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DÉSENCOMBREMENT À DAKAR: Des commerçants déguerpis, Dakar respire… mais la colère gronde

À quelques mois des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, les opérations de désencombrement se multiplient dans la capitale. Si plusieurs voies publiques ont retrouvé de l’espace, les commerçants déguerpis dénoncent la perte de leur outil de travail et réclament des sites de recasement.

Depuis plusieurs années, l’occupation irrégulière des trottoirs, des accotements et de certaines voies de circulation étouffe Dakar. Étalages, ateliers de mécaniciens, véhicules en réparation et petits commerces empiètent souvent sur les espaces réservés aux piétons. Pour tenter de restaurer la mobilité et la salubrité, les autorités administratives ont engagé des opérations de désencombrement dans plusieurs secteurs de la capitale.

Cette campagne prend un relief particulier à l’approche des Jeux olympiques de la jeunesse Dakar 2026, prévus dans un peu plus de deux mois. L’objectif affiché est de libérer les emprises publiques, d’améliorer le cadre de vie et de présenter une capitale plus accueillante aux délégations attendues. Sur le terrain, toutefois, les effets de ces opérations sont diversement appréciés.

Des voies libérées, des sites encore en attente d’aménagement

De la cité Batrain, à Ouakam, aux abords du rond-point Liberté 6, en passant par le secteur Hyacinthe-Thiandoum et d’autres axes très fréquentés, plusieurs installations ont été démantelées après des sommations adressées aux occupants. Les tables, abris de fortune et autres équipements qui encombraient les lieux ont été retirés, redonnant de la visibilité aux voies et davantage d’espace aux usagers.

Mais la libération des emprises ne suffit pas toujours à transformer immédiatement le paysage urbain. À la cité Batrain, dans la zone parfois surnommée « cité Imbécile », l’espace clôturé après le désencombrement n’a pas encore été réaménagé. Des gravats, des déchets et des restes de matériels jonchent encore le sol. À proximité, quelques mécaniciens, vendeuses d’arachides et marchands d’accessoires de téléphone tentent de poursuivre leurs activités.

Le même constat s’impose au rond-point Liberté 6, non loin des locaux de Walfadjri. L’espace naguère occupé par des commerçants a été rasé puis ceinturé de fils de fer. Il est désormais largement dégagé, même si des tables cassées et d’autres objets abandonnés restent visibles. Certains vendeurs reviennent ponctuellement aux alentours, au risque d’être interpellés par les forces de l’ordre qui veillent au grain.

Des retours malgré les interdictions

En l’absence d’une surveillance permanente, plusieurs occupants réinvestissent progressivement les sites libérés. Ils installent quelques marchandises, réparent des téléphones ou reprennent leurs activités de manière discrète. Cette situation illustre la difficulté à faire respecter durablement les mesures de désencombrement lorsque les personnes concernées ne disposent pas d’une solution de repli.

Assis sur un banc avec d’autres jeunes, A. Diop affirme n’avoir toujours pas trouvé d’espace où vendre ses marchandises. Il conteste les conditions dans lesquelles les opérations sont menées et dit vivre dans la crainte de voir ses biens saisis. « Nous ne faisons rien de grave. Nous voulons simplement travailler. Lorsque les policiers nous trouvent ici avec nos marchandises, ils les conduisent à la fourrière. On nous réclame 12 000 francs CFA pour la personne et 12 000 francs CFA pour les marchandises », témoigne-t-il. Selon lui, certains vendeurs auraient attendu plusieurs jours avant de récupérer leurs biens, tandis que d’autres ne les auraient jamais revus.

« On nous traque comme des voleurs »

Le jeune commerçant dénonce un traitement qu’il juge humiliant. « On nous traque comme des voleurs. Ce que nous subissons est très dur. Nous avons le sentiment d’avoir été sacrifiés », regrette-t-il, tout en mettant en cause les autorités politiques qu’il estime responsables de leur situation.

D’après A. Diop, plus de 84 personnes exploitaient des étales sur le site et passaient leurs journées à écouler leurs marchandises. Pour nombre d’entre elles, cette activité constituait la principale source de revenus du foyer. Le déguerpissement, sans solution immédiate de recasement, aurait ainsi fragilisé plusieurs familles.

Il évoque également le désespoir de certains jeunes qui, faute de perspectives, choisissent l’émigration irrégulière. Il affirme que quatre personnes de son entourage auraient péri en mer après avoir embarqué dans des pirogues. Une information livrée comme un cri d’alarme sur les conséquences sociales du chômage et de la précarité.

Le recasement, au cœur des attentes

Pour les commerçants rencontrés, la solution ne réside pas dans le retour à l’occupation anarchique des trottoirs. Ils demandent plutôt la création d’espaces commerciaux organisés, dotés de magasins ou de cantines accessibles. « S’ils construisaient des magasins pour nous les louer, nous accepterions. Tout ce que nous voulons, c’est travailler », plaide A. Diop.

Le désencombrement améliore incontestablement la circulation et l’aspect de certains axes. Mais pour produire des effets durables, il devra s’accompagner d’un nettoyage complet des sites, d’un aménagement rapide des espaces libérés et, surtout, d’une politique crédible de recasement. À défaut, les retours clandestins et les tensions avec les forces de l’ordre risquent de se poursuivre. Entre impératif d’ordre urbain et urgence sociale, Dakar cherche encore le juste équilibre.

Aïssatou Mbène COULIBALY