Société

GRAND MAGAL DE TOUBA: Dans les foyers, les marmites des « Berndés » chauffent déjà pour accueillir les hôtes

À l’approche du Grand Magal de Touba, les familles redoublent d’efforts pour préparer les « Berndés », ces repas offerts aux milliers de pèlerins et d’invités. Entre achats de denrées, organisation collective et esprit de partage, les concessions vivent déjà au rythme des préparatifs d’un événement où l’hospitalité et la solidarité occupent une place centrale.

À la veille du Grand Magal de Touba, prévu ce dimanche 2 août, la cité religieuse change progressivement de visage. Les rues s’animent, les marchés connaissent une affluence inhabituelle et, dans les concessions, les préparatifs s’intensifient. Au cœur de cette effervescence se trouve les « Berndés », ces repas traditionnels préparés en grande quantité pour accueillir les milliers de fidèles et de visiteurs qui convergent vers la ville sainte à l’occasion de cette importante célébration religieuse.

Du lever au coucher du soleil, les familles s’activent sans relâche. Les unes s’approvisionnent en riz, viande, poulets, huile, légumes, fruits, boissons et jus, tandis que les autres nettoient les grandes marmites, les ustensiles de cuisine et aménagent les espaces destinés à recevoir les invités. Chacun se voit confier une mission afin que tout soit prêt le jour du Magal.

Les femmes au cœur de l’organisation

« Accueillir un invité pendant le Magal est une bénédiction. Nous préparons les ‘Berndés’ avec le cœur, car le partage fait partie des valeurs que nous enseigne cet événement », confie le chef de famille Niasse, rencontré dans son domicile à Touba.

Dans les concessions, les femmes jouent un rôle essentiel dans les préparatifs. Elles s’affairent autour des bassines de légumes, du tri du riz, de la préparation des condiments et de la confection des mets qui seront servis tout au long de la journée. Les plus jeunes transportent l’eau, nettoient les espaces d’accueil et participent au service des repas.

Au-delà de sa dimension culinaire, les « Berndés » est avant tout un symbole de générosité, de solidarité et d’hospitalité. Les familles ouvrent leurs portes aux proches, aux voisins, mais également à des visiteurs parfois inconnus, venus des différentes régions du Sénégal et de la diaspora pour accomplir leur devoir de foi et de mémoire.

Une activité économique en pleine effervescence

Cette période constitue également un moment fort pour l’économie locale. Les commerçants enregistrent une hausse sensible des ventes de denrées alimentaires, de charbon, de gaz, de vaisselle et de nombreux produits de première nécessité. Les marchés de Touba tournent à plein régime afin de répondre à une demande croissante.

À mesure que le Magal approche, les concessions se transforment en véritables lieux de convivialité où chacun apporte sa contribution. Dans les grandes marmites mijotent viande, poulets et autres spécialités destinées aux hôtes, dans un même esprit de fraternité, de service et de partage.

À Touba, préparer les « Berndés » ne relève pas uniquement d’une tradition culinaire. C’est un acte de foi, une expression de la légendaire hospitalité sénégalaise et une illustration vivante des enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba fondés sur le partage, la générosité et le service du prochain.

« Personne ne doit repartir sans avoir mangé »

Aïssatou Diop, mère de famille, un foulard soigneusement noué sur la tête, pétrit de la farine pour confectionner des beignets destinés aux invités. « Chaque année, nous commençons les préparatifs plusieurs jours à l’avance. Nous ne savons jamais combien d’invités viendront, mais nous cuisinons toujours suffisamment pour que personne ne reparte sans avoir mangé. C’est notre manière de perpétuer les enseignements de Cheikh Ahmadou Bamba », explique-t-elle.

Tout juste arrivé des États-Unis, Mamadou Fall, vêtu de l’habit traditionnel des Baaye Fall, supervise le déchargement de deux bœufs et de plusieurs moutons destinés au « Berndé » familial. « Recevoir des hôtes pendant le Grand Magal est un honneur. Nous consentons d’importants sacrifices pour acheter les denrées nécessaires, car partager avec les pèlerins est une source de bénédictions pour toute la famille. Notre maison est grande ouverte à tous », affirme-t-il avec fierté.

Très enthousiaste à l’idée de recevoir des visiteurs, Quanta Khady Ndiaye insiste sur l’importance de l’organisation. « Les préparatifs demandent beaucoup d’organisation. Les femmes s’occupent de la cuisine, les jeunes participent à l’accueil et chacun apporte sa contribution. Le plus important est que nos invités se sentent chez eux », souligne-t-elle.

Fanta Kanté met, quant à elle, l’accent sur la dimension universelle de l’hospitalité mouride. « Le Magal est un moment de solidarité et de partage. Nous ouvrons nos portes à des parents, à des amis, mais aussi à des personnes que nous ne connaissons pas. Ici, tout le monde est accueilli avec le même respect », explique-t-elle.

Commerçante bien connue à Touba sous le surnom de « Mère Beug Fallo », Fatou Guèye reconnaît que les dépenses sont de plus en plus importantes, mais refuse de renoncer à cette tradition. « Malgré la hausse des prix, nous faisons tout pour préserver cette tradition. Le sourire et les prières de nos invités valent tous les efforts que nous consentons pour préparer le ‘Berndé’. C’est notre manière de servir Serigne Touba », conclut-elle.

Adama AIDARA