occupe tous les esprits. Mais nous ne sommes pas encore en 2029 et il faut travailler pour satisfaire les 18 millions de Sénégalais.
Si la séparation des deux supposés amis est la solution pour une véritable embellie économique, pourquoi pas ?
Il faut remarquer que la relation Diomaye/ Sonko s’est refroidie suite au Tera- Meeting du 08 novembre 2025. On n’a pas besoin de sortir de Sciences Po pour le constater.
Le problème c’est que le Président Faye ne veut pas prendre l’initiative de la séparation malgré les nombreuses agitations de son entourage et surtout des faucons qui essaient de maîtriser tout Chef d’Etat. Sonko non plus ! Le Premier ministre ne veut pas claquer la porte pour donner raison à ceux qui lui ont toujours collé une sinistre réputation de boudeur. Mieux ou pire (c’est selon), Sonko se mire matinalement devant sa glace pour se voir en actionnaire majoritaire du fameux « PROJET ». Autrement dit, il risque de ne quitter l’attelage gouvernemental que contraint et forcé par le détenteur du puissant décret transformationnel : l’homme fort qui nomme aux emplois civils et militaires. Si le Président de la République le démet de ses fonctions, Sonko va engranger un gain politique considérable au regard de sa popularité.
En attendant, les deux acteurs jouent une pièce de théâtre insipide en entonnant le célèbre refrain de Serge Gainsbourg : « Je t’aime, moi non plus».
Le peuple sénégalais unique employeur de ce tandem aux commandes du pied continue de se morfondre dans une incertitude indicible.
En espérant de ne pas boire à la place le calice jusqu’à la lie.
Les Sénégalais n’attendent pas de la perfection de la part des deux Leaders mais juste de la hauteur.
Car comme l’a si bien dit le Khalife Général de Bambilor, le sage Thierno Amadou BA : « Le Sénégal n’a pas besoin de vainqueurs mais d’hommes d’Etat ».