IBRAHIMA BAKHOUM, JOURNALISTE ET ANALYSTE POLITIQUE, SUR LA CONVOCATION DU PREMIER MINISTRE À L’ASSEMBLÉE NATIONALE: « Ousmane Sonko aurait commandité sa propre convocation »
Après son face-à-face avec les députés de la 15ᵉ législature en avril dernier, le Premier ministre Ousmane Sonko retourne à l’Assemblée nationale ce vendredi 28 novembre 2025 à partir de 9h. Le Bureau de l’Assemblée, qui donne l’information, précise que ce rendez-vous se tient conformément aux dispositions de l’article 104 du Règlement intérieur, dans le cadre du contrôle de l’action gouvernementale.
Le chef du gouvernement devra ainsi répondre, en présence des membres de son équipe, aux interpellations des parlementaires sur des questions d’ordre économique, politique et social.
Le journaliste et analyste politique Ibrahima Bakhoum décrypte les motivations derrière cette nouvelle « comparution » du Premier ministre, également président du parti PASTEF, qui envisage éventuellement de reprendre son siège de député.
Selon lui, Ousmane Sonko bénéficie aujourd’hui d’« une majorité solide tant à l’Assemblée qu’au sein de la plénière », ce qui lui confère « une réelle capacité d’influence ».
Bakhoum va plus loin en avançant une lecture stratégique. « Le Premier ministre aurait commandité sa propre convocation, non pas par obligation mais pour préparer un retour stratégique. En redevenant député, il quitterait la Primature et se placerait comme deuxième personnalité de l’État, susceptible d’assurer l’intérim (60 à 90 jours) en cas d’indisponibilité du president », analyse-t-il.
L’analyste politique se montre sceptique quant à la portée réelle du contrôle de l’action gouvernementale dans ce contexte. Pour lui, même s’il demeurait Premier ministre, Ousmane Sonko pourrait exploiter la tribune parlementaire pour « proposer des lois, lancer des enquêtes parlementaires (notamment sur les rapports de l’IGE) et exercer une surveillance accrue du gouvernement ».
Et d’ajouter : « La majorité de PASTEF lui permettrait de pousser ces initiatives sans craindre d’obstruction ».Bakhoum rappelle également le calendrier institutionnel. Le président de la République atteindra deux ans de mandat en mars 2025, tandis que l’Assemblée nationale entamera sa deuxième année en décembre 2025.
Cette dissymétrie, selon lui, « donne au Parlement un levier supplémentaire pour agir avant que le président ne puisse éventuellement dissoudre l’Assemblée ».Toutefois, prévient-il, cette configuration pourrait faire naître une forme « d’insécurité institutionnelle », dans la mesure où « le président pourrait être tenté de quitter ses fonctions à tout moment ».
Mais il souligne aussi que le système politique sénégalais a prouvé sa résilience et que ce sont souvent « les acteurs politiques eux-mêmes qui alimentent cette dynamique ».
Le journaliste estime donc que le possible retour d’Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale s’apparente moins à une simple réorientation politique qu’à une stratégie de consolidation du pouvoir, de contrôle renforcé de l’action gouvernementale et de préparation à un éventuel intérim présidentiel.
Abdoulaye DIAO

