UN INTERDICTION QUI RESTE LETTRE MORTE: Les charrettes imposent leur rythme aux automobilistes sur le corridor du BRT
Malgré l’interdiction formelle de circuler dans la zone d’influence du Bus Rapid Transit (BRT), les charrettes continuent d’emprunter certains axes stratégiques de Dakar. Entre le Pont de l’Émergence et le rond-point Liberté 6 en particulier, ces véhicules hippomobiles, souvent lourdement chargés, ralentissent la circulation et aggravent les embouteillages. Automobilistes et riverains s’interrogent sur l’absence d’application effective de la mesure et la passivité de la police.
La scène est devenue presque banale. Sur la chaussée longeant le corridor du BRT, une charrette transportant d’imposants sacs de foins progresse difficilement au milieu des véhicules. Derrière elle, les automobilistes sont contraints de réduire considérablement leur vitesse, faute de pouvoir dépasser en toute sécurité sur cette voie unique. En quelques minutes, une longue file se forme sur cet axe déjà très sollicité.
Klaxons, freinages brusques et tentatives de dépassement rythment alors la circulation. À proximité, un bus du BRT poursuit normalement sa course sur sa voie réservée, tandis que les automobilistes restent bloqués derrière le véhicule hippomobile. « On passe parfois plusieurs minutes derrière une seule charrette. À cette heure de la journée, il suffit d’un tel ralentissement pour bloquer tout l’axe jusqu’au Pont de l’Émergence », se désole un automobiliste habitué du trajet.
Un autre conducteur laisse éclater son exaspération : « Nous payons des taxes, du carburant et des assurances, mais nous sommes obligés de rouler au rythme des charrettes sur l’un des principaux axes de Dakar. Le plus frustrant, c’est de voir des policiers en très grand nombre sur le trajet sans qu’aucune mesure ne soit prise pour remédier à ce désordre ».
Une interdiction pourtant clairement établie
La circulation des charrettes, pousse-pousse et autres véhicules à traction animale est pourtant interdite sur l’ensemble du corridor et dans la zone d’influence du BRT. Cette mesure découle de l’arrêté préfectoral n°274/P/D/DK du 26 juillet 2024, portant adoption d’un nouveau plan de circulation.
Face à la persistance des infractions, la préfecture de Dakar avait annoncé un renforcement de l’application de cet arrêté à compter du 8 janvier 2026. Les véhicules concernés devaient être systématiquement immobilisés et conduits en fourrière, tandis que leurs propriétaires s’exposaient à des poursuites.
Plusieurs mois après ce rappel à l’ordre, la réalité observée sur le terrain contraste avec la fermeté affichée par l’autorité administrative. Les charrettes continuent de circuler sur le tracé, parfois aux heures de pointe et avec des chargements particulièrement volumineux.
Des riverains ébahis
Les habitants et commerçants installés le long de l’axe ne cachent plus leur étonnement. Certains affirment assister quotidiennement au passage de véhicules hippomobiles, sans réaction apparente des agents de police chargés de réguler la circulation et de la brigade du BRT. « Tout le monde connaît l’interdiction, mais les charrettes passent tranquillement. Elles circulent devant les policiers comme si l’arrêté d’interdiction n’existait pas », fait remarquer un riverain de Liberté 6.
Une commerçante installée non loin du rond-point renchérit : « Aux heures de pointe, la circulation est déjà très difficile. Lorsqu’une charrette arrive, tout se bloque. Les voitures klaxonnent, certains conducteurs montent râlent, les piétons sont exposés ».
Au-delà des embouteillages, cette cohabitation fait également craindre des accidents. La faible vitesse des charrettes, l’importance de leurs chargements et l’absence fréquente de signalisation augmentent les risques, notamment lorsque la visibilité est réduite.
« Nous ne pouvons pas être partout »
Interpellé sur cette situation, un policier affecté à la régulation de la circulation sur ce corridor reconnaît les difficultés rencontrées sur le terrain. « Nous intervenons lorsque les conditions le permettent, mais les charrettes empruntent plusieurs voies secondaires avant de rejoindre les grands axes. Avec les effectifs disponibles et l’intensité du trafic, nous ne pouvons pas être partout à la fois », confie-t-il.
L’agent évoque également la nécessité d’une opération coordonnée pour faire respecter durablement l’interdiction. « Les arrêter ponctuellement ne suffit pas. Il faut des moyens d’immobilisation, une fourrière adaptée et une action continue impliquant tous les services concernés », admet-il.
Un aveu d’impuissance qui ne convainc guère les usagers. Ceux-ci soulignent que des policiers sont visibles à plusieurs intersections du corridor du BRT et réclament des contrôles plus rigoureux.
L’autorité interpellée
La persistance des charrettes sur cet axe pose ainsi la question de l’effectivité des décisions administratives. Sans contrôles permanents ni sanctions, l’arrêté préfectoral risque de demeurer une simple déclaration d’intention. Pour les automobilistes, il ne s’agit pas de stigmatiser les conducteurs de charrettes, dont l’activité constitue souvent un moyen de subsistance, mais de faire respecter un plan de circulation conçu pour améliorer la fluidité et la sécurité sur le corridor du BRT. Des itinéraires alternatifs et des mesures d’accompagnement pourraient également être envisagés.
En attendant une réaction des autorités, les automobilistes continuent de prendre leur mal en patience entre le Pont de l’Émergence et le rond-point Liberté 6. Sur cet axe où la mobilité devait être améliorée, les charrettes imposent toujours leur rythme et mettent chaque jour l’autorité préfectorale au défi.
Mariem DIA

