132e EDITION DU GRAND MAGAL DE TOUBA: Touba fait déjà le plein, la ferveur monte à deux jours du Grand Magal
Touba n’attend plus le Magal, elle le vit déjà. En ce vendredi de prière, à quarante-huit heures de la célébration du Grand Magal prévue ce dimanche 2 août, la cité religieuse connaît une montée en puissance impressionnante. Les grands axes menant à la capitale du mouridisme sont continuellement alimentés par des vagues de pèlerins venus des quatre coins du Sénégal et de la diaspora. Dans les rues, les concessions, les marchés et autour de la Grande Mosquée, l’effervescence est désormais totale.
TOUBA (Envoyé spécial) – Dès les premières heures de la matinée, ce vendredi, les véhicules particuliers, les bus de transport interurbain, les minibus, les « Ndiaga-Ndiaye » et les cars affrétés par les dahiras convergent vers Touba. À l’entrée de la ville, les ralentissements se multiplient. Des familles entières descendent avec leurs bagages, tandis que des groupes de disciples rejoignent à pied leurs lieux d’hébergement, récitant des « Khassaïdes » ou échangeant des salutations fraternelles.
Au cœur de la cité, le rythme s’accélère à mesure que l’heure de la grande prière du vendredi approche. Les alentours de la Grande Mosquée se remplissent progressivement. Les fidèles affluent pour accomplir la prière de « Jummah » avant de poursuivre les traditionnelles « Ziars » auprès des familles religieuses et des hauts lieux du mouridisme. Le Grand Magal 2026 devrait accueillir plus de six millions de fidèles et visiteurs, selon les estimations des organisateurs, confirmant une affluence record.
Une ville qui change de visage
À Touba, chaque concession semble devenue une maison d’accueil. Des bâches sont installées dans les cours, des chambres sont libérées pour recevoir les hôtes et de grandes marmites fument déjà sur les foyers. Dans les quartiers Darou Khoudoss, Keur Niang, Guédé, Touba HLM ou encore Ndamatou, les femmes s’affairent autour des préparatifs des « Berndés », ces repas de partage qui symbolisent l’hospitalité mouride.
Les commerçants, eux, vivent leurs journées les plus intenses de l’année. Les marchés ne désemplissent pas. Riz, sucre, huile, viande, boissons, tissus, tapis de prière, chapelets ou encens changent de mains dans une ambiance où les négociations se mêlent aux salutations religieuses. Dans les gares routières, les porteurs n’ont pratiquement aucun répit. Chaque arrivée annonce une nouvelle vague de voyageurs.
La prière du vendredi, prélude spirituel du Magal
Ce vendredi revêt une dimension particulière. Beaucoup de pèlerins ont volontairement anticipé leur arrivée afin de vivre la prière hebdomadaire dans la ville sainte. Après la prière, les files s’allongent devant la grande mosquée et les mausolées des défunts Khalifes de Cheikh Ahmadou Bamba. Les fidèles patientent parfois de longues minutes pour accomplir leur « Ziar » dans le calme et le recueillement.
Les récitations de « Khassaïdes » résonnent dans les rues. Ici, un groupe de jeunes déclame les poèmes du fondateur du mouridisme. Là, des disciples venus de Casamance, de Saint-Louis, de Dakar, d’Europe, d’Amérique ou de la sous-région prennent des photos souvenirs avant de rejoindre leurs familles d’accueil.
« Nous sommes arrivés dès jeudi pour profiter pleinement de cette atmosphère »
Devant la Grande Mosquée, Abdoulaye Diop, venu de Kaolack avec sa famille, ne cache pas son émotion. « Nous sommes arrivés dès jeudi pour profiter pleinement de cette atmosphère. Chaque année, nous faisons en sorte d’être présents avant le vendredi. Cela nous permet de vivre progressivement l’ambiance du Magal. Touba est déjà pleine de bénédictions », confie-t-il.
Sous une tente dressée près de Darou Miname, Fatou Ndiaye, arrivée de Dakar avec son « dahira », explique son choix. « Nous voulions éviter les embouteillages de la dernière minute. Aujourd’hui, après la prière, nous allons effectuer nos différentes ‘Ziars’ avant de participer aux préparatifs du ‘Berndé’ », lâche la jeune femme.
Originaire de Saint-Louis, Serigne Moustapha Fall effectue le déplacement avec plusieurs dizaines de disciples. « Le Magal n’est pas seulement une célébration. C’est un moment de ressourcement spirituel, dit-il. Venir tôt permet de retrouver les proches, de servir les visiteurs et de préparer sereinement les journées à venir ».
À quelques mètres de là, Aïssatou Sow, installée sous une bâche avec plusieurs membres de sa famille, résume l’état d’esprit général. « On ressent déjà que Touba change de rythme. Tout le monde s’entraide. Les voisins accueillent les visiteurs, les jeunes orientent les nouveaux arrivants. C’est cela aussi l’esprit du Magal », souligne Aïssatou.
Une mobilisation générale
Depuis plusieurs semaines, les services de l’État, le Comité d’organisation du Magal et les autorités religieuses multiplient les réunions de coordination afin d’assurer l’approvisionnement en eau, l’électricité, la sécurité, les soins médicaux, les transports et l’assainissement. Plusieurs grands chantiers ont également été accélérés pour améliorer la circulation et les conditions d’accueil des pèlerins.
Dans les centres de santé, les équipes sont déjà renforcées. Les forces de sécurité sont visibles aux principaux carrefours et sur tous les axes menant à la ville, tandis que les volontaires orientent les visiteurs.
Touba entre dans son temps fort
À mesure que tombe le soleil sur la ville sainte, les arrivées se poursuivent sans interruption. Les bus continuent de déverser des centaines de nouveaux pèlerins. Les rues restent animées jusque tard dans la nuit.
À deux jours du Grand Magal, Touba n’est plus simplement une ville. Elle est devenue un immense lieu de communion où la foi, la solidarité et l’hospitalité se conjuguent à chaque coin de rue. Dimanche, lorsque retentira le moment de la grande commémoration de l’exil de Cheikh Ahmadou Bamba, des millions de fidèles auront déjà fait de la cité religieuse le cœur battant du Sénégal.
Lamine DIEDHIOU

