PARITE, EMPLOI, SECURITE: Le long combat pour l’égalité femmes-hommes
La Direction de l’Équité et de l’Égalité de Genre (DEEG) renforce son partenariat avec les médias dans la lutte contre les inégalités entre les hommes et les femmes. À travers un atelier de formation consacré aux Violences Basées sur le Genre (VBG) et à la Budgétisation Sensible au Genre (BSG), elle entend outiller les journalistes afin qu’ils deviennent des acteurs de premier plan dans la promotion d’une société plus juste et plus égalitaire.
Réunis depuis ce mardi dans le cadre d’un atelier de renforcement des capacités, les membres de l’Association des professionnels de l’information sur le Genre (APIG), ainsi que d’autres organisations de journalistes, approfondissent leurs connaissances sur les enjeux liés au genre, aux violences faites aux femmes et aux mécanismes de budgétisation favorisant l’équité. Présidant la cérémonie d’ouverture, la Directrice nationale de l’Équité et de l’Égalité de Genre, Astou Diouf Guèye, a souligné le rôle stratégique des médias dans la transformation des mentalités et des comportements.
« Une information bien traitée peut changer une perception. Une perception transformée peut faire évoluer un comportement. Et un comportement qui évolue contribue à transformer durablement une société », a-t-elle déclaré, soulignant que cette démarche s’inscrit pleinement dans les orientations de la Vision Sénégal 2050, qui place le capital humain, la justice sociale et l’égalité de genre au cœur de la transformation nationale. Ce référentiel considère l’autonomisation des femmes et des filles ainsi que la réduction des inégalités comme des conditions essentielles à un développement durable et inclusif.
Des inégalités encore persistantes
Malgré les progrès enregistrés ces dernières années, les écarts entre les hommes et les femmes demeurent importants dans plusieurs secteurs. S’appuyant sur les données de la Stratégie nationale de développement (SND 2025-2029), Astou Diouf Guèye a rappelé que le taux d’emploi des femmes reste largement inférieur à celui des hommes, avec respectivement 30,5% contre 60,3%. La situation est tout aussi préoccupante en matière de violences basées sur le genre. D’après les résultats de l’Enquête nationale de référence sur les violences faites aux femmes réalisée par l’ANSD, près d’une femme sur trois (31,9%) a subi au moins une forme de violence physique, psychologique, sexuelle ou économique au cours des douze mois précédant l’enquête.
« Derrière ce pourcentage se cachent des réalités humaines, des vies brisées et une cohésion sociale menacée. L’élimination de ce fléau constitue une priorité absolue de l’État, conformément à l’Objectif de développement durable numéro 5 », a-t-elle insisté.
« Nous sommes encore à près de 10% du seuil de la parité »
Sur le plan politique, la directrice de la DEEG a reconnu que la loi sur la parité a permis des avancées significatives, tout en soulignant que des efforts restent nécessaires pour atteindre un équilibre réel dans les sphères décisionnelles. Avec un taux de représentation féminine de 41,2% dans la précédente législature, le Sénégal demeure encore éloigné de l’objectif de parité totale. « Vous voyez que nous sommes encore à près de 10% du seuil de la parité et que l’équilibre est loin d’être assuré dans les autres postes de responsabilité », a-t-elle relevé.
Pour corriger ces déséquilibres, elle a mis en avant la Budgétisation Sensible au Genre, présentée comme un véritable outil de gouvernance et de transparence. « La BSG ne consiste pas à élaborer un budget réservé aux femmes. Elle vise à garantir que chaque franc investi par l’État contribue effectivement à réduire les inégalités et à répondre aux besoins spécifiques des femmes, des hommes, des filles et des garçons », a-t-elle expliqué.
Le rôle clé des journalistes
Face à ces défis, Astou Diouf Guèye a invité les professionnels des médias à rendre accessibles ces questions souvent perçues comme techniques et à suivre de près les engagements publics en matière d’égalité de genre. Elle les a également exhortés à analyser les politiques publiques et les budgets sous l’angle du genre, tout en contribuant à briser le silence autour des violences basées sur le genre.
« C’est à travers vos productions, vos enquêtes et vos reportages, menés dans le respect de l’éthique journalistique et de la protection des survivantes, que nous pourrons faire évoluer les mentalités et transformer durablement notre société », a plaidé la responsable de la DEEG qui a enfin appelé à une mobilisation accrue des pouvoirs publics, des partenaires techniques et financiers, de la société civile et des médias afin de faire de l’égalité entre les femmes et les hommes une réalité tangible au Sénégal.
L’APIG plaide pour un journalisme engagé en faveur de l’équité
La présidente de l’Association des professionnels de l’information sur le Genre (APIG), Adama Diouf Ly, a abondé dans le même sens en soulignant la responsabilité sociale des médias. « En tant que journalistes et professionnels de l’information, nous avons la responsabilité de porter à la connaissance du public les enjeux qui affectent le développement de nos communautés et le bien-être des populations », a-t-elle déclaré.
Selon elle, la budgétisation sensible au genre constitue un levier essentiel pour garantir une répartition plus équitable des ressources publiques. Elle a rappelé qu’il ne s’agit pas de budgets distincts pour les femmes et les hommes, mais d’une démarche visant à intégrer la dimension genre dans toutes les étapes de la planification et de l’évaluation des politiques publiques.
Abordant la question des violences basées sur le genre, Adama Diouf Ly a rappelé que ce phénomène continue d’affecter des milliers de femmes et de filles, mais également des hommes et des garçons, avec des conséquences souvent lourdes sur leur santé, leur sécurité, leur dignité et leur participation au développement.
À travers cette session de formation, la DEEG et l’APIG espèrent ainsi renforcer les capacités des professionnels des médias afin qu’ils deviennent des relais efficaces dans la promotion de l’égalité de genre, la prévention des violences et la sensibilisation des citoyens aux enjeux de justice sociale et de développement inclusif.
Viviane DIATTA

