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Cancers uro-gentitaux… Une prise en charge fragmentée et insuffisante

La prise en charge des cancers urogénitaux reste un véritable parcours du combattant au Sénégal. Le traitement se déroule par étapes. Et, selon le Dr Ousseynou Diaw, urologue, « le pronostic des cancers localisés est très bon : la plupart sont guérissables lorsqu’ils sont détectés tôt ».

Dans ces stades précoces, la chirurgie, la radiothérapie ou la chimiothérapie permettent généralement d’obtenir une guérison complète. « Mais lorsque la maladie progresse vers un stade localement avancé, l’espoir de guérison existe encore, précise-t-il, mais au prix d’un traitement lourd, combinant plusieurs options thérapeutiques ».

La situation devient toutefois critique lorsque le cancer atteint le stade métastatique. À ce niveau, le Dr Diaw alerte : « Le parcours devient extrêmement difficile, car les médicaments nécessaires pour traiter ces formes avancées ne sont pas disponibles au Sénégal. C’est malheureusement notre réalité quotidienne ».

Dans ces cas, lorsque la maladie touche les os ou d’autres organes, la guérison n’est presque plus possible. L’objectif médical se limite alors à obtenir une rémission, transformant la pathologie en maladie chronique.

« Il existe des traitements capables de prolonger la vie des patients atteints d’un cancer de la prostate avancé, mais ils ne sont pas disponibles chez nous. Les hormonothérapies coûtent excessivement cher et ne sont pas subventionnées », déplore-t-il.

Le praticien lance un appel pressant : « Nous avons besoin que les autorités rendent ces médicaments accessibles pour améliorer le pronostic des patients métastatiques ».

« Les patients avec tumeurs métastatiques sont abandonnés »

Les difficultés ne s’arrêtent pas au cancer de la prostate. Pour le cancer de la vessie, le Professeur Babacar Sy décrit les mêmes limites du système sanitaire.

Deux formes existent : les cancers superficiels et les cancers infiltrants. Les premiers peuvent être guéris grâce à une chirurgie endoscopique, suivie d’une chimiothérapie intravésicale ou d’une immunothérapie par BCG pour réduire les risques de récidive.

Mais lorsque la tumeur devient profonde, une ablation totale de la vessie s’impose, souvent accompagnée d’un traitement complémentaire.Le Professeur Sine est catégorique. Il dit : « Si le cancer de la vessie devient métastatique, nous n’avons absolument rien à proposer, sinon des soins de support.

L’immunothérapie est aujourd’hui le traitement de référence, mais elle n’est pas disponible au Sénégal ». Il appelle lui aussi les autorités à agir « pour rendre ces produits accessibles ».La même situation se répète pour le cancer du rein. « Le traitement repose sur l’immunothérapie et d’autres molécules qui n’existent pas ici.

Les patients avec tumeurs métastatiques sont pratiquement abandonnés, car les schémas thérapeutiques encore utilisés datent de plusieurs décennies et ne sont plus efficaces », explique Pr Sine.

Pour les cancers du testicule ou du pénis, la prise en charge dépend également du stade, avec des options curatives tant que la maladie n’a pas dépassé le cadre local.

Viviane DIATTA