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ACCÈS À L’EAU POTABLE: Plus de 10 millions de Sénégalais utilisent des sources d’eau non sécurisées

Au Sénégal, plus de 10 millions de personnes n’ont toujours pas accès à une eau potable sûre. Une enquête nationale de l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), révèle que près des deux tiers de la population dépendent encore de sources d’eau non sécurisées, avec de fortes disparités entre régions et entre hommes et femmes.

L’accès à une eau potable et sûre demeure un défi majeur au Sénégal. Selon les résultats de l’Enquête nationale sur les Risques environnementaux et la Vulnérabilité de la Population selon le Genre (ENREGV), réalisée par l’Agence nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD), 62,6% de la population sénégalaise utilise encore des sources d’eau non sécurisées, contre seulement 37,4% ayant accès à une eau gérée de manière sûre.

L’étude révèle que les inégalités d’accès à une eau potable demeurent aussi bien entre les sexes qu’entre les milieux de résidence. En moyenne, 37,8% des hommes vivent dans des ménages disposant d’une source d’eau gérée en toute sécurité, contre 37,0% pour les femmes. En milieu urbain, cette proportion est légèrement plus favorable aux hommes (38,2%) qu’aux femmes (36,6%).

En revanche, en milieu rural, la situation reste quasi similaire, avec 37,2% d’hommes et 37,5% de femmes bénéficiant d’un accès sécurisé.

Sédhiou, Kaolack, Ziguinchor et Kaffrine, régions les plus touchées

Les écarts régionaux sont particulièrement marqués. L’ANSD souligne que les régions de Sédhiou (20,7%), Kaolack (22,6%), Ziguinchor (25,9%) et Kaffrine (28,3%) enregistrent les plus faibles taux d’accès à des sources d’eau sécurisées.

À l’opposé, les régions comme Fatick (52,6%), Louga (50,2%) et Thiès (44,1%) affichent des niveaux relativement plus élevés, bien qu’encore en deçà des standards fixés par les Objectifs de développement durable (ODD).

L’analyse par sexe montre que dans la plupart des régions, les femmes demeurent plus exposées à la vulnérabilité hydrique. À Dakar, par exemple, 29,8% des femmes vivent dans des ménages utilisant une source d’eau gérée en toute sécurité contre 31,7% pour les hommes.

Cette tendance se répète à Diourbel (32,8% contre 34,9%), Fatick (51,8% contre 53,5%), Louga (48,3% contre 52,2%) et Thiès (43,1% contre 45,2%).

Ces écarts, bien que faibles, traduisent une disparité de genre persistante dans l’accès aux ressources essentielles.

Un défi pour les politiques publiques

Ce constat met en lumière les limites actuelles des politiques d’accès à l’eau potable, malgré les efforts entrepris par l’État et ses partenaires techniques et financiers dans le cadre du Programme national d’eau potable et d’assainissement du millénaire (PEPAM) et du Plan Sénégal Émergent (PSE). L’enjeu est d’autant plus crucial que l’eau est un déterminant majeur de la santé, du bien-être et du développement économique.

La réduction des inégalités régionales et de genre en matière d’accès à l’eau nécessite des investissements accrus dans les infrastructures hydrauliques rurales, la maintenance des forages, la protection des nappes phréatiques et la sensibilisation à la gestion durable de la ressource.

Mamadou Lamine CAMARA