MALADIES RÉNALES AU SÉNÉGAL: Plus de 4% de la population touchée
Les maladies rénales prennent de plus en plus d’ampleur au Sénégal. Selon les estimations, elles toucheraient plus de 4% de la population. À l’occasion de la Journée mondiale du rein, célébrée, hier, la néphrologue Dr Aminata Ndiaye a lancé un appel à une meilleure sensibilisation afin de prévenir cette maladie chronique particulièrement coûteuse.
La Journée mondiale du rein a été célébrée, hier, dans un contexte marqué par la progression de cette pathologie souvent silencieuse. En effet, la maladie rénale est généralement découverte à un stade tardif, lorsque les complications sont déjà avancées. Selon les données partagées par le ministère de la Santé et de l’Action sociale, plus de 850 millions de personnes sont concernées par les maladies rénales dans le monde. Au Sénégal, elles toucheraient plus de 4% de la population, ce qui en fait un enjeu majeur de santé publique.
Dans la majorité des cas, la maladie évolue sans symptômes apparents et n’est diagnostiquée qu’à un stade avancé, nécessitant souvent une dialyse ou une transplantation rénale. Le chef du centre d’hémodialyse Khalifa Ababacar Sall souligne que la maladie rénale constitue un véritable fléau et représente une prise en charge particulièrement coûteuse. Selon la néphrologue Dr Aminata Ndiaye, il s’agit même de l’une des maladies les plus onéreuses à traiter.
« Rien qu’un centre d’hémodialyse, la logistique, les machines, l’eau et l’électricité, sans compter le personnel de soutien, c’est coûteux en plus des médicaments. Parce qu’un dialysé en général, il a au minimum 4 ou 5 médicaments à prendre tous les jours, c’est assez coûteux. C’est à l’initiative de la Société Internationale de Néphrologie et la Ligue des Fondations de Néphrologie que cette journée est célébrée toutes les deux semaines du mois de mars. Cela permet de mieux sensibiliser sur ces maladies pour éviter d’arriver au stade d’insuffisance rénale chronique », prévient Dr Ndiaye. Elle s’exprimait hier lors de la célébration de cette journée au centre d’hémodialyse Khalifa Ababacar Sall.
20 millions pour une transplantation la première année
Dr Ndiaye explique que, dans les structures publiques, le kit d’hémodialyse coûte 35 000 francs CFA, un montant fortement subventionné par l’État du Sénégal. « La CNC nous a donné ces chiffres et la subvention coûte à l’État du Sénégal 6 milliards par année », informe-t-elle, indiquant que dans le secteur privé, la séance d’hémodialyse revient en moyenne à 65 000 francs CFA. « Donc ça coûte très cher », dit-elle.
Concernant les infrastructures, le Sénégal dispose actuellement de 40 centres d’hémodialyse, dont 26 dans le public et 14 dans le privé. À cela s’ajoutent trois centres pratiquant l’hémodialyse péritonéale ainsi que deux structures capables de réaliser des transplantations rénales.
La transplantation reste toutefois très onéreuse. « Pour la transplantation rénale, il existe également un coût. C’est 20 millions la première année et ça va descendre pour aller se stabiliser autour de 2,5 millions chaque année. Donc quelqu’un qui doit subir une transplantation rénale doit dépenser 20 millions la première année et dépenser environ 2,5 millions chaque année. Ce qui est un coût excessif, d’où la nécessité d’aller vers la prévention et éviter la survenue de ces maladies », alerte la spécialiste qui insiste ainsi sur l’importance de la prévention, notamment contre l’obésité, l’hypertension artérielle et le diabète, principaux facteurs de risque des maladies rénales.
Placée sous le thème : « Santé rénale pour tous, prendre soin des personnes et protéger la planète », l’édition 2026 de la Journée mondiale du rein met également l’accent sur le lien entre santé et environnement. Selon Dr Ndiaye, l’environnement joue un rôle déterminant dans la santé des individus. « Quand on parle de la planète, l’environnement détermine la santé de l’individu. Quand on parle d’environnement, on parle de pollution, de l’alimentation. Donc c’est à ce niveau qu’il faut agir pour pouvoir prévenir la maladie rénale », note-t-elle.
La néphrologue a également lancé un appel pour un renforcement des ressources humaines dans son centre. « Un seul néphrologue pour 40 générateurs, pour une capacité de 150 malades, ce n’est pas suffisant. Il faut au minimum trois. Il faut d’autres médecins généralistes qui viennent en appui. Il faut aussi des infirmiers de dialyse, ou des techniciens supérieurs de dialyse, du personnel de soutien, et améliorer aussi les infrastructures », plaide-t-elle.
Viviane DIATTA

