OUSMANE FAYE, PRESIDENT DU GROUPE D’INITIATIVE « WALLU CULTURE »: « La culture est une force économique et politique »
Porté par des acteurs des arts et de la culture « Wallu Culture » entend peser sur les décisions publiques et obtenir une meilleure prise en compte du secteur dans les politiques de développement. Son président, Ousmane Faye, expose les ambitions du mouvement et plaide pour une juste redistribution des revenus issus des ressources extractives.
Qu’est-ce qui a motivé la création de « Wallu Culture » et quelles sont les aspirations de cette formation politique ?
On peut parler d’observation et de constat, mais notre démarche relève avant tout d’un instinct citoyen. Celui d’un citoyen qui s’indigne du manque de considération accordé au peuple sénégalais par les hommes politiques. Je parle bien des politiques et non de la politique. Dans sa définition première, la politique doit servir à construire la cité, à préserver les valeurs fondamentales du peuple et à améliorer son bien-être. Le bien-être englobe l’autonomie, le développement et la dignité auxquels aspirent les Sénégalaises et les Sénégalais, qui travaillent sans jamais baisser les bras.
Cette exigence concerne tous les secteurs, notamment celui de la culture auquel nous appartenons. La communauté des arts et de la culture constitue une véritable force d’action et de mobilisation sociale, à travers ses organisations professionnelles, ses entreprises et ses activités d’animation et d’aménagement culturel du territoire. Elle génère également une économie dont les retombées doivent profiter au Sénégal et contribuer à la construction du pays à l’horizon 2050.
C’est la troisième tentative des acteurs culturels de se regrouper au sein d’un mouvement politique pour favoriser le développement du secteur. Les précédentes n’ont pas abouti. Restez-vous confiant ?
Ceux qui nous ont précédés ont posé les fondations et montré la voie. Or, pour construire une maison, il faut nécessairement des fondations solides. Leurs différentes initiatives ont donc préparé le terrain pour ce que nous entreprenons aujourd’hui. Nous sommes convaincus que notre démarche suscitera de nombreux ralliements.
Vous avez évoqué le manque à gagner lié aux ressources extractives. Estimez-vous que le secteur culturel a été lésé dans leur répartition ?
Nous ne sommes pas seulement lésés : nous sommes ignorés. La culture est laissée en marge, tout comme les aspirations profondes de la nation et du peuple sénégalais. Les populations demandent que les revenus tirés de l’exploitation de nos ressources minières et énergétiques profitent réellement aux terroirs, aux communautés et aux territoires qui les abritent. Alors que le Sénégal se dirige vers l’Acte IV de la décentralisation, avec la création annoncée de pôles territoriaux, le moment est venu de réclamer une répartition équitable de ces ressources. Les huit pôles territoriaux doivent être suffisamment financés grâce aux richesses qui proviennent de leurs territoires.
Nous ne réclamons pas une faveur, mais une juste part. Si le secteur culturel en bénéficie, les retombées se feront sentir dans plusieurs autres domaines, notamment l’éducation, l’emploi et la sécurité. Le chantier reste immense, notamment en matière de développement des industries culturelles et créatives…
Pour développer ces industries au Sénégal, nous devons étudier les expériences étrangères et comprendre les mécanismes qui ont permis leur implantation. Aux États-Unis, par exemple, la Silicon Valley est devenue un territoire entièrement consacré à l’innovation. Dans le cadre des futurs pôles territoriaux, nous pourrions faire de Thiès un grand centre de production culturelle et technologique, soutenu par des investissements massifs. Nous pouvons également nous inspirer d’autres modèles, comme le parc de la Villette, à Paris. Beaucoup de Sénégalais connaissent le Zénith sans savoir qu’il est intégré à un vaste espace où la culture côtoie la technologie et les sciences. La culture relève aussi de l’ingénierie, de la science, des mathématiques et de l’économie. Nous devons prendre conscience de notre potentiel et cesser de nous sous-estimer.
Adama AIDARA

