CANCERS UROGÉNITAUX: Un mal muet qui progresse dans le silence…
Méconnus, sous-diagnostiqués et entourés de silence, les cancers urogénitaux touchent pourtant de nombreux hommes au Sénégal. Des pathologies graves, mais souvent curables lorsqu’elles sont détectées à temps, rappellent les spécialistes qui appellent à renforcer la prévention et le dépistage.
Au Sénégal, de nombreux cancers urogénitaux restent méconnus, sous-diagnostiqués et entourés de silence. Pourtant, la liste est longue : prostate, vessie, testicule, rein, pénis, mais aussi cancers des voies excrétrices urinaires. Beaucoup d’hommes en souffrent sans oser consulter, au prix de douleurs importantes et d’un retard de prise en charge.
Si le cancer de la prostate est le plus médiatisé, notamment lors des campagnes de sensibilisation dédiées aux maladies masculines, le chirurgien urologue Pr Babacar Sine rappelle qu’il ne doit pas occulter les autres pathologies, tout aussi préoccupantes. Il insiste sur la nécessité du dépistage précoce et rassure : « Les cancers ne sont pas une fatalité : détectés tôt, ils se soignent, et les moyens de traitement existent au Sénégal ».
Cancer de la vessie : l’hématurie, un signe d’alerte majeur
Le cancer de la vessie est le deuxième cancer urogénital le plus fréquent après celui de la prostate. Au Sénégal, son principal facteur de risque est la bilharziose, particulièrement présente dans les zones fluviales. Le pays étant situé en zone d’endémie bilharzienne, Pr Sine recommande une politique active de chimio-prévention et le traitement systématique des enfants ayant présenté une bilharziose urinaire.
Le tabagisme constitue un autre facteur de risque majeur. À cela s’ajoutent les irritations chroniques de la vessie, notamment chez les personnes porteuses de sondes urinaires prolongées ou ayant subi une irradiation. La prévention passe donc par l’arrêt du tabac et la réduction de l’exposition professionnelle aux produits toxiques, la limitation des baignades en eaux douces et la prise en charge rapide des infections urinaires chroniques.Le signe évocateur le plus fréquent est la présence de sang dans les urines (hématurie). Le diagnostic repose ensuite sur des analyses d’urine et l’imagerie médicale.
Cancer du testicule : cryptorchidie et anomalies de descente, les principaux risques
Le cancer du testicule se manifeste le plus souvent par l’augmentation de volume d’un testicule. Lorsque le testicule n’est pas descendu à la naissance – une situation appelée cryptorchidie – le risque augmente considérablement. Dans certains cas, le testicule reste dans l’abdomen sans que le patient ne le sache. Le diagnostic survient alors tardivement, souvent devant une masse abdominale douloureuse.
Les facteurs favorisant incluent la cryptorchidie non corrigée, les antécédents personnels ou familiaux de cancer testiculaire, l’exposition possible à des perturbateurs endocriniens, l’atrophie testiculaire liée à une infection, un traumatisme ou une malformation.
Les symptômes peuvent inclure une masse indolore du scrotum, un gonflement douloureux, un ganglion sus-claviculaire, des douleurs osseuses en cas de métastases, ou plus rarement une gynécomastie. Pr Sine rappelle l’importance de vérifier chez les jeunes garçons la présence des deux testicules dans les bourses, et d’intervenir chirurgicalement si nécessaire.
Cancer du pénis : rare mais favorisé par l’absence de circoncision
Le cancer du pénis, aujourd’hui rare au Sénégal, apparaît principalement chez les hommes non circoncis ou ayant subi une circoncision traditionnelle partielle. Il se manifeste par une ulcération du gland ou du prépuce, pouvant saigner au contact ou lors des rapports sexuels.
À un stade avancé, la tumeur peut envahir tout le pénis, voire les bourses.Les principaux facteurs de risque sont l’absence de circoncision ou une circoncision incomplète, les infections à papillomavirus humain (HPV), le manque d’hygiène génitale.La circoncision précoce joue un rôle protecteur important.
Par ailleurs, les types de HPV responsables du cancer du col de l’utérus sont également impliqués dans certains cancers du pénis. Pour cette raison, les autorités sanitaires envisagent d’étendre la vaccination anti-HPV aux garçons.
Viviane DIATTA

