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SÉNÉGAL-FMI, L’OMBRE D’UN SCANDALE FINANCIER INTERNATIONAL: Révélations d’un ancien cadre sur la « honte » du Fonds

Un texte explosif signé Peter Doyle, ancien haut responsable du Fonds monétaire international (FMI), accuse frontalement l’institution de graves manquements dans la supervision des programmes économiques du Sénégal. Selon l’économiste, des emprunts cachés représentant plus de 40% du PIB auraient été contractés entre 2019 et 2024, à l’insu du public et même du FMI, dont les propres prévisions seraient entachées d’erreurs grossières.

Peter Doyle rappelle qu’à l’automne 2024, avec l’économiste Ndongo Samba Sylla, il avait déjà alerté sur les incohérences des projections du FMI : une inflation de -13% annoncée pour 2025 et +42% pour 2026, « un non-sens » selon lui, compte tenu du rattachement du franc CFA à l’euro. Les audits réalisés après l’alternance d’avril 2024 auraient confirmé les pires craintes : les chiffres transmis au FMI et au public sénégalais étaient manifestement falsifiés.

« Les emprunts contractés par le gouvernement dépassaient de plus de 40% du PIB les niveaux annoncés », écrit Doyle, évoquant une manipulation budgétaire systémique qui « pèsera sur le Sénégal pendant des générations ».

Un schéma déjà vu : du Mozambique au Sénégal

Cette affaire n’est pas sans rappeler le scandale mozambicain de 2016, où un programme du FMI avait déjà masqué une partie de la dette souveraine. Doyle souligne qu’un avertissement écrit de l’opposition sénégalaise, à l’époque dirigée par l’actuel Premier ministre Ousmane Sonko, avait été adressé dès 2018 au Fonds, sans effet.Malgré ces signaux, le FMI aurait continué d’approuver les programmes successifs, « pressé de garantir l’accès du pays au marché », au point de négliger la cohérence des données et la diligence requise.

Des dettes reconnues sans débat et une impunité totale

Sous la pression du FMI, le Parlement sénégalais aurait ratifié la reconnaissance de ces dettes dissimulées dans une loi de finances rectificative, sans véritable débat public. Aucun des fonctionnaires impliqués n’a été sanctionné, tandis que l’ancien président Macky Sall, qualifié par Doyle d’« artisan de la catastrophe », continue d’être accueilli dans les plus hautes sphères internationales.

« C’est la pire forme d’aléa moral », fustige l’économiste, dénonçant un système où « les fautifs savent qu’ils s’en tireront encore ».Pour Doyle, le Sénégal se retrouve aujourd’hui surendetté et vulnérable, exposé à une crise financière à long terme. Il appelle à un gel immédiat du remboursement des dettes non déclarées, le temps d’une enquête complète sur l’origine et la destination des fonds :consommation publique ou privée ? Investissements productifs ?Fuites de capitaux ? Les résultats d’un tel audit pourraient « réécrire l’histoire macroéconomique du Sénégal », y compris la réévaluation du PIB.

Des réformes de transparence urgentes

Doyle recommande la mise en place d’un programme provisoire du FMI, limité à la stabilisation macroéconomique, assorti de la suspension du service des dettes non déclarées, de la poursuite des agents publics impliqués, de la publication des contrats de prêt avant toute ratification parlementaire, et, au niveau international, d’une réforme des lois d’insolvabilité souveraine aux États-Unis et au Royaume-Uni pour empêcher les prêts opaques.

« Les tribunaux de ces pays ne devraient plus reconnaître aucun nouveau prêt qui n’a pas été soumis au Parlement du pays emprunteur au moins 30 jours avant signature », plaide l’économiste Américain.Des têtes doivent tomber au FMIL’ancien cadre réclame des sanctions au sein même du FMI. Il accuse directement les directions Afrique et Affaires fiscales de l’institution d’avoir fermé les yeux sur les anomalies répétées.

Pour lui, « perdre de vue 40% du PIB est inacceptable ». Il appelle à la « révocation immédiate des deux directeurs concernés » et estime que « la Directrice générale devrait être démise si elle ne prend pas cette mesure ».Pour Doyle, l’enjeu dépasse largement le cas sénégalais. «

Un programme transitoire du FMI, fondé sur la transparence et la responsabilité totale, est désormais essentiel pour sauver les institutions budgétaires du Sénégal et, par voie d’exemple, celles du monde entier », estime-t-il dans cette contribution qui sonne comme un réquisitoire contre la légèreté institutionnelle et le déficit d’éthique financière qui ont permis, selon lui, qu’un pays africain se retrouve prisonnier d’un endettement caché de plusieurs dizaines de milliards sans que personne, au FMI ou ailleurs, ne s’en émeuve à temps.

Abdoulaye DIAO