SUCCESSEUR DE SERIGNE BASSIROU GUEYE: Moustapha Ka, le magistrat discret appelé à réinventer l’OFNAC
Il avance sans bruit, mais son nom fait toujours écho dans les couloirs feutrés de la justice sénégalaise. Ce 27 novembre 2025, en le nommant président de l’Office national de lutte contre la fraude et la corruption (OFNAC), le chef de l’État n’a pas seulement procédé à un renouvellement institutionnel : il a choisi un symbole. Un homme dont le parcours, minutieusement bâti entre rigueur technique, sens de l’État et batailles judiciaires à haute intensité, annonce un tournant pour une institution en quête d’élan et de crédibilité.À ses côtés pour réinventer l’OFNAC et prendre la suite de Serigne Bassirou Gueye, le choix de Birahime Seck, figure emblématique du Forum civil, désigné vice-président de l’OFNAC, donne à ce duo un relief particulier : l’alliance entre l’expertise judiciaire et la vigilance citoyenne. Une cohabitation inédite, qui rebat les cartes de la gouvernance publique.
Un magistrat forgé par la discipline et l’exigence
Le parcours de Moustapha Ka n’a jamais été tapageur. Mais il a été constant. Formé à l’Université Cheikh Anta Diop, passé par le Centre de Formation judiciaire (promotion 1997-1999), il débute comme substitut du procureur à Dakar, puis à Ziguinchor. Déjà, à l’époque, ses pairs saluent un esprit méthodique, une plume précise et une capacité rare à démêler les dossiers complexes.Très tôt, il se frotte aux rouages sensibles de la justice pénale. Avocat général près la Cour d’appel de Dakar, puis directeur des droits humains au ministère de la Justice, il conjugue technicité juridique, gestion institutionnelle et défense des libertés.
Un équilibre subtil, rarement maîtrisé dans un système où les urgences politiques rivalisent souvent avec les impératifs de droit.
Dans les coulisses du pouvoir et des arènes internationales
S’il connaît les tribunaux, Moustapha Ka connaît aussi l’État. En tant que conseiller technique à la Présidence, il navigue au cœur des dossiers stratégiques, ceux dont les traces ne sont visibles que dans les archives confidentielles. Sa stature prend une dimension continentale lorsqu’il devient procureur général adjoint aux Chambres africaines extraordinaires, où il se frotte à des affaires transnationales d’une rare intensité : crimes complexes, réseaux tentaculaires, enquêtes internationales.Cet épisode renforce son aura. Celle d’un magistrat aussi à l’aise dans les dédales du droit pénal que dans les dispositifs de coopération judiciaires africains et onusiens.
Un expert des crimes économiques et financiers
Moustapha Ka est de ceux qui comprennent les circuits occultes, les flux illicites, les financements criminels. Il enseigne, forme, conseille. Ses avis pèsent dans les évaluations du Sénégal, qu’elles proviennent des Nations-Unies ou du GIABA, l’organe spécialisé dans la lutte contre le blanchiment en Afrique de l’Ouest.Spécialiste du blanchiment, du terrorisme, de la traite des personnes et de la criminalité organisée, il fait partie de la génération de magistrats qui ont donné à la justice sénégalaise un ancrage international solide.
Un homme de méthode face au défi de la probité publique
En accédant à la présidence de l’OFNAC, Moustapha Ka arrive dans une institution à la fois attendue et parfois contestée. Les citoyens en scrutent chaque geste, chaque lenteur, chaque enquête. Il connaît les regards, il connaît la pression. Ce n’est pas un territoire nouveau pour lui.Mais la mission, elle, est immense : redonner souffle, relancer la dynamique, restaurer la confiance et installer une véritable culture de redevabilité au sommet de l’État. Le magistrat sait que la lutte anticorruption n’est pas qu’une affaire de lois, c’est une bataille culturelle, une bataille politique, une bataille technique. Et il sait également que l’OFNAC ne pourra jouer son rôle que si les Sénégalais cessent de considérer la probité comme une utopie administrative.
Un homme, une réputation, une attente nationale
Ceux qui l’ont côtoyé décrivent un homme calme mais tranchant, courtois mais inflexible, discret mais déterminé. Un homme qui ne cherche pas la lumière mais qui n’a jamais reculé devant les dossiers lourds.Aujourd’hui, il entre dans l’arène publique avec une responsabilité claire : prouver que l’intégrité peut redevenir une valeur cardinale de la gouvernance.
Moustapha Ka prend la tête de l’Office avec gravité, détermination et une question silencieuse qui plane dans l’air : réussira-t-il là où tant d’autres ont peiné ? Le pays, lui, attend. Et observe. Avec espoir. Avec exigence.
Mamadou L. CAMARA

