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MONDIAL 2026 -DÉFAITE CONTRE LA FRANCE (3-1): Pape Thiaw, prisonnier de sa hiérarchie

En maintenant coûte que coûte certains de ses cadres dans son onze et en tardant à injecter du sang neuf face à la France (1-3), Pape Thiaw a sans doute signé son premier véritable faux pas à la tête des Lions. Plus qu’une défaite inaugurale, ce revers met en lumière une question devenue centrale : le sélectionneur est-il prêt à bousculer sa hiérarchie pour servir l’intérêt collectif ?

NEW JERSEY – (Envoyé spécial) – Le football de haut niveau ne laisse aucune place aux sentiments. Encore moins dans une Coupe du monde. Mardi soir, au MetLife Stadium, le Sénégal n’a pas seulement perdu son premier match face à la France. Il a aussi exposé certaines limites dans la gestion humaine et sportive de son sélectionneur.
Depuis sa prise de fonction, Pape Thiaw a construit sa réussite sur sa proximité avec le groupe et sa capacité à fédérer. Une qualité précieuse. Mais face aux Bleus, cette force a semblé se transformer en faiblesse.

Des cadres alignés malgré le manque de rythme
Le choix de titulariser Kalidou Koulibaly et Idrissa Gana Guèye interroge. Le capitaine sénégalais n’avait plus disputé de rencontre officielle depuis le 8 avril. Avant la France, son unique apparition se résumait à quelques minutes contre l’Arabie saoudite. Même constat pour Gana, absent des terrains depuis le 25 avril avant sa courte entrée en jeu lors du dernier amical.
Dans un match de très haut niveau, face aux vice-champions du monde, le pari était risqué. Trop risqué. Les faits n’ont pas plaidé en faveur du sélectionneur. Gana a progressivement perdu en intensité après l’heure de jeu. Koulibaly, lui, a souffert face aux accélérations françaises, pris de vitesse sur les deux premiers buts avant de remettre involontairement le ballon à Kylian Mbappé sur le troisième. Pourtant, le défenseur est resté sur la pelouse jusqu’au bout. Gana n’a quitté ses partenaires qu’à la 88e minute. Pape Guèye, pourtant diminué physiquement depuis plusieurs jours, a lui aussi attendu la 83e minute pour être remplacé.

Le décalage entre le discours et la réalité
En conférence de presse, Pape Thiaw a été catégorique. « Tous les joueurs qui ont joué étaient aptes », s’est-il défendu dans un discours qui contraste fortement avec les propos de Kalidou Koulibaly après la rencontre. « Il y avait des joueurs qui n’étaient pas bien physiquement comme moi et Idy qui n’avons pas joué depuis longtemps, mais aussi Pape Gueye qui était un peu fatigué », a avoué le capitaine.
Rarement un capitaine aura autant contredit publiquement son sélectionneur. Sans polémique ni attaque frontale, mais avec une sincérité qui met en lumière une réalité difficile à ignorer. Le constat est limpide : plusieurs cadres n’étaient pas au maximum de leurs capacités.

Une frilosité inhabituelle
L’autre interrogation concerne la gestion du match. Depuis son arrivée, Pape Thiaw s’était forgé une réputation de technicien inspiré, capable de renverser une rencontre grâce à ses ajustements. Lors de la CAN, plusieurs de ses changements avaient été déterminants. Mardi, cette audace a disparu.
Alors que le Sénégal reculait dangereusement après l’heure de jeu et que les Français accentuaient leur emprise, les premiers changements ne sont intervenus qu’à la 76e minute, soit dix minutes après l’ouverture du score française. Un timing difficile à comprendre tant le manque de fraîcheur physique sautait aux yeux. Les Lions avaient besoin d’énergie. Ils ont attendu.

Le moment de bousculer la hiérarchie
Cette défaite ne condamne rien. La Norvège et l’Irak restent à affronter et le Sénégal conserve toutes ses chances de qualification. Mais elle oblige le sélectionneur à une remise en question. Depuis plusieurs semaines, la non-sélection de Malang Sarr alimente les débats autour de l’influence des cadres dans la Tanière. Vrai ou faux, le sentiment persiste que certaines décisions sont devenues difficiles à prendre. Or les grandes équipes avancent lorsqu’elles acceptent de regarder vers l’avenir plutôt que de récompenser le passé.
Pape Thiaw traverse sa première zone de turbulence. C’est désormais dans l’adversité que se mesurent les grands sélectionneurs. Face à la Norvège, il lui faudra sans doute faire ce qu’il a refusé de faire contre la France : trancher, assumer et froisser si nécessaire. Car à ce niveau, les trophées ne récompensent pas les fidélités. Ils couronnent les choix courageux.

Mouhamed DIEDHIOU