KHALIDOU SY, MAIRE DE MÉDINA YORO FOULAH, SUR LA VISITE DU CHEF DE L’ÉTAT: « 40 ans que notre département n’avait pas reçu la visite d’un chef d’État, depuis Abdou Diouf en 1986 »
Le maire de la commune de Médina Yoro Foulah s’est dit optimiste quant aux projets annoncés par le chef de l’État pour le département. Dans cet entretien, Khalidou Sy magnifie la visite du président de la République, Bassirou Diomaye Faye, la semaine dernière, intervenue quatre décennies après le dernier déplacement d’un chef d’État dans cette localité. « Cela fait 40 ans que notre département n’avait pas reçu la visite d’un chef d’État, depuis la venue de Abdou Diouf en 1986. Cela montre que nous avons longtemps été délaissés par l’État central », a-t-il déclaré.
Quel bilan tirez-vous de la visite du chef de l’État à Médina Yoro Foulah ?
Nous sommes très honorés par la visite du président de la République dans le département de Médina Yoro Foulah, en particulier dans la commune chef-lieu. Cette visite avait plusieurs objectifs. D’abord, il s’agissait pour le chef de l’État de constater de visu les réalités du département. Ensuite, elle a été marquée par la pose de la première pierre du centre de santé de niveau 2, la visite de la zone aménagée industrielle, ainsi que le lancement des travaux liés à la Sonacos (Société nationale de commercialisation des oléagineux du Sénégal). Nous avons également reçu d’importantes annonces concernant l’agropole de Médina Yoro Foulah. Le président a insisté sur la nécessité de prévoir une zone d’habitation, car le développement industriel entraînera l’arrivée de nombreux travailleurs. Il est donc essentiel de construire des logements sociaux à proximité des sites industriels, en collaboration avec le ministère de l’Urbanisme. Ces projets vont favoriser l’urbanisation de la commune et améliorer les conditions de vie des travailleurs. Aujourd’hui, Médina Yoro Foulah entre clairement dans une dynamique de développement économique et social, portée par ces infrastructures de base.
Ces investissements vont contribuer à l’emploi des jeunes. Par ailleurs, avec la boucle du Fouladou, il est impératif d’accélérer les travaux de désenclavement. La combinaison des infrastructures routières, des unités industrielles et du centre de santé, appelé à évoluer vers le niveau 3, permettra de réduire considérablement les évacuations sanitaires vers Kolda ou la Gambie. Si nous disposons sur place de services médicaux complets, avec des spécialistes (dentistes, chirurgiens, etc.), cela améliorera significativement le bien-être des populations. Enfin, nous saluons la volonté du chef de l’État, qui a tenu à venir malgré les contraintes, pour montrer que Médina Yoro Foulah fait pleinement partie du Sénégal. Le fait qu’aucun président ne soit venu ici depuis 1986 illustre le sentiment d’abandon que nous avons longtemps ressenti. Cela fait en effet 40 ans que notre département n’avait pas reçu la visite d’un chef d’État, depuis la venue de Abdou Diouf en 1986. Cela montre que nous avons longtemps été délaissés par l’État central.
Comment les populations ont-elles accueilli ces annonces ?
Les populations sont très optimistes. Le président de la République a donné des instructions fermes aux ministres concernés, notamment ceux de la Santé et des Infrastructures, pour accélérer les travaux. Le centre de santé devrait être livré dans un délai de 18 mois. Par ailleurs, les aménagements liés à la zone industrielle, le pont-bascule de la Sonacos et les autres infrastructures permettront de créer des emplois et de faciliter la commercialisation de l’arachide. Aujourd’hui, les producteurs rencontrent des difficultés, notamment des retards de paiement, car ils doivent transporter leurs produits vers Ziguinchor ou d’autres localités. L’installation d’un pont-bascule à Médina Yoro Foulah est donc une avancée majeure. Dans l’ensemble, la population est satisfaite et attend désormais la concrétisation rapide et qualitative de ces projets.
Quelle a été la réponse du chef de l’État à vos doléances ?
Le chef de l’État a expliqué que cette visite ne se limitait pas à une simple pose de première pierre. Elle vise à poser les bases d’une véritable équité sociale et territoriale. Il a donné des instructions pour la poursuite des travaux de la Sonacos et la réalisation du pont-bascule. Il a également demandé au ministère de l’Urbanisme d’identifier des zones pour la construction de logements sociaux. Selon lui, ces projets pourraient générer environ 1 500 emplois dans le département.
Quelles sont vos principales doléances, notamment pour une zone à vocation agricole et d’élevage ?
Nous avons insisté sur la nécessité de réaliser la route Kolda-Médina Yoro Foulah, en passant par Bignarabé et Koulinto. Ce tronçon, long d’environ 59 km, constitue un axe stratégique. Aujourd’hui, à cause du détour imposé par la boucle du Fouladou, il faut parcourir plus de 100 km et près de deux heures pour rejoindre Kolda. Avec cette route, le trajet serait réduit à moins d’une heure. Cette infrastructure faciliterait l’évacuation des productions agricoles, notamment l’arachide et les céréales. Avec la Sonacos, l’objectif est non seulement d’acheter les produits localement, mais aussi de les transformer sur place (huile, aliments de bétail, savon, etc.). L’agropole viendra renforcer cette dynamique en permettant de produire, transformer et vendre localement, ce qui améliorera les revenus des populations. Pour l’élevage, nous avons également demandé un appui pour l’amélioration des races et la formation des jeunes.
La question de la sécurité reste préoccupante. Quelles solutions proposez-vous ?
Le développement doit aller de pair avec la sécurité. Aujourd’hui, le département souffre d’un manque criant d’infrastructures sécuritaires. Nous ne disposons pas de brigade de gendarmerie digne de ce nom. Une unité mobile est installée dans les locaux de la commune. Nous avons déjà réservé trois hectares pour la construction d’une brigade, mais les travaux sont à l’arrêt. Avec près de 200 km de frontière avec la Gambie, cet équipement est stratégique. Il en est de même pour la caserne des sapeurs-pompiers, pour laquelle quatre hectares ont été réservés, ainsi que pour un commissariat de police. Ces infrastructures sont indispensables pour garantir la sécurité, condition essentielle du développement.
Quelles perspectives pour Médina Yoro Foulah ?
À terme, Médina Yoro Foulah pourrait devenir une zone très attractive pour les jeunes en quête d’opportunités, si les projets annoncés se concrétisent. Déjà, des populations s’y installent pour l’agriculture et l’élevage, en raison du potentiel fertile de la zone.
Quels autres projets souhaitez-vous voir se réaliser ?
Nous souhaitons l’aménagement de la vallée, qui permettrait de développer la riziculture et le maraîchage. Une superficie de 33 hectares est déjà délibérée à cet effet. Nous voulons également développer l’aquaculture, afin de réduire la dépendance vis-à-vis des produits halieutiques venant de Dakar ou Mbour. Par ailleurs, il est urgent de renforcer l’accès à l’électricité et d’améliorer la couverture réseau, qui reste très faible dans plusieurs zones. Enfin, plusieurs chantiers sont à l’arrêt ou en attente : centre de formation professionnelle, maison de la jeunesse, tribunal départemental, caserne, commissariat… Les assiettes foncières sont pourtant déjà disponibles. Nous attendons la relance de ces projets, car leur réalisation fera de Médina Yoro Foulah un véritable pôle de développement.
Par Mamadou Lamine CAMARA

