Shogofa Hamidi, ex-magistrate afghane en exil: la force de «tout recommencer» sans renoncer
En août 2021, les talibans reprennent le pouvoir en Afghanistan. Menacés par le nouveau régime, des milliers d’Afghans fuient alors leur pays. Shogofa Hamidi commence alors tout juste sa carrière de procureure chargée des violences faites aux femmes. Quatre ans après, la jeune femme raconte ce jour de cauchemar, la fuite en France et son engagement intact pour les droits des femmes.
Shogofa Hamidi a décidé d’être « toujours positive ». Elle dit tenir ça de ses parents. Tous deux étaient professeurs dans le secondaire à Kaboul. Aujourd’hui, ils suivent des cours à leur tour, pour parfaire leur français, au Mans. C’est dans cette ville de l’ouest de la France que la famille a atterri fin 2021, après avoir fui l’Afghanistan dans la foulée du retour des talibans. On leur a expliqué que la procédure de demande d’asile serait plus rapide en province qu’à Paris, alors ils sont montés dans le bus, direction la préfecture de la Sarthe. Enfin, plutôt un village voisin dans lequel se trouve le centre d’accueil pour demandeurs d’asile (Cada) où ils vont passer le plus clair de leur première année d’exil. « On ne pouvait pas bouger, parce qu’on n’avait ni papiers ni carte de bus », se souvient la jeune femme de 28 ans.
Avec sa sœur, Shogofa met à profit cette période pour apprendre le français, essentiellement grâce à des cours sur YouTube. Aujourd’hui, elle a le statut de réfugié et un permis de séjour de dix ans. Et ne comptez pas sur elle pour critiquer le pays qui lui a ouvert ses portes.
A posteriori, elle remercierait presque les Français pour leur peu d’appétence pour la langue de Shakespeare qui l’a obligée à un apprentissage accéléré de celle de Molière, même si sa langue, le dari, lui manque beaucoup. On sent parfois sa frustration face à ces mots qui résistent à décrire précisément ce qu’elle a vécu. « J’ai beaucoup de sentiments dans mon cœur et dans ma langue, mais je ne peux pas tout vous retransmettre, s’impatiente-t-elle en riant. Mais ce n’est pas une barrière négative, c’est le début d’une autre aventure. Je ne lâche rien. »
Shogofa a l’habitude de faire mauvaise fortune bon cœur. C’est une discipline qu’elle s’impose. « Si tu te dis que la journée sera agréable, que tu vas être pleinement concentrée sur tes objectifs, tu envoies ce message à ton cerveau et ça t’aide à agir. »
« Quand les talibans sont arrivés au pouvoir, tout a changé : mon travail, mon rêve, ma vie, tout »
Il faut dire que la jeune Afghane revient de loin. Dans sa première vie, elle commençait tout juste une carrière de procureure de la République au département de la lutte contre les violences faites aux femmes. Dans le pays, même avant le retour des talibans, exercer comme magistrate, c’est braver les obstacles et s’exposer au danger. Mais elle qui, petite, « rêvait déjà de défendre les droits des femmes », se sent investie d’une « mission ». « Défendre les femmes victimes dont les droits, en Afghanistan, sont largement contrôlés par leur mari ou par les hommes de leur famille. »

