DIOULDÉ D. MALADE GUERI DU CANCER: « J’ai survécu au cancer de la prostate, mais le silence a été mon plus lourd fardeau »
Dans ce témoignage bouleversant, Diouldé D., un père de famille Sénégalais, raconte son combat silencieux contre le cancer de la prostate. Longtemps prisonnier du regard social et de la peur du jugement, il a traversé l’épreuve seul, avant d’être sauvé par une opération à l’hôpital militaire de Ouakam. Aujourd’hui guéri, il revient sur ces mois d’angoisse et partage un message d’espoir. Voici son récit…
« Pendant longtemps, je n’ai parlé à personne de ma maladie. Pas même à mes enfants. Pas même à mes deux femmes. C’est en août 2023 que les médecins ont posé le diagnostic : cancer de la prostate. Un mot qui fait peur, un mot qui, chez nous, sonne comme une condamnation. Je me souviens encore du vertige qui m’a traversé ce jour-là. J’avais l’impression que la vie s’arrêtait brusquement.J’ai choisi le silence. Pas par courage, mais par honte.
Chez nous, dans cette société sénégalaise ou les pesanteurs pèsent tant, un homme malade, surtout d’une maladie qui touche à son intimité, c’est un homme affaibli, un homme ‘diminué’. Je ne voulais pas affronter les regards compatissants, les chuchotements, ni la pitié. Je me suis enfermé dans ma douleur, persuadé que c’était la meilleure façon de protéger ma famille… alors que je les privais, sans le savoir, d’un rôle essentiel : celui de me soutenir.
Les mois qui ont suivi ont été terribles. Les douleurs, les nuits sans sommeil, la peur de mourir, les crises de solitude. Je faisais semblant d’aller bien, je souriais devant les autres, mais à l’intérieur, j’étais brisé. Même la relation avec mes épouses se sont fragilisées : elles me sentaient distant, irritable, absent. Elles ne comprenaient pas. Et je ne trouvais pas la force de lui dire la vérité. Tout ce qu’elles savaient c’est ce que leur avais dit ou plus tôt faire croire, à savoir que je souffrais de terribles maux de ventre. C’est finalement mon médecin de l’hôpital militaire de Ouakam qui m’a aidé à sortir de mon mutisme.
Lors d’un contrôle, il m’a lancé : ‘Le cancer est déjà une épreuve. N’y ajoutez pas la solitude’. Ces mots ont agi comme un électrochoc. J’ai alors réuni mes deux épouses et je leur ai expliqué la situation. Elles étaient à la fois surprises et déboussolées, mais elles se sont vite ressaisies et m’ont apporté leur soutien, tout en gardant le secret comme je le leur avais demandé.
Puis, j’ai accepté le protocole de traitement proposé : une opération au laser, une procédure moderne, précise, qui offrait de grandes chances de guérison. Je me souviens du jour de l’intervention. En me préparant, je pensais à mes enfants, à leurs sourires, à ce que j’avais encore envie de leur transmettre. J’ai eu peur, mais pour la première fois depuis le diagnostic, j’ai senti une lueur d’espoir.
L’opération s’est bien passée. La récupération a été longue, parfois douloureuse, mais chaque jour m’éloignait un peu plus de cette ombre qui planait au-dessus de moi. Aujourd’hui, les médecins me considèrent en rémission complète. Je revis. Je respire. Je rêve à nouveau.
Le plus difficile n’a pas été la maladie, mais le silence. Lorsque j’ai finalement annoncé à mes enfants, parce qu’ils sont grands, ce que j’avais traversé, j’ai vu de la tristesse dans leurs yeux… mais aussi de l’amour, du soutien, et aucune des réactions que j’avais tant redoutées.
S’ils avaient su, ils auraient été là dès le premier jour.Si je témoigne aujourd’hui, c’est pour dire à tous les hommes qui souffrent dans l’ombre : le cancer de la prostate n’est pas une honte. Le cacher, oui. Parlez, faites-vous dépister, n’attendez pas que la douleur vous brise. Et surtout, laissez votre famille vous accompagner. C’est votre premier traitement. Moi, j’ai survécu. Et je peux désormais vivre pleinement, sans peur ».

