INTERDICTION DE SORTIE DU TERRITOIRE: Pape Malick Ndour raconte son interception à l’AIBD et annonce une plainte contre les policiers
Pape Malick Ndour, ancien ministre et membre de l’Alliance pour la République (APR), a fait face à la presse, hier, pour narrer son interception à l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD), la vieille. Il affirme avoir été empêché de voyager et conduit au commissariat, avant d’être finalement relâché et convoqué à la section de recherche de la gendarmerie ce lundi. L’ex-ministre annonce une plainte contre les policiers qu’il accuse de violation de ses droits fondamentaux.
Entouré de plusieurs responsables de son parti, dont El Hadji Omar Youm, porte-parole de l’APR, et Néné Fatoumata Tall, Pape Malick Ndour a dénoncé une « arrestation arbitraire » et « une atteinte grave à la liberté individuelle ».
Omar Youm, prenant la parole au nom du parti, a fustigé « les restrictions de liberté devenues un exercice favori des autorités actuelles ». Selon lui, le parti a tenu à organiser ce point de presse pour « permettre à Pape Malick Ndour d’éclairer l’opinion nationale et internationale sur les faits ».
« Je ne fuyais pas le pays »
Face aux journalistes, Pape Malick Ndour a tenu à démentir toute intention de fuite. « Ils ont dit que je voulais fuir, mais quelqu’un qui veut fuir ne passe pas par l’aéroport. Je ne fuyais pas le pays. Je suis Saloum-Saloum, j’ai des amis entre la Gambie et la Mauritanie. Si je voulais disparaître, je l’aurais fait depuis 2024, après la perte du pouvoir. Qui connaît notre communauté Sérère Ndourrène, sait qu’on ne recule pas, qu’on ne fui pas, qu’on ne se cache pas », a-t-il ironisé.
L’ancien ministre a expliqué qu’il devait effectuer un déplacement officiel en France dans le cadre de ses fonctions de président du Conseil départemental de Guinguinéo. Son passeport, expiré depuis 2023, a été renouvelé le 16 septembre dernier, et il avait obtenu un visa Schengen le 25 septembre pour ce voyage, prévu depuis plusieurs semaines.
« Mieux, souligne-t-il, il y a un mois, je suis allé à Abidjan avec ma carte d’identité CEDEAO, à défaut d’un passeport. Je pouvais rester là-bas, mais je suis quand même revenu. Si je voulais fuir j’allais rester là-bas ».« En tant qu’agent de l’État, ma structure d’affectation avait été dûment informée, conformément aux règles administratives, puisque j’avais sollicité et obtenu une autorisation d’absence », soutient-il, insistant sur le fait que les autorités étaient parfaitement au courant de son projet. « Toutes les formalités liées à ce déplacement ont été effectuées dans la plus grande transparence et dans le respect strict des procédures en vigueur », confie-t-il.
Son récit de l’interception à l’aéroport« Je suis venu à l’aéroport comme tout citoyen, sans garde du corps. J’ai fait mes formalités et un policier m’a souhaité bon voyage », a raconté Pape Malick Ndour, brandissant son passeport avec un cachet de la police des frontières.Mais quelques minutes avant l’embarquement, un agent est venu lui annoncer qu’un ordre venait d’arriver pour le retenir. « J’ai accepté sans résistance. J’ai dit aux policiers que je comprenais, qu’ils recevaient des ordres », relate-t-il.
Selon lui, les instructions contradictoires se sont succédé : relâché une première fois, puis à nouveau interpellé. « Le même policier est venu trois fois, donnant trois décisions différentes. C’était humiliant pour lui », confie-t-il, avant d’ajouter : « J’ai ensuite vu sur les réseaux sociaux qu’on annonçait mon arrestation, alors que j’étais toujours assis dans le salon d’embarquement ».
Le passage au commissariat et la « mise en grille » refusée
Conduit ensuite au commissariat spécial de l’aéroport, Pape Malick Ndour affirme qu’on lui a parlé d’une « interdiction de sortie du territoire », sans qu’aucun document officiel ne lui soit présenté.« Jusqu’à 2 heures du matin, on n’a pas pu me montrer d’ordre écrit. Puis un agent m’a dit qu’il devait me mettre au violon sur instruction », raconte-t-il.
Il dit avoir refusé catégoriquement, exigeant la présence de son avocat. « Cinq policiers étaient gênés. Ils m’ont proposé de dormir sur des cartons, mais j’ai refusé dignement », poursuit-il.La Section de recherches de la gendarmerie de Colobane l’a ensuite pris en charge.
« Ils ont été professionnels. Ils m’ont simplement montré une capture d’écran WhatsApp mentionnant l‘interdiction de sortie du territoire’ », affirme-t-il, non sans ironie.Une plainte annoncée contre les policiers« Si je raconte tout cela, c’est pour informer l’opinion que j’ai décidé, avec mon avocat, de porter plainte contre les policiers qui ont exécuté ces ordres illégaux », a déclaré Pape Malick Ndour.
Selon lui, aucune décision judiciaire en bonne et due forme ne lui a été notifiée. « J’ai vu une simple image floue sur WhatsApp, sans cachet ni signature de juge ou de procureur », dit-il.Concernant la plainte de l’activiste Pape Abdoulaye Touré, qui l’accuse d’enlèvement, de torture et de violences aggravées remontant à 2023, l’ancien ministre le qualifie d’« homme qui a raté sa vie », et assure qu’il se rendra à la Section de recherches pour répondre à la convocation, à 15 heures, ce lundi. « Je ne me cache pas. Je respecterai la justice, mais je refuse qu’on piétine mes droits », a-t-il conclu.
Mame Ndella FAYE

