QUESTIONS D’ACTUALITÉ À L’ASSEMBLÉE NATIONALE: Lecture commentée d’un boycott qui passe mal
Les députés Non-inscrits et ceux du groupe parlementaire Takku-Wallu ont décidé de boycotter le passage du Premier ministre Ousmane Sonko, ce vendredi, devant l’Assemblée nationale, où il doit répondre – avec ses ministres – aux Questions d’actualité adressées au gouvernement. Nous avons soumis cette décision au regard croisé du Pr Moussa Diaw, enseignant-chercheur en sciences politiques à l’Université Gaston Berger (UGB), et du journaliste-analyste politique Abdoulaye Mbow, pour une lecture commentée.
Pr Moussa Diaw : « Une stratégie peu judicieuse »
D’emblée, le Pr Moussa Diaw souligne que « l’opposition s’en prend à Ousmane Sonko pour justifier le boycott. En fait, cette stratégie ne semble pas bonne dans un contexte particulier où le pays est confronté à de nombreux problèmes, notamment politiques, économiques et sociaux. C’était l’occasion pour l’opposition d’interpeller le Premier ministre sur ces questions. Mais, elle décide de déserter l’hémicycle pour des raisons politiques ».
Le politologue rappelle que « l’Assemblée nationale est le lieu par essence du débat contradictoire, permettant aux députés de relayer les doléances des citoyens et contrôler l’action du gouvernement. Ce boycott pourrait être interprété comme une fuite en avant, une façon de se dérober pour éviter la confrontation avec un Premier ministre très offensif face à une opposition timorée, et affaiblie par un passif politique, surtout économique qui fait débat sur la problématique de la dette cachée ».
Il prévient également que « l’image des députés risque d’être affectée auprès de l’opinion publique par cette attitude peu recommandable dans une démocratie où l’Assemblée nationale constitue une institution indispensable pour le fonctionnement de ce type de régime. C’est une stratégie peu judicieuse ».
Abdoulaye Mbow : « Un acte purement politique »
Pour sa part, Abdoulaye Mbow note que « ce n’est pas la première fois que l’opposition parlementaire boycotte la venue du Premier ministre et de son gouvernement. C’est une deuxième fois que ce scénario se produise. Et je fais partie de ceux-là qui diront que ce sont des arguments qui ne sont pas du tout pertinents, dans la mesure où l’Assemblée nationale est le haut lieu du débat public et que les députés, représentants du peuple, sont allés à la quête du suffrage des Sénégalais. Donc, quels soient les circonstances, le contexte et les situations, le député a le devoir d’être présent ».
Il insiste : « Il y a des questions qui doivent nécessairement intéresser les Sénégalais. En plus, les Sénégalais ont mandaté ces députés pour qu’ils posent ces questions au Premier ministre et aux membres du gouvernement. De ce point, c’est un acte purement politique ».
Abdoulaye Mbow préfère toutefois parler de « délaissement » plutôt que de « fuite en avant ». Selon lui, « c’est véritablement mettre en avant des calculs purement politiques, au détriment de l’intérêt des citoyens qui les ont élus pour les représenter. Il faut une prise de responsabilité. Il n’est jamais bon d’adopter la politique de la chaise vide, car on est toujours perdant ».
Il conclut en rappelant un précédent : « la dernière fois qu’ils ont boycotté, certains ont attendu la fin de la séance pour ramener au public des communiqués. Ces communiqués sont nuls, parce que, si vous boycottez en tant que députés, vous ne rendez pas service aux Sénégalais qui vous ont envoyé à l’Assemblée nationale ».
Mariem DIA

