NATIONS UNIES – MULTILINGUISME ET DÉSINFORMATION: Face aux infox, le Sénégal veut une ONU qui parle plus de langues
Le Sénégal a plaidé, le 2 novembre à New York, pour un traitement égal des langues officielles de lONU et pour la diffusion dinformations fiables dans les langues locales lorsque les besoins lexigent. Ce plaidoyer a été porté devant la Quatrième Commission de lAssemblée générale, présidée par lambassadeur sénégalais Coly Seck, alors que Dakar figure parmi les trois centres pilotes de lONU pour lintégrité de linformation.
« Les gens sont plus connectés que jamais, mais ils se sentent aussi dépassés ». Cest par ce constat que Melissa Fleming, secrétaire générale adjointe de lONU à la communication globale, a décrit le défi auquel fait face lorganisation. Dans un environnement saturé de contenus, a-t-elle expliqué, le public dispose de trop peu de sources auxquelles il estime pouvoir se fier. « Notre tâche est donc de toucher les gens avec des informations exactes, dans leur propre langue », a-t-elle déclaré.
À louverture des débats sur la communication des Nations Unies, la délégation sénégalaise a demandé que les langues officielles soient traitées sur un pied dégalité dans les publications comme dans les travaux informels. Alioune Touré Seck, premier conseiller à la Représentation permanente du Sénégal auprès de lONU, a également plaidé pour lusage dautres langues, notamment locales, afin que les informations de lorganisation puissent atteindre un public plus large.
Dakar aux avant-postes
Pour le diplomate sénégalais, la question des langues va de pair avec celle de la fiabilité des contenus. Il a appelé lONU à défendre la liberté dexpression et laccès à une information pluraliste, tout en répondant à lutilisation des outils numériques pour propager la désinformation et les discours de haine. « Ce sont là des phénomènes qui attisent les flammes de la discorde », a-t-il averti.
Le Centre dinformation des Nations Unies à Dakar, présent au Sénégal depuis 1964, couvre six pays dAfrique de lOuest. Il diffuse des informations auprès des institutions publiques, des médias, des chercheurs, de la société civile et du grand public. Avec Mexico et Bruxelles, Dakar fait partie des trois centres pilotes chargés de renforcer les compétences en matière dintégrité de linformation. Le travail porte notamment sur le repérage des récits préjudiciables, lévaluation de leurs risques et la préparation de réponses adaptées. LONU prévoit détendre ces formations aux médias, aux organisations de la société civile et aux gouvernements.
Le multilinguisme à lépreuve du budget
Le débat sest ouvert sur fond de pressions budgétaires et de réforme du Département de la communication globale. Selon Melissa Fleming, un examen indépendant a confirmé la pertinence de ses mandats et recommandé de resserrer la coordination entre le siège et les équipes sur le terrain. Au nom du Groupe des Amis de lespagnol, lEspagne a défendu la place des langues dans les arbitrages à venir. « Le multilinguisme nest pas une ligne budgétaire secondaire », a déclaré sa délégation.
Le Sénégal a par ailleurs demandé de renforcer le programme dinformation de lONU sur la question de Palestine et de permettre aux médias indépendants daccéder au Territoire palestinien occupé. La séance sest tenue à loccasion de la Journée internationale de la fin de limpunité pour les crimes commis contre des journalistes. Plusieurs délégations ont appelé à mieux protéger les professionnels des médias. La poursuite du débat était prévue le 3 novembre.
Mame Ndella FAYE

