MONDIAL 2026- 2-0, PUIS LE TROU NOIR: Les choix qui ont condamné Pape Thiaw
En maîtrise pendant près de 85 minutes face à une Belgique longtemps inoffensive, le Sénégal semblait filer vers les huitièmes de finale de la Coupe du monde. Mais en modifiant l’équilibre de son équipe au pire moment, Pape Thiaw a précipité l’effondrement des Lions. Un revers tactique qui offre à Rudi Garcia une qualification inespérée et laisse au sélectionneur sénégalais d’immenses regrets.
Le football est parfois cruel. Il l’est encore davantage lorsque la défaite porte les stigmates de ses propres choix. Ce mercredi à Seattle, le Sénégal n’a pas seulement perdu un seizième de finale qu’il tenait entre ses mains. Il s’est sabordé. Et Pape Thiaw porte une part importante de cette désillusion.
Le sélectionneur avait pourtant préparé ce rendez-vous avec audace. Comme contre l’Irak, Kalidou Koulibaly était laissé sur le banc. Pathé Ciss glissait dans l’axe de la défense à la place d’Abdoulaye Seck, Pape Gueye retrouvait le milieu en remplacement de Lamine Camara tandis qu’Iliman Ndiaye honorait sa première titularisation du tournoi aux dépens d’Ibrahim Mbaye. Des choix assumés… et longtemps validés par les faits.
Pendant plus d’une heure, les Lions ont livré leur prestation la plus aboutie du Mondial. Organisés, agressifs à la récupération et justes dans les transitions, ils ont dérouté une Belgique sans imagination. Habib Diarra récompensait cette domination (25e), avant qu’Ismaïla Sarr ne signe un geste de grande classe d’un contrôle poitrine suivi d’une demi-volée en pleine course (51e). À 2-0, le Sénégal avait le match sous contrôle.
Le problème n’était pourtant pas invisible. Les Belges occupaient constamment toute la largeur avec leurs latéraux très hauts et leurs nombreux joueurs entre les lignes. Cette structure finissait progressivement par ouvrir des intervalles dans le bloc sénégalais. Deux réponses semblaient possibles : renforcer les compensations des milieux ou densifier l’axe en passant à une défense à cinq afin de mieux contrôler Romelu Lukaku et les centres venus des côtés. Pape Thiaw a choisi une troisième voie.
Au lieu de consolider sa ligne défensive, il a injecté des profils plus légers au milieu. Un Pape Matar Sarr en manque de rythme, un Lamine Camara rapidement averti… Aucun des deux n’a permis de reprendre le contrôle du tempo. Au contraire, le bloc s’est étiré, les distances se sont allongées et la Belgique a enfin trouvé les espaces qu’elle cherchait depuis le coup d’envoi.
« Certains joueurs n’en pouvaient plus »
La réduction du score de Romelu Lukaku (86e) a agi comme un électrochoc. Trois minutes plus tard, une sortie hasardeuse de Mory Diaw permettait à Youri Tielemans d’égaliser. Le Sénégal venait de perdre sa maîtrise technique, tactique… et mentale. En prolongation, la Belgique n’avait plus qu’à achever une remontée devenue inespérée. Seul Bara Sapoko Ndiaye a véritablement apporté une plus-value lors de son entrée. Même Ibrahim Mbaye, d’habitude remuant en joker, n’a pas eu le rendement escompté.
« On avait des problèmes physiques, certains joueurs n’en pouvaient plus. Il fallait faire les changements », s’est défendu Pape Thiaw après la rencontre. L’argument est recevable. Mais remplacer des joueurs fatigués n’impose pas nécessairement de modifier l’équilibre collectif. C’est précisément là que le sélectionneur a failli.
Rudi Garcia ne s’est d’ailleurs pas privé de le souligner avec une sortie aussi piquante que peu élégante : « On connaît ces équipes-là, elles perdent leur structure tactique en fin de match. À 2-0, elles veulent protéger leur but, c’est une grave erreur ».
La forme laisse à désirer tant la Belgique a souffert pendant près de 85 minutes. Mais sur le fond, difficile de balayer totalement le constat. Les Lions ont cessé de jouer, perdu leur compacité et offert à leur adversaire les espaces qui lui avaient jusque-là été refusés. Le très haut niveau, c’est cette capacité à prendre les bonnes décisions sous la pression, quand l’émotion pousse à faire l’inverse. Et c’est malheureusement ce qui a manqué au Sénégal face à la Belgique avec un banc qui a perdu le contrôle du match quand le scénario est devenu défavorable.
Cette élimination ne résume évidemment pas le travail accompli par Pape Thiaw depuis son arrivée. Mais elle rappelle une vérité impitoyable du très haut niveau : un match de Coupe du monde peut basculer sur quelques décisions prises depuis un banc de touche. Mercredi soir, celles du sélectionneur sénégalais ont coûté une qualification qui semblait promise aux Lions.
Mouhamed DIEDHIOU

