Meurtre du muezzin de Pire : Dix ans de réclusion criminelle requis contre l’imam et les notables à Thiès
La chambre criminelle du tribunal de grande instance de Thiès a examiné, ce lundi 8 juin 2026, l’affaire du meurtre de Bassirou Mbaye, le muezzin du village de Ndièye tué le 4 octobre 2022. Près de quatre ans après les faits, le procureur de la République a requis dix ans de réclusion criminelle contre dix des onze accusés présents à la barre, parmi lesquels figurent l’imam du village, M. Wade, et le chef de village octogénaire, M. T. Dièye.
Le ministère public a demandé l’acquittement pour un seul prévenu, SD. Dièye, dont la présence sur son lieu de travail au moment du drame a été confirmée. Un douzième mis en cause est décédé en détention au cours de l’instruction. Le verdict final a été mis en délibéré et sera rendu le 6 juillet 2026.
L’origine du drame remonte à un conflit lié à la construction d’une seconde mosquée dans la localité. Bassirou Mbaye, maçon de profession, avait accepté d’édifier bénévolement le premier lieu de culte du village avec la promesse d’y devenir muezzin. Face aux intimidations de l’imam et à des accusations de vol, un tiers lui avait cédé un terrain pour construire un autre édifice près de son daara.
Cette initiative a provoqué la colère des autorités villageoises qui s’opposaient à la coexistence de deux mosquées. Selon l’enquête de la gendarmerie, une réunion de concertation s’est tenue chez le chef de village la veille de l’attaque, débouchant le lendemain sur une expédition punitive menée par un groupe armé de machettes, de bâtons et de marteaux sur le chantier de la victime.
À la barre, les onze accusés ont globalement nié les faits de meurtre, d’association de malfaiteurs, de destruction de biens et d’entrave au culte. L’imam a reconnu sa présence pour réclamer l’arrêt des travaux mais a réfuté toute agression, tandis que le chef de village a invoqué son âge avancé pour clamer son innocence. Cependant, la projection des vidéos de l’attaque durant l’audience a contredit les dénégations de plusieurs prévenus, les montrant sur les lieux armés de bâtons ou de marteaux. Les fils de la victime ainsi qu’un témoin blessé ont formellement accablé les accusés, affirmant qu’ils avaient participé collectivement au lynchage mortel.
L’avocat de la partie civile a réclamé la condamnation des prévenus et le paiement de 150 millions de francs CFA de dommages et intérêts au profit de la famille du défunt. De leur côté, les avocats de la défense ont plaidé l’acquittement ou, à défaut, une requalification des faits en coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner, arguant qu’il s’agissait d’un conflit foncier et qu’aucun élément ne permettait d’identifier l’auteur du coup fatal.

