Société

VALLÉE DU FLEUVE SÉNÉGAL: Des nuées d’oiseaux granivores ravagent les rizières

De Ndiandane à Fanaye, en passant par Guédé Village et Mboyo, les riziculteurs de la vallée du fleuve du Sénégal font face à une invasion massive d’oiseaux granivores. Les volatiles s’attaquent aux épis arrivés à maturité, au moment même où les récoltes débutent. Craignant d’importantes pertes, les producteurs réclament l’intervention urgente des services techniques compétents.

Le spectacle est impressionnant et particulièrement inquiétant dans les périmètres rizicoles de la vallée du fleuve Sénégal, en particulier dans le département de Podor. Des milliers d’oiseaux granivores survolent les rizières avant de fondre sur les parcelles dont les épis sont arrivés à maturité. À Mboyo, dans la zone de Guédé Village, les producteurs se disent désemparés face à un fléau difficile à contenir.

Observé depuis la fin du mois de juillet, le phénomène a progressivement gagné en ampleur en ce début septembre. Les oiseaux trouvent dans les périmètres irrigués des conditions favorables à leur prolifération : des graines en abondance, une disponibilité permanente en eau ainsi que des arbres leur servant de refuges et de lieux de nidification.

Même les moissonneuses ne les font pas fuir

Plus préoccupant encore, les oiseaux semblent désormais peu sensibles aux moyens traditionnels employés pour les éloigner. Alors que le bruit des machines agricoles et le mouvement des moissonneuses suffisaient généralement à les disperser, les nuées restent présentes dans les parcelles et poursuivent leurs attaques malgré le passage des engins.

Cette situation complique considérablement les opérations de récolte et fait peser une lourde menace sur les rendements. Pour les exploitants, l’enjeu est considérable. La riziculture nécessite d’importants investissements en semences, engrais, produits phytosanitaires, main-d’œuvre, irrigation, mécanisation et prestations agricoles. Après plusieurs mois de travail et de dépenses, les producteurs voient ainsi le fruit de leurs efforts menacé au moment crucial de la récolte.

Yaya Oumar Aw, producteur dans la zone, décrit une situation devenue alarmante. « Nous avons été agressés, si vous me permettez le terme, depuis environ un mois. Mais ces derniers jours, la situation a empirée », témoigne-t-il. Selon lui, l’invasion a commencé à être véritablement perceptible vers la fin du mois de juillet, avant de s’intensifier dans plusieurs périmètres de la vallée en août et de s’accentuer depuis quelques jours de manière très inquiétante.

Plusieurs localités touchées

Le producteur estime que les conditions offertes par les zones irriguées favorisent la concentration des oiseaux. « Dès lors qu’ils trouvent des graines pour se nourrir, de l’eau pour boire et des endroits où nicher, il devient très difficile de se débarrasser de ce fléau », explique-t-il. L’achèvement des récoltes dans certaines localités pourrait également favoriser leur déplacement vers les périmètres où le riz est encore sur pied. « Dans certaines zones, les récoltes sont pratiquement terminées. Cela pourrait expliquer la concentration et l’augmentation du nombre d’oiseaux dans notre secteur ces derniers jours », avance M. Aw.

Le phénomène ne se limite d’ailleurs pas à Mboyo. D’après les observations des producteurs, plusieurs localités sont touchées. « De Ndiandane à Fanaye, jusqu’à Mawndou, nous faisons face à une très forte invasion d’oiseaux granivores », alerte-t-il. 

Face à la menace, les producteurs affirment avoir saisi les services compétents. Ils réclament une évaluation rapide de l’ampleur du phénomène et le déploiement de moyens adaptés pour protéger les parcelles encore en production.

Le retard de la campagne pointé du doigt

Au-delà de la lutte contre les oiseaux, cette invasion remet en lumière les difficultés liées au retard dans le démarrage de la campagne agricole. Selon les producteurs, le décalage du calendrier a accru l’exposition des rizières aux attaques des granivores. Un démarrage des activités dès le mois de février permettrait, selon eux, d’achever la production et les récoltes avant la période de forte présence des oiseaux. « Durant cette période, il y a moins d’oiseaux, voire quasiment pas », souligne Yaya Oumar Aw.

Cependant, le lancement précoce des campagnes se heurte à de nombreuses contraintes : insuffisance des ressources financières, accès difficile aux facteurs de production, retard dans la livraison des aménagements réhabilités et problèmes de financement. Pour mener leurs activités, les exploitants doivent mobiliser d’importantes ressources afin de couvrir les prestations culturales, les travaux effectués par les tracteurs, les redevances hydrauliques, l’achat des semences et des autres intrants. 

Or, certains périmètres n’auraient pas bénéficié des financements sollicités auprès des établissements bancaires. Une situation qui retarde le démarrage des campagnes et expose davantage les cultures aux attaques. « Nous ne pouvions toutefois pas renoncer à la campagne, car sans récoltes, les populations risquent d’être confrontées à la famine », explique le producteur.

Un appel à une intervention urgente

À Mboyo, l’urgence est d’autant plus grande que les récoltes ont déjà commencé. Chaque journée qui passe pourrait occasionner de nouvelles pertes. Les producteurs appellent donc les services techniques compétents à intervenir sans délai pour évaluer les dégâts et déployer des moyens de lutte efficaces. Pour eux, la réponse ne doit pas se limiter à une action ponctuelle contre les oiseaux. Elle doit s’inscrire dans une stratégie globale intégrant le respect du calendrier agricole, l’accès rapide au financement, la disponibilité des intrants et la livraison à temps des aménagements réhabilités.

Au-delà de la bataille menée dans les rizières, c’est l’avenir de toute une campagne agricole qui se joue. Pour les producteurs de la vallée, l’heure est désormais à la mobilisation afin de sauver ce qui peut encore l’être et d’éviter que plusieurs mois d’investissements et de sacrifices ne soient réduits à néant.

Mariem DIA