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LOI ANTI-LGBT AU SENEGAL: Mélenchon dénonce « une loi absurde », Volker Türk exprime sa « profonde préoccupation »

L’adoption par l’Assemblée nationale sénégalaise d’une loi durcissant les peines contre les « actes contre nature » continue de susciter de vives réactions sur la scène internationale. Après la critique formulée par Jean-Luc Mélenchon, c’est désormais le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, de s’insurgé publiquement contre ce texte adopté mercredi. La loi, proposée par le Premier ministre Ousmane Sonko et votée à l’Assemblée nationale, prévoit notamment un durcissement des sanctions contre les relations homosexuelles et les actes qualifiés d’« actes contre nature ».

Le vote de la loi durcissant les sanctions contre l’homosexualité au Sénégal continue de susciter des réactions au-delà des frontières nationales. Dans la soirée du mercredi 11 mars, l’Assemblée nationale a adopté ce texte renforçant les peines prévues contre l’homosexualité, qualifiée d’« acte contre nature » dans la législation du pays.

Jean-Luc Mélenchon dénonce « une loi civile absurde »Parmi les premières voix à s’élever à l’international figure celle de Jean-Luc Mélenchon, figure de la gauche française et chef du mouvement La France Insoumise. Sur le réseau social X (anciennement Twitter), il a vivement critiqué l’adoption de cette loi par l’Assemblée nationale sénégalaise.

« Sénégal. Être ami, c’est se parler avec respect, en toute franchise. La condamnation de l’homosexualité dans une loi civile est absurde. Elle n’ôte rien au péché aux yeux des croyants. Elle ne fait qu’ajouter la persécution et l’hypocrisie. La liberté de disposer de soi est un droit humain fondamental », a écrit le responsable politique français, connu pour ses positions en faveur des droits des personnes LGBT.

Cette prise de position intervient dans un contexte politique particulier. En avril 2024, peu après l’élection du président Bassirou Diomaye Faye, Jean-Luc Mélenchon avait effectué une visite remarquée à Dakar. Le fondateur de La France Insoumise y avait été reçu notamment par Ousmane Sonko, président du parti au pouvoir, Pastef. Cette proximité politique a d’ailleurs été évoquée lors des débats parlementaires.

Des députés de l’opposition ont utilisé cet argument pour critiquer le gouvernement et justifier leur position.C’est le cas du député Abdou Mbow, membre de l’Alliance pour la République (APR), qui a dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction politique.

« Ce gouvernement a l’agenda LGBT dans la poche », a-t-il fustigé, tout en déplorant l’accueil réservé au leader français lors de sa visite à Dakar.

L’ONU exprime son inquiétude

Dans une déclaration transmise à la presse, le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk, s’est également dit profondément préoccupé par l’adoption de cette nouvelle législation. « L’adoption par le Parlement sénégalais d’une nouvelle loi qui double la peine maximale d’emprisonnement pour les relations homosexuelles consenties à 10 ans et punit la soi-disant ‘promotion, soutien ou financement’ de l’homosexualité, de la bisexualité et de la transsexualité est profondément préoccupante. Elle va à l’encontre des droits humains sacro-saints dont nous jouissons tous : le droit au respect, à la dignité, à la vie privée, à l’égalité et aux libertés d’expression, d’association et de réunion pacifique », dénonce le Haut-commissaire.

Le responsable onusien estime que cette législation remettrait en cause plusieurs principes fondamentaux du droit international des droits humains. Volker Türk souligne que cette loi pourrait avoir des conséquences graves pour certaines catégories de personnes et pour les défenseurs des droits humains.

« Ces droits sont consacrés dans la Déclaration universelle des droits de l’homme, ainsi que dans les traités relatifs aux droits humains auxquels le Sénégal est partie. Cette loi expose les personnes à des crimes de haine, à des abus, à des arrestations arbitraires, au chantage et à une discrimination généralisée dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’emploi et du logement. En outre, elle restreint le travail légitime des défenseurs des droits humains, des médias et la liberté d’expression de tous au Sénégal », a-t-il ajouté.

Le Haut-commissaire exhorte Diomaye à « ne pas promulguer le loi »Dans sa déclaration, le Haut-commissaire des Nations Unies appelle directement le chef de l’État, Bassirou Diomaye Faye, à ne pas promulguer la loi adoptée par le Parlement.

« J’exhorte le Président de la République à ne pas promulguer cette loi néfaste et les autorités à abroger la loi discriminatoire existante et à respecter les droits humains de tous au Sénégal, sans discrimination », lance Volker Türk.

Pour rappel, la loi adoptée par les députés sénégalais prévoit un renforcement significatif des sanctions prévues par le Code pénal. Les actes qualifiés d’« actes contre nature » sont désormais punis de cinq à dix ans d’emprisonnement, soit un doublement de la peine maximale auparavant prévue.

Le vote de ce texte intervient dans un contexte marqué par plusieurs arrestations de personnes soupçonnées d’homosexualité, certaines étant également accusées de propager volontairement le VIH/Sida.

Cette nouvelle loi relance ainsi le débat entre, d’une part, la défense des valeurs sociales et religieuses largement majoritaires dans le pays et, d’autre part, les critiques formulées par des organisations internationales au nom du respect des droits humains.

Mame Ndella FAYE