CARÊME ET MÉDIAS: Abbé Léon Diao recommande aux fidèles de prendre le contrôle de leurs écrans et écouteurs
Dans un texte publié à l’occasion du carême, l’abbé Léon Diao, prêtre du diocèse de Kolda, interpelle les fidèles sur l’impact des médias sur nos esprits, nos croyances et nos comportements. Des ondes hertziennes aux flux de TikTok, souligne-t-il, les médias ont toujours accompagné les sociétés : ils informent, divertissent, mais peuvent aussi manipuler. Face à cette réalité, le religieux propose six gestes concrets pour discipliner notre consommation médiatique et retrouver, durant ce temps de grâce, une conscience plus claire de ce que nous regardons et écoutons.
La consommation des médias est aussi variée que les générations qui la façonnent. Les préférences de chaque groupe sont marquées par les technologies, les normes culturelles et l’évolution sociétale de leur époque. C’est le constat dressé par l’abbé Léon Diao.Le problème, poursuit-il, réside dans une consommation immodérée de ces canaux d’information et de divertissement, qui peut conduire à une forme d’addiction et nourrir en nous le mythe du bien-être permanent. Comprendre ce qu’est réellement un média, estime-t-il, peut grandement aider à mieux l’utiliser, particulièrement en ce temps béni du carême.
Le rapport carême-médias
Le mercredi des Cendres marque, pour la communauté chrétienne catholique, l’entrée dans le carême : une période de quarante jours rythmée par le jeûne, la prière et l’aumône. Pour l’abbé Diao, cet appel à la conversion constitue un moment propice pour interroger notre rapport aux médias, qu’ils soient publics, privés ou religieux.Il précise toutefois que sa réflexion ne vise pas à relancer le débat entre technophiles et technophobes. Elle se veut plutôt une interpellation sur l’éducation — ou mieux, la discipline — nécessaire dans la consommation des médias durant cette période.Le carême, rappelle-t-il, est l’un des temps forts de l’Église, au cours duquel les fidèles sont invités à s’entraîner spirituellement en vue des célébrations pascales. C’est un temps de veille, d’éveil et de réveil, marqué par une introspection profonde
.« Le carême est avant tout un temps de conversion. Une attitude du cœur qui nécessite avant tout une autocritique. C’est grâce à cette dernière que l’on pourra séparer le bien du mal, le vrai du faux ou le vrai du vraisemblable. D’ailleurs l’un des défis actuels que posent les médias n’est plus de tirer le vrai du faux, mais le vrai du vraisemblable. Le moins que l’on puisse dire est qu’un tel souci a donné naissance à des genres journalistiques tels que le fact-checking », éclaire-t-il
.Six recommandations pour discipliner notre consommation
Pour aider à lutter contre la tentation d’une navigation quotidienne entre médias traditionnels et réseaux sociaux (Facebook, WhatsApp, YouTube, Snapchat ou TikTok), le prêtre formule six recommandations :
Évaluer le temps passé : réfléchir et noter les moments de distraction excessive afin de se fixer des objectifs clairs quant au temps consacré aux médias.
Réduire ou suspendre : diminuer le temps passé sur les réseaux sociaux, la télévision ou toute autre plateforme, voire faire une pause complète.
Choisir des contenus édifiants : privilégier des lectures spirituelles, des documentaires éducatifs ou des médias religieux susceptibles de nourrir la méditation.
Éviter le négatif : « Dieu n’est pas négatif », rappelle-t-il. Il s’agit d’éliminer les contenus générateurs d’anxiété, de colère ou de plaisirs charnels.
Partager et échanger : discuter avec d’autres de ses choix médiatiques et participer à des activités communautaires sans recours aux écrans, pour lutter contre ce que Dominique Wolton appelle « les interactions solitaires ».
Tenir un journal spirituel : consigner ses réflexions sur l’impact des médias dans sa vie, puis dresser un bilan à la fin du carême afin de maintenir les changements bénéfiques.
« Le carême peut être une occasion précieuse pour réévaluer et discipliner notre consommation des médias. En adoptant une approche consciente, nous pourrons améliorer notre bien-être spirituel et mental », conseille abbé Léon Diao.
Les effets des médias sur la conscience collective
Consciemment ou non, affirme le prêtre, « les médias influencent leurs consommateurs. Ils jouent un rôle crucial dans la formation de la conscience populaire. Tels une force invisible, ils nous attirent vers leurs contenus, dont la finalité première est d’informer et de divertir ».
Mais les médias ne sont pas de simples canaux de diffusion. Leurs enjeux peuvent être géopolitiques, sociaux et psychologiques. Ils influencent la formation de l’opinion publique, renforcent ou déconstruisent des stéréotypes, mobilisent socialement et provoquent des réactions émotionnelles fortes.« Cela s’est produit pendant le génocide rwandais à cause d’un transistor appelé ‘radio des mille collines’.
Fonctionnant comme des seringues hypodermiques, les médias peuvent servir à une mobilisation sociale ou provoquer des réactions émotionnelles fortes influençant les attitudes ou comportements des individus. C’est ainsi que, par exemple des histoires personnelles peuvent humaniser des problèmes complexes, rendant les enjeux plus accessibles », explique-t-il.
Les médias contribuent également à établir ce qui est considéré comme normal ou acceptable dans une société. Ils peuvent influencer les comportements et les valeurs, notamment à travers la publicité et les programmes de divertissement.
L’abbé Diao évoque enfin la réflexion de Sean MacBride sur le Nouvel ordre mondial de l’information et de la communication (NOMIC), dont la pertinence demeure, selon lui, manifeste au XXIe siècle.
« Compte tenu de tout cela, il est essentiel que les consommateurs des médias développent un esprit critique face aux contenus médiatiques. Et c’est dans ce sens que le temps du carême peut nous être utile », prévient-il.
Viviane DIATTA

