TALENT POETIQUE AU SERVICE DE LA SPIRITUALITE ET DE MAODO: Mbaye Dondé Mbaye, la voix qui continue de résonner à Tivaouane… 25 ans après
Près de 25 ans après sa disparition, le nom et la voix de Mbaye Dondé Mbaye restent indissociables du Gamou de Tivaouane. Poète inspiré et chantre attitré de Serigne Babacar Sy (RTA), il demeure une figure centrale dans la mémoire des fidèles tidianes. À chaque Maouloud, ses refrains mystiques refont surface, rappelant une époque où sa voix transcendait les cœurs et élevait les âmes.
Une œuvre immortelle et mystique
Pour beaucoup, l’œuvre humaine ne meurt jamais. Mbaye Dondé Mbaye l’a prouvé par son héritage poétique. Parmi ses compositions emblématiques figure le poème en wolof « Mbaye ya niou dooy », dédié à Khalifa Ababacar Sy (RTA), qui reste d’une actualité saisissante. Sa capacité à chanter les grandes figures de Tivaouane et les épisodes fondateurs de l’islam, comme le voyage nocturne du Prophète Mohamed (PSL), témoigne d’un répertoire inépuisable, puisé dans les écrits de Cheikh Seydi El Hadji Malick Sy dit Maodo, de Khalifa Ababacar Sy et des moukhadams de la prestigieuse école de Tivaouane.
Une voix puissante et spirituelle
Sa voix de stentor, puissante et vibrante, était reconnaissable entre mille. Quand il chantait, elle s’élevait telle une offrande spirituelle, avant de redescendre sur terre, imprégnée de mysticisme. Ce talent rare a fait de lui un interprète attitré de Serigne Babacar Sy, dont il suivait chaque orientation spirituelle. Né en 1930 à Keur Dieum, dans une famille profondément ancrée dans la foi et la tradition tidiane, Mbaye Dondé Mbaye a grandi dans un environnement où savoir et piété se confondaient. Son père, El Hadji Alassane Mbaye, était un érudit et moukhadam respecté de Seydi El Hadji Malick Sy. Son frère, Baye Ndiassé Mbaye, fut lui aussi une référence sur le chemin du tarikha.
Un héritage familial et spirituel
Dès son jeune âge, sa voix se distinguait par sa puissance et sa profondeur. « Pas besoin d’orchestre, donnez-lui un micro et tendez l’oreille », raconte Aliou Sow, membre du comité d’organisation du Coscass. « Il animait les dahiras et partout où il passait, les cœurs s’ouvraient », narre-t-il. Un jour, lors d’une visite à Tivaouane, après avoir animé un cercle religieux, Serigne Babacar Sy l’appela et lui dit simplement : « un enfant ne doit pas s’éloigner des seins de sa mère ». Ce message le convainquit de s’installer définitivement à Tivaouane, auprès de son guide.
Plus qu’un chanteur : un transmetteur de foi
Installé à Tivaouane, Mbaye Dondé devint bien plus qu’un simple chanteur religieux. Poète raffiné, orateur élégant et fin lettré, il utilisa sa voix comme un vecteur d’enseignement. Chaque mot qu’il prononçait, chaque geste qui accompagnait ses chants, portait un message spirituel. Sa manière de chanter, à la fois sobre et majestueuse, donnait à ses compositions une profondeur unique. Il fut reconnu pour son intelligence, sa vaste culture islamique et son don poétique, qui faisaient de lui une icône de la hadara Malikite. Ses chants n’étaient pas que mélodies : ils étaient des leçons vivantes de piété et de fidélité aux enseignements de Tivaouane.
Un héritage immatériel toujours vivant
Rappelé à Dieu le 16 octobre 2000, Mbaye Dondé Mbaye laisse derrière lui un héritage spirituel et artistique immense. Ses 71 années (1930-2000) de vie furent consacrées à chanter la foi, incarner l’héritage et toucher les âmes. Aujourd’hui encore, ses compositions continuent de résonner dans les dahiras, transmises de génération en génération. Si son fils, Doudou Kendè Mbaye, s’efforce de perpétuer ce legs, beaucoup estiment que Mbaye Dondé reste inégalable. Car son aura ne tenait pas seulement à la force de sa voix, mais aussi à son humilité, sa piété et sa fidélité à Serigne Babacar Sy.
Une voix intemporelle
Voix, foi et mémoire : telles sont les marques indélébiles laissées par El Hadji Mbaye Dondé Mbaye. Sa présence continue d’habiter les cœurs des fidèles, et ses chants restent une passerelle entre le passé et l’avenir de la tradition tidiane à Tivaouane.
(Adama AIDARA ,L’Informé)

