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FIÈVRE DE LA VALLÉE DU RIFT: Les jeunes de 15 à 35 ans, les plus exposés à la maladie

Face à la fièvre de la Vallée du Rift, les autorités sanitaires appellent à la vigilance. Principalement transmise par les moustiques et le bétail, la maladie touche surtout les jeunes de 15 à 35 ans et les zones rurales. Le ministère de la Santé renforce la prévention, la surveillance et la vaccination animale pour rompre la chaîne de transmission.

Alors que la fièvre de la Vallée du Rift (FVR) poursuit sa progression dans plusieurs régions du Sénégal, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, appelle la population à une vigilance accrue. Si la situation épidémiologique tend à s’améliorer, le risque reste bien présent, en particulier chez les jeunes adultes.

« La vigilance doit être de mise »Face à la presse, hier, Dr Ibrahima Sy s’est voulu à la fois rassurant et ferme. « La progression de l’épidémie est en train de régresser », a-t-il dit. Mais il a aussitôt ajouté que la vigilance reste indispensable.

« La vigilance doit être de mise, le bétail constitue le réservoir. Nous avons aussi le bétail qui circule activement et les populations qui sont dans leur vulnérabilité et leur manque de vie », a-t-il souligné.Autrement dit, la mobilité du cheptel et les interactions humaines en milieu rural entretiennent la chaîne de transmission du virus. Le ministre insiste donc sur la prévention, notamment par l’usage des moustiquaires imprégnées.

« Le plus grand problème, ce sont les moustiques. Les jeunes sont actifs à partir de 20 heures, et le moustique circule à la même heure. Nous leur demandons d’être plus vigilants, car la maladie touche davantage la tranche d’âge de 15 à 35 ans », a confié le Dr Sy.

Selon lui, les efforts de sensibilisation et de distribution de moustiquaires commencent à porter leurs fruits. « Toutes les zones où nous intensifions la distribution des moustiquaires enregistrent un effet immédiat, c’est-à-dire une diminution du nombre de cas graves. », a-t-il noté en recommandant d’« éviter le contact avec des animaux malades ou morts et de signaler rapidement aux services vétérinaires tout cas suspect d’avortement chez le bétail ».

Des jeunes hommes et des zones rurales en première ligne

L’épidémiologiste Dr Boly Diop, venu appuyer les propos du ministre, a apporté des précisions chiffrées. « Les 15-35 ans représentent 70% des cas, soit 147 personnes », a-t-il renseigné, notant aussi une prédominance masculine.

« Les hommes représentent 64% contre 36% chez les femmes. Cela peut s’expliquer par le fait que les hommes sortent plus que les femmes », a-t-il analysé. La maladie reste surtout rurale. « Elle est plus active en zone rurale avec 75,2% des cas, contre 24,8% en zone urbaine », a ajouté le spécialiste, selon qui, « la clé du succès est claire.

La meilleure façon de vaincre cette maladie, c’est de rompre la chaîne de transmission ».Sur les 1 657 prélèvements effectués, 258 cas ont été confirmés, dont 27 cas simples, 4 patients hospitalisés, 206 guérisons et 21 décès.Dr Ibrahima Sy reconnaît donc que la FVR demeure « un défi sanitaire majeur. Tant que le virus circule, nous ne sommes pas épargnés. L’assainissement est le moyen le plus rapide d’éliminer les moustiques ».

Une riposte nationale et coordonnée

Pour contrer l’épidémie, le gouvernement a mis en place une réponse multisectorielle et coordonnée à tous les niveaux. « Nous avons activé les comités de gestion des épidémies à tous les échelons, du niveau national au niveau local, pour assurer la coordination des interventions », a expliqué le ministre.

La prise en charge médicale s’articule autour de l’hospitalisation des cas graves et du suivi à domicile des formes bénignes. « Tout ce travail est rendu possible grâce à la dotation d’un équipement pour l’hôpital régional de Saint-Louis et celui de Richard-Toll, d’une valeur totale de 139 millions 900 mille FCFA, dont 104 millions pour Saint-Louis et 35,8 millions pour Richard-Toll », a-t-il précisé.

Outre la mobilisation sanitaire, la riposte passe aussi par la vaccination du bétail, afin de limiter la propagation du virus dans les cheptels, et par des opérations de lutte anti-vectorielle, ciblant les sites de prolifération des moustiques.

Versant animal : les moutons en première ligne

Sur le plan vétérinaire, la situation demeure préoccupante. Selon Dr Mathioro Fall, vétérinaire au ministère de l’Élevage, « l’avortement est le signe le plus fréquent chez les animaux atteints de la fièvre de la Vallée du Rift ». Il cite aussi « la diarrhée, la fièvre et le refus de s’alimenter » parmi les symptômes caractéristiques.

Les données disponibles révèlent 160 cas positifs chez les animaux, dont 59% chez les ovins, 36% chez les caprins et 6% chez les bovins. Sept régions sont touchées : Saint-Louis (100 cas), Louga (51), Matam (4), Tambacounda (2), Fatick (1), Thiès (1) et Dakar (1).

« Les moutons sont les plus infectés parmi les animaux », indique le vétérinaire.Le Dr Fall adresse un appel appuyé aux professionnels du secteur. « Les bouchers et les vétérinaires, particulièrement exposés, doivent prendre toutes les précautions nécessaires avant de commencer leur travail », a-t-il conseillé, avant de lancer un appel aux éleveurs et aux consommateurs de lait.

Il leur recommande de « toujours pasteuriser le lait avant consommation ».Enfin, il partage la conviction de ses collègues du ministère de la Santé : « L’assainissement est le moyen le plus rapide d’éliminer les moustiques et de protéger la santé animale comme humaine ».

Viviane DIATTA