Guerre en Ukraine: de Minsk à l’Alaska, dix ans de négociations de paix
Alors que Donald Trump et Vladimir Poutine se retrouvent ce 15 août en Alaska pour une rencontre présentée comme décisive, retour sur une décennie de pourparlers, d’impasses et d’espoirs déçus pour mettre fin à la guerre menée par la Russie en Ukraine.
2014-2022 : L’échec des accords de Minsk
Après l’annexion de la Crimée en mars 2014 et le début du conflit dans le Donbass, l’Ukraine, la Russie, la France et l’Allemagne s’engagent dans le format Normandie, qui aboutit aux accords de Minsk I et II (2014 et 2015). Ces textes prévoient un cessez-le-feu, le retrait des armes lourdes et une autonomie pour les territoires séparatistes. Mais les accords ne sont jamais pleinement appliqués. L’Ukraine exige le contrôle de sa frontière, la Russie soutient les séparatistes, et les combats se poursuivent.
En décembre 2021, la Russie adresse un ultimatum aux États-Unis et à l’Otan, exigeant des garanties de non-adhésion de l’Ukraine à l’Alliance et le retrait des forces de l’Otan des pays de l’Est. Des demandes rejetées le 26 janvier 2022. Le 21 février, Moscou reconnaît les républiques séparatistes de Donetsk et Louhansk, enterrant les accords de Minsk. Trois jours plus tard, la Russie envahit l’Ukraine.
28 février 2022 : Premières tentatives de négociations en Biélorussie
Quatre jours après le début de l’invasion russe en Ukraine, le 24 février, des délégations russe et ukrainienne se retrouvent à Gomel, près de la frontière entre la Biélorussie et l’Ukraine, pour discuter d’un cessez-le-feu et de couloirs humanitaires. Déjà, Vladimir Poutine demande la neutralité de l’Ukraine, la « dénazification » et la « démilitarisation », et la reconnaissance de la Crimée comme territoire russe. Les négociations se poursuivent début mars. Mais elles n’aboutissent pas sur un accord, si ce n’est la mise en place de corridors humanitaires.
10 et 29 mars 2022 : Tentatives de médiations turques
Sous médiation du ministre turc des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et Dmytro Kuleba se rencontrent à Antalya le 10 mars. Mais malgré la situation terrible à Marioupol sous les bombes, aucune avancée n’est enregistrée. Volodymyr Zelensky appelle à des pourparlers directs avec son homologue russe, en vain. Le président ukrainien se dit même prêt à s’engager à ne pas demander son adhésion à l’Otan en échange d’un cessez-le-feu et du retrait des troupes russes.
Le 29 mars, la Turquie accueille un nouveau round de négociations, à Istanbul. La Russie se dit prête à « réduire drastiquement » ses opérations militaires près de Kiev et Tchernihiv, dans le nord du pays. L’Ukraine se dit disposée à discuter d’un statut neutre si sa sécurité est garantie par d’autres pays. Mais la Russie rejette une proposition de paix ukrainienne. Selon Sergueï Lavrov, Kiev est revenue sur un accord visant à exclure la Crimée – annexée illégalement en 2014 – des garanties de sécurité. Ce moment marque un tournant : les négociations s’enlisent.

22 juillet 2022 : Un accord sur les céréales en mer Noire
Avec la médiation de la Turquie et de l’ONU, la Russie et l’Ukraine concluent un accord pour débloquer les livraisons de céréales bloquées dans les ports ukrainiens de la mer Noire, mettant fin à une impasse qui menaçait la sécurité alimentaire mondiale. Cet accord est l’un des rares succès diplomatiques du conflit. Moscou s’en retirera un an plus tard, le 17 juillet 2023, refermant cette fenêtre de négociations.
30 septembre 2022 : La paix s’éloigne
Après le lancement d’une campagne de mobilisation massive de 300 000 hommes, la Russie annexe illégalement les régions ukrainiennes de Donetsk, Louhansk, Zaporijia et Kherson, même si elle ne contrôle totalement aucune d’entre elles. L’Ukraine réagit en demandant à adhérer à l’Otan et en promulguant un décret déclarant « impossibles » les négociations avec Vladimir Poutine.
15 novembre 2022 : Un « plan de paix en dix points » présenté au sommet du G20 à Bali
Espérant pousser son avantage militaire après une contre-offensive fructueuse, le président Volodymyr Zelensky présente un « plan de paix en dix points » aux membres du G20 réunis en Indonésie : entre autres, il demande le retrait complet des troupes russes, la libération de tous les prisonniers et le retour des enfants déportés, la restauration des frontières, des garanties de sécurité internationales, la justice pour les crimes de guerre avec la création d’un Tribunal spécial, la protection de l’environnement. Moscou rejette immédiatement ces propositions qu’elle juge « évidemment irréalistes ».
5 et 6 août 2023 : Conférence pour la paix en Ukraine à Djeddah, sans la Russie
Plus de quarante pays, dont la Chine et les États-Unis, se réunissent pendant deux jours en Arabie saoudite pour discuter du plan ukrainien. L’absence de la Russie souligne son isolement croissant sur la scène internationale. La rencontre confirme un large soutien international à Kiev, mais ne débouche pas sur un accord. Suivront de nouvelles discussions à Malte en octobre autour des délégations de 65 pays, toujours sans la Russie.
15 et 16 juin 2024 : Un sommet mondial en Suisse pour pas grand-chose
Les représentants de 92 pays se réunissent en Suisse pour discuter une nouvelle fois d’un plan de paix pour l’Ukraine. Malgré le nombre croissant de délégués, un consensus reste difficile à atteindre et l’absence de la Russie limite l’impact concret du sommet. La déclaration finale, qui réaffirme l’intégrité territoriale de l’Ukraine, est soutenue par la plupart des participants, mais pas tous, révélant des fractures diplomatiques.
12 février 2025 : Le coup de fil Trump-Poutine et la relance du dialogue direct
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Après sa victoire face à Kamala Harris lors de l’élection présidentielle de novembre 2024, et tout juste de retour à la Maison Blanche, Donald Trump appelle Vladimir Poutine pour un long échange. Ce sont les premiers échanges directs entre les dirigeants américain et russe depuis l’invasion de l’Ukraine. Ils conviennent que les négociations pour mettre fin à la guerre en Ukraine commenceront « immédiatement ».

