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Réponse à l’ex ministre Abdourahmane Sarr : À côté du dogmatisme, il y a le réalisme

Monsieur le ministre,

En économie, il arrive qu’une trajectoire dessinée sur le papier finisse par rencontrer la réalité des chiffres. C’est pourquoi nos profs du siècle dernier utilisaient allègrement l’expression « toutes choses égales par ailleurs ».

Avec à la fois une dette proche de 132 % du PIB et surtout près de 25 % des recettes nationales absorbées par les intérêts, le Sénégal dessiné sur feuille Excel ne pouvait plus rester dans le fétichisme d’un embellissement des chiffres attendu en 2036.

Je n’apprends à personne qu’une dette peut être théoriquement soutenable à long terme et devenir, entre-temps, budgétairement étouffante.

Je dépasse ici la rhétorique « dette soutenable » – « dette non soutenable » pour foncer vers une question simple. Dans le cas du Sénégal, comment retrouver rapidement des marges de manœuvre pour financer à la fois l’économie, l’investissement, l’emploi et les services publics ?

Les sachants savent qu’en plus d’une meilleure confiance des marchés, les 2,2 milliards de dollars annoncés avec le FMI serviront de levier au redressement, à la transparence et à la reconstruction de nos marges budgétaires. C’est déjà pas mal, non ?

Les sachants savent que la démarche sénégalaise est préventive et consiste à réaménager rapidement la dette extérieure sans toucher à la dette intérieure en francs CFA, afin de préserver nos banques et d’éviter tout risque de défaut ou d’enlisement.

Ils savent (les sachants) que, sous ce rapport, le Cadre commun du G20 évoqué doit être regardé comme un instrument de réaménagement de la contrainte financière, et non comme un aveu d’échec. L’échec aurait été de s’arcbouter sur l’obsession dogmatique d’un souverainisme plus idéologique que réaliste.

Les sachants savent que la souveraineté économique se construit en produisant davantage, en mobilisant mieux nos recettes, en dépensant mieux et en créant plus de richesse que de dette. Cela exige de regarder la réalité en face, de prendre les décisions qui s’imposent et de les assumer collectivement.

Le Gouvernement, à mon avis, est aujourd’hui dans une posture d’action, loin de la seule posture d’analyste. Il ne se contente pas de commenter la situation, il agit pour la redresser.

Le Gouvernement a compris que, dans les moments difficiles, la responsabilité commande moins de défendre les certitudes d’hier que de construire les solutions d’aujourd’hui.

Plutôt que d’arpenter l’escalier dogmatique de l’horizon 2036, il faut comprendre que le Sénégal du réalisme a déjà préféré l’ascenseur de cet accord avec le FMI afin de retrouver son espace budgétaire et sa marge de manœuvre.

C’est largement mieux, même s’il y a encore du chemin à collectivement faire ensemble. Ensemble voulant dire l’équipe composée de l’État, des ménages, des entreprises non financières et des entreprises financières.

Le Sénégal du réalisme doit travailler en équipe au vu de la situation nationale, sous-régionale et surtout mondiale.

Cordialement,

Mamadou NDIONE
Économiste – Écrivain – Logisticien
Maire de Diass