Société

ACTIVITES ECONOMIQUES AUTOUR DU GRAND MAGAL : Les commerçants misent sur la déferlante des pèlerins

Chaque année, le Grand Magal de Touba, qui commémore le départ en exil de Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, fondateur du mouridisme, transforme la cité religieuse en une immense place d’échanges, de prières et de commerce. À quelques heures de l’événement, si la grande affluence se faisait encore attendre ce vendredi, commerçants, vendeurs ambulants et transporteurs, venus des quatre coins du Sénégal, affichaient déjà leur optimisme, convaincus que les fidèles ne tarderont pas à envahir la ville au cours du week-end.

TOUBA (Envoyé spécial) –  Touba retient encore son souffle. En cette veille du Grand Magal, les abords de la Grande Mosquée sont déjà animés, sans toutefois connaître l’impressionnante marée humaine qui caractérise habituellement les dernières heures précédant la commémoration. 

Sous un soleil parfois voilé, des centaines de commerçants s’affairent à installer leurs étals. Les allées se parent de boubous multicolores, de voiles, de chaussures en plastique, de tapis de prière, de chapelets, de parfums et d’objets religieux. Chacun espère réaliser, en quelques jours, un chiffre d’affaires capable de soutenir plusieurs mois d’activité.

Assis derrière son étal, Moussa Mbaye, qui se fait surnommer « Baye Fall », garde le regard tourné vers les rares clients qui déambulent. « Le Magal est la période sur laquelle nous comptons pour gagner quelques revenus. Nous sommes à quelques heures du grand rendez-vous, mais les fidèles ne sont pas encore arrivés en masse », confie-t-il.

À quelques mètres de là, Khadim Ndiaye, venu de Pikine avec plusieurs ballots de marchandises, partage le même constat. Ses boubous, voiles et chaussures sont soigneusement disposés dans l’attente des acheteurs. « Nous avons installé notre stock depuis plusieurs jours. Les clients commencent à venir petit à petit, mais nous attendons surtout l’arrivée massive des pèlerins », explique-t-il avec confiance.

Depuis trois jours, les vendeurs ambulants occupent les espaces autorisés autour de la Grande Mosquée, sous la surveillance des forces de défense et de sécurité, mobilisées pour assurer la fluidité et la sécurité des lieux. Chapelet à la main, vêtu de l’habit traditionnel « Baye Fall », Bamba Seck ne cache pas les difficultés du métier. « Nous travaillons parfois dans des conditions difficiles, mais le Magal reste une occasion unique de gagner notre vie », dit-il.

Les transporteurs profitent également de la période

L’activité ne profite pas uniquement aux commerçants. Les acteurs du transport informel espèrent eux aussi tirer avantage de l’arrivée progressive des pèlerins. À Touba, la mobilité reste largement dominée par les motos-taxis « Jakarta », les charrettes, les calèches ainsi que les minibus assurant la liaison entre Mbacké et la cité religieuse.

Fatou Sène, rencontrée près de la Grande Mosquée, privilégie les motos-taxis pour ses déplacements. « Les Jakarta restent le moyen le plus rapide pour éviter les embouteillages. Ils passent partout, même si la sécurité routière demeure une préoccupation », souligne-t-elle.

D’autres préfèrent les charrettes et les calèches, toujours très présentes dans le paysage de Touba. Elles assurent aussi bien le transport des marchandises que celui des personnes sur de courtes distances. Mais cette forte demande entraîne une hausse sensible des tarifs. « Pendant le Magal, chacun fixe son prix. Les coûts augmentent parce que la demande est très forte », regrette un pèlerin croisé à proximité des marchés.

Pour Souleymane Niang, conducteur de charrette, cette période représente une véritable opportunité économique. « Chaque jour, les fidèles affluent vers Touba. Nous multiplions les trajets entre les gares routières, les lieux d’hébergement et la Grande Mosquée. C’est notre période la plus intense de l’année », explique-t-il.

Une petite pluie sans conséquence

Alors que l’Agence nationale de l’aviation civile et de la météorologie (ANACIM) avait annoncé la persistance des pluies sur plusieurs régions du pays, quelques gouttes sont tombées vendredi sur Touba. Ces faibles précipitations n’ont toutefois provoqué ni perturbation majeure de la circulation ni ralentissement des préparatifs. 

Commerçants, transporteurs et pèlerins ont poursuivi leurs activités, les regards désormais tournés vers les prochaines heures, lorsque la cité religieuse devrait connaître son traditionnel bain de foule.

Lamine DIEDHIOU