DR EL HADJI ABDOUL AZIZ LY, ENDOCRINOLOGUE, DIABETOLOGUE, NUTRITIONNISTE: « Il est préférable de faire une visite médicale avant de jeûner »
Ils sont nombreux, les diabétiques, à observer le jeûne, même si, dans l’absolu, cela n’est pas systématiquement recommandé. L’endocrinologue Dr El Hadji Abdoul Aziz Ly précise toutefois que ces patients doivent respecter certaines règles, notamment effectuer une visite médicale deux mois avant le Ramadan ou le Carême. Dans cet entretien, le diabétologue, nutritionniste et spécialiste des maladies métaboliques évoque également les complications possibles : déshydratation, thromboses, accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou encore acidocétose.
Est-ce que le jeûne est bon pour le diabétique ?
La réponse n’est ni totalement oui ni totalement non. Tout diabétique qui respecte certaines règles peut, dans certains cas, jeûner. Les études montrent d’ailleurs que beaucoup de diabétiques observent le jeûne. Certaines recherches ont révélé qu’après le Ramadan ou le Carême, chez certains patients, le poids s’améliore et le diabète peut être mieux équilibré. Le taux de sucre dans le sang peut se normaliser.Par ailleurs, comme le diabète fait partie des maladies cardiovasculaires, on a constaté qu’après le Ramadan, le taux de « mauvais » cholestérol peut également se normaliser. Cela s’explique notamment par le fait que le diabète de type 2 – le plus fréquent – est souvent associé au surpoids. Or, le jeûne peut entraîner une perte de poids significative et contribuer ainsi à l’amélioration de l’équilibre glycémique.Cependant, les données scientifiques restent parfois contradictoires. Dans l’absolu, on peut donc dire que le jeûne chez le diabétique présente à la fois des avantages et des inconvénients. D’où la nécessité de respecter certains préalables avant de s’engager dans cette pratique.
Quels sont ces préalables ?
Il est fortement recommandé d’effectuer une consultation pré-Ramadan ou pré-Carême, idéalement deux mois avant le début du jeûne. Cette consultation permet d’évaluer les risques potentiels et de classer le patient selon trois catégories : risque faible, risque modéré ou risque élevé.Le jeûne implique une privation prolongée d’apports énergétiques. Or, chez le diabétique, l’organisme peut avoir des difficultés à mobiliser correctement ses réserves d’énergie. Cela peut entraîner une hypoglycémie ou un déséquilibre du diabète. Risque faible, le patient peut être autorisé à jeûner. Risque modéré, le jeûne doit se faire sous surveillance médicale étroite. Risque élevé, le jeûne est généralement déconseillé. Toutefois, si le patient insiste, un accompagnement médical strict est indispensable, avec arrêt immédiat en cas de complication. Le jeûne chez un diabétique doit donc impérativement être encadré.
Quelles sont les complications possibles ?
Les complications peuvent être de trois ou quatre ordres. L’hypoglycémie : Au cours du jeûne, les réserves énergétiques s’épuisent progressivement. L’organisme cherche alors d’autres sources d’énergie, notamment à partir des protéines. Ce mécanisme nécessite un corps en bonne santé. Chez le diabétique, cette adaptation peut être difficile. Une hypoglycémie correspond à une chute brutale du taux de sucre dans le sang. Elle peut se manifester par palpitations, sueurs,hallucinations, troubles du comportement, perte de connaissance, voire coma. Sans prise en charge rapide, elle peut entraîner le décès.
L’acidocétose diabétique : Il s’agit d’une complication grave liée à un déséquilibre sévère du diabète. Si elle n’est pas traitée rapidement, elle peut avoir des conséquences très graves.
La déshydratation : Pendant la journée de jeûne, le patient ne peut ni boire ni se réhydrater. Cette absence d’apport hydrique peut entraîner une déshydratation importante, avec des conséquences potentiellement sévères.
Les thromboses et complications vasculaires : La déshydratation favorise l’épaississement du sang et peut entraîner la formation de caillots (thromboses). Cela peut provoquer des accidents vasculaires cérébraux (AVC) ou des thrombophlébites.
Le jeûne est-il possible pour les diabétiques sous insuline ?
Il existe trois catégories de diabétiques : ceux sous traitement oral, ceux sous insuline et ceux qui associent traitement oral et insuline. Lorsque le patient décide de jeûner, la prise du traitement doit être adaptée. C’est précisément lors de la consultation pré-Ramadan que le médecin peut ajuster les prescriptions : modification des horaires, adaptation des doses, voire changement de traitement. Dans certains cas, un médicament peut être arrêté et remplacé par un autre plus adapté au jeûne.Cette consultation est également l’occasion d’informer le patient sur les signes d’alerte. Dès l’apparition de symptômes inhabituels ou de résultats anormaux lors d’un contrôle glycémique, il doit pouvoir contacter rapidement son soignant. Le diabétique qui souhaite jeûner doit impérativement être accompagné par une équipe médicale, idéalement son diabétologue ou, à défaut, un médecin généraliste. Il est essentiel qu’il dispose d’un contact direct pour être orienté ou pris en charge en cas de complication.
Viviane DIATTA

