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PROMOTION DU VIEILLISSEMENT EN BONNE SANTÉ: Les acteurs appellent à une action rapide et coordonnée

Le 1ᵉʳ Congrès de la Société Sénégalaise de Gériatrie et de Gérontologie (SSGG) s’est ouvert hier à Dakar pour deux jours de réflexion. Médecins, chercheurs, décideurs publics et représentants des personnes âgées y ont lancé un vibrant appel pour une meilleure prise en charge des aînés et une promotion active du vieillissement en bonne santé.

Au Sénégal, les personnes âgées rencontrent encore de nombreux obstacles : manque de considération sociale, difficultés financières et accès limité aux soins. Seules 30% d’entre elles bénéficient d’une couverture sociale, laissant 70% sans protection. Selon l’ANSD, la proportion des plus de 60 ans est passée de 5,4% en 2013 à 6% en 2025, tandis que l’espérance de vie a progressé de 64,7 ans à 68,9 ans. Une évolution qui s’accompagne d’un double fardeau sanitaire.

« Nous vivons à la fois avec les maladies transmissibles et les maladies non transmissibles comme le diabète, le cancer, les AVC ou les maladies coronariennes, qui représentent 54% des décès au Sénégal », a rappelé Serigne Mbaye, Secrétaire général du ministère de la Santé, présidant la cérémonie d’ouverture.

Des avancées, mais de lourds défis

Il a exhorté les acteurs à passer à l’action. « Nous devons agir, comme nous y invite l’OMS, en accélérant la promotion du vieillissement en bonne santé, un processus de maintien d’une aptitude fonctionnelle garantissant le bien-être des personnes âgées. », a-t-il préconisé.

Si l’État a consenti des efforts en matière de protection sociale et de prise en charge médicale, de nombreux défis persistent : accès difficile aux soins pour des raisons géographiques et financières, absence de réglementation sur les soins à domicile, manque de structures spécialisées en gériatrie, faible capacité du Service national de Gériatrie de Fann, insuffisance du nombre de gériatres et gérontologues, faiblesse des pensions de retraite et absence de coordination entre les ministères concernés.

« Cette dispersion des responsabilités nuit à la visibilité de l’action gouvernementale, malgré les efforts consentis. Le vieillissement reste encore peu intégré dans les politiques publiques », a déploré Serigne Mbaye.

Pr Coumé : « Améliorer les conditions de vie des aînés, c’est aider les familles »Pour le Professeur Mamadou Coumé, président de la Société Sénégalaise de Gériatrie et de Gérontologie, il est urgent d’adapter la société à ce tournant démographique. « Améliorer les conditions de vie des personnes âgées, c’est apporter une bouffée d’oxygène à des ménages dont 30% dépendent d’elles, c’est aider les familles », a-t-il souligné.

Le professeur s’est réjoui de la création d’un diplôme de gériatrie destiné à former une nouvelle génération de spécialistes. « Nous avons aujourd’hui une jeunesse motivée, prête à poursuivre le combat pour faire de la gériatrie une discipline reconnue et valorisée », a-t-il affirmé, rappelant que la SSGG vise à « mieux comprendre le vieillissement humain en Afrique noire » et à accompagner les autorités dans l’élaboration de politiques publiques adaptées.

« La dignité des aînés doit être un axe central du développement »

Le représentant des personnes âgées, Pape Mamadou Tandjan, a livré un message vibrant, plaçant la dignité et la reconnaissance des aînés au cœur du développement durable. « Le vieillissement n’est pas une fatalité, c’est une victoire de la vie, une réussite sociale et un défi collectif. Les aînés sont la mémoire vivante, la conscience morale et la sagesse stratégique de notre société », a-t-il confié.

Il a plaidé pour que la dimension du « bien vieillir » soit pleinement intégrée dans les politiques sanitaires, sociales et budgétaires. « Vieillir, ce n’est pas disparaître, c’est continuer à transmettre. Nous demandons à être reconnus, écoutés et représentés dans les instances de décision », a-t-il plaidé.

Pour M. Tandjan, « une société qui sait intégrer ses aînés prépare mieux son avenir. La dignité des aînés doit être un axe central du développement ». Il a donc appelé la jeunesse à s’engager pour « construire un Sénégal où la vieillesse rime avec fierté, transmission et cohésion sociale ».

Ajoutant que le pays doit devenir « un modèle africain du bien vieillir, fondé sur la recherche, l’innovation sociale et la solidarité intergénérationnelle ».

Viviane DIATTA