RAMADAN ET LES TRAVAILLEURS DE LA NUIT: Entre passion du métier et foi pendant le mois sacré
Dans les pâtisseries, les postes de sécurité ou les imprimeries, ces travailleurs de la nuit vivent le Ramadan d’une manière particulière. Entre fatigue, adaptation des horaires et contraintes professionnelles, ils s’efforcent de préserver l’essentiel : leur foi, leur dignité et leur engagement dans le travail. Car, pour eux, au-delà des difficultés, le Ramadan reste avant tout un moment de spiritualité, de solidarité et de responsabilité.
Le Ramadan, neuvième mois du calendrier lunaire islamique, est considéré comme l’un des moments les plus sacrés pour les musulmans. Durant 29 ou 30 jours, les fidèles jeûnent de l’aube au coucher du soleil, s’abstenant de manger, de boire ou encore de fumer. Au-delà de la privation, ce mois est surtout un temps de spiritualité, de prière, de partage et de discipline intérieure.
Mais pendant que la majorité des familles se retrouvent autour de la table au moment de la rupture du jeûne, certains travailleurs poursuivent leur activité dans l’ombre de la nuit. Dans les pâtisseries, les postes de sécurité ou encore les imprimeries, ils jonglent entre obligations professionnelles et pratiques religieuses, animés par la passion du métier et la foi.
Dans les pâtisseries, la nuit ne dort jamais
Il est près de 1h30 du matin lorsque nous arrivons à la brioche dorée de la Patte d’Oie. Devant le comptoir du fast-food, un petit bouchon de clients s’est déjà formé. Certains viennent acheter du pain sucré ou régler le fameux « kheud », ce repas pris avant l’aube pour tenir toute la journée de jeûne.
Derrière les fourneaux, Pape Ndiaye, chef et grilleur du fast-food, raconte comment l’organisation du travail change pendant le Ramadan. « À l’heure de la rupture du jeûne, l’affluence est souvent plus calme. Mais de notre côté, nous prenons une pause de cinq à dix minutes pour couper le jeûne avant de reprendre le service », explique-t-il.
Son collègue Rassoul Ka, pâtissier, décrit une équipe qui s’adapte pour concilier travail et prière. « Nous sommes très solidaires. Nous nous organisons en deux groupes. Si certains vont à la mosquée pour la prière nocturne aujourd’hui, les autres prennent la relève. Le lendemain, on inverse », dit-il.
Le rythme de travail est intense : de 19 heures jusqu’à 6 heures du matin, chacun se relaie pour assurer la production et le service. Vers minuit, l’équipe se regroupe pour partager le dîner. « Tout le monde mange ensemble, sauf le caissier qui reste à son poste pour éviter ce qu’on appelle un abandon de poste », ajoute Rassoul Ka.
Mais même pendant ce moment de pause, le travail peut reprendre à tout instant. « Si un client arrive, quelqu’un se lève immédiatement pour le servir. Mais certains n’ont pas beaucoup de patience. Il y en a qui ne peuvent même pas attendre deux minutes », confie-t-il avec un léger sourire.
Dans la pâtisserie, l’activité s’intensifie particulièrement à partir d’une heure du matin. « Jusqu’à l’heure du kheud, les clients se bousculent devant le comptoir », explique Mme Barry, membre de l’équipe.
Elle souligne aussi la forte implication des femmes dans l’équipe de nuit. « C’est difficile, mais nous faisons avec. Pendant le Ramadan, chacun s’adapte aux changements et se mobilise pour assurer le travail », dit-elle.
Agents de sécurité : le Ramadan sous surveillance
Pendant que les fours chauffent dans les pâtisseries, d’autres veillent sur les installations et les entreprises. C’est le cas des agents de sécurité, dont les nuits sont longues et souvent solitaires.
Issa Anne, agent à la SAGAM, explique leur organisation pendant le Ramadan. « Je travaille quatre nuits et deux journées. À l’heure de la rupture du jeûne, on nous livre le petit déjeuner directement sur notre poste de garde. Chacun reçoit son panier », raconte-t-il.
« Si quelqu’un quitte son poste pour aller chercher autre chose, cela peut être considéré comme un abandon de poste et entraîner des sanctions », précise-t-il.
Pour les prières nocturnes, chaque agent s’adapte. « Nous effectuons nos prières directement sur notre poste de garde », ajoute-t-il.
« C’est un métier difficile. Mais quand on ne l’a pas vécu, on ne peut pas vraiment comprendre. Nous considérons que c’est le travail que Dieu nous a donné. Alors nous l’exerçons, tout en priant pour pouvoir accomplir correctement le jeûne et les prières malgré les contraintes », conclut-il.
Dans la presse aussi, la nuit se décale
Le Ramadan modifie également l’organisation du travail dans les imprimeries et la distribution de journaux. Distributeur de journaux, Khadim Gomis explique que les horaires sont légèrement décalés pendant cette période.
« En temps normal, les imprimeries commencent vers 23 heures. Pendant le Ramadan, le travail démarre plutôt vers 1 heure du matin, afin de permettre aux travailleurs de prier et de dîner avant de reprendre leurs activités », explique-t-il.
Pour les distributeurs, les changements sont moins visibles, mais l’adaptation reste nécessaire pour respecter les nouveaux rythmes de production.
Quand foi et travail marchent ensemble
Dans les pâtisseries, les postes de sécurité ou les imprimeries, ces travailleurs de la nuit vivent le Ramadan d’une manière particulière. Entre fatigue, adaptation des horaires et contraintes professionnelles, ils s’efforcent de préserver l’essentiel : leur foi, leur dignité et leur engagement dans le travail.
Car pour eux, au-delà des difficultés, le Ramadan reste avant tout un moment de spiritualité, de solidarité et de responsabilité.
Mariem DIA

