MON JEUNE…MBAYE FALL, « JAKARTA-MAN »: « Le Ramadan nécessite énormément de frais »
Mbaye Fall est un jeune homme qui s’active dans le transport « thiak-thiak » (moto-taxi). De taille moyenne, teint noir, confortablement assis sur sa moto Jakarta, casquette bien vissée sur la tête, il mâche distraitement un cure-dent, le regard scrutant les alentours à la recherche du moindre client. Titulaire d’un diplôme scientifique, aîné de sa famille, il a embrassé ce métier par nécessité, pour subvenir aux besoins de ses parents et de ses frères et sœurs.
« J’ai un diplôme en sciences, mais je peinais à trouver un emploi stable et rémunéré. Étant l’aîné de la famille, je ne pouvais pas rester les bras croisés. Avec l’aide d’un ami qui travaille dans une banque, j’ai obtenu un prêt de 350 000 francs CFA pour acheter une moto et me lancer dans le thiak-thiak », explique le natif de Yeumbeul.
Âgé de 27 ans, célibataire et sans enfant, le Jakartaman reconnaît que son activité évolue en dents de scie. « Le premier jour du Ramadan, la journée n’a pas été fameuse, mais on rend grâce à Dieu. J’ai quand même pu assurer la rupture du jeûne pour la famille », dit-il avec un sourire mêlé d’espoir et de résignation.Il est déjà 11 heures passées et les clients se font rares.
Les effets du mois de Ramadan se font sentir : les habitudes changent, les horaires aussi. Beaucoup descendent plus tôt pour éviter les embouteillages monstres.Lucide, Mbaye envisage d’adapter son planning pour maintenir ses revenus.
« D’ici une semaine, si le rythme reste le même, je vais changer d’horaires. Au lieu de travailler de 9 heures à 18 heures, je pourrais commencer plus tard et continuer après la rupture du jeûne », se projette-t-il.Mais au-delà des ajustements, le jeune conducteur déplore la cherté de la vie. « Les jeunes font de leur mieux, mais ils ne sont pas aidés. Et tout le monde sait que le Ramadan nécessite énormément de dépenses », lâche-t-il.
Au moment de prendre congé de Mbaye Fall, un client apparaît enfin, bagages à la main. Destination : les Maristes. Les deux hommes entament aussitôt la négociation. Peut-être que la journée sera finalement plus clémente.
Adama AIDARA

