Société

APRÈS LE MAGAL À DAKAR: Les « Thiak Thiak » comptent les heures… pas les courses

Deux jours après le Grand Magal de Touba, Dakar peine encore à retrouver son rythme habituel. Les rues sont moins animées, les commerces tournent au ralenti et les conducteurs de motos-taxis Jakarta, communément appelés « Thiak Thiak », ressentent de plein fouet les effets de cette accalmie. Entre longues heures d’attente, recettes en chute libre et inquiétudes pour l’avenir, plusieurs d’entre eux racontent leur quotidien. Reportage.

À Sacré-Cœur 3, en cette fin d’après-midi du mardi, les motos sont alignées le long de la chaussée. Les conducteurs discutent entre eux, scrutent les passants, espérant qu’un client s’arrête enfin. Mais les minutes s’égrènent sans qu’aucune course ne se présente. Assis sur un banc à côté de sa moto, Thierno, la trentaine, observe la circulation inhabituellement fluide. Son regard trahit une certaine inquiétude.

« Déjà, en temps normal, l’activité est très aléatoire. Certains jours, on rentre avec un peu d’argent, d’autres fois, on ne fait presque rien. Mais depuis le Magal, c’est encore pire. Dakar s’est vidé et les clients se font très rares », confie-t-il.

Mécanicien de formation, Thierno explique qu’il s’est tourné vers le métier de conducteur de « Thiak Thiak » faute d’avoir trouvé un garage où exercer son métier. « Je n’ai pas le choix. C’est avec cette activité que je nourris ma famille et que je couvre les dépenses quotidiennes», poursuit-il.

Il raconte avoir volontairement pris deux jours de repos pendant le Magal avant de reprendre son activité. Mais la reprise est loin d’être celle qu’il espérait. « Depuis ce matin jusqu’à 18 h 30, je n’ai pas encore eu un seul client », lâche-t-il, visiblement découragé.

Une reprise qui tarde

À quelques mètres de là, Pape, quadragénaire habitant Dieuppeul, partage le même constat. Titulaire d’un permis de transport et chauffeur de camion de profession, il exerce aujourd’hui comme conducteur de moto en attendant de retrouver un emploi stable.

Selon lui, le ralentissement de l’activité a commencé dès la veille du Magal. « Samedi déjà, il n’y avait presque plus de travail. Je suis même parti à Touba avec ma moto pour tenter de gagner quelque chose, mais le marché était saturé. Il y avait déjà énormément de motos sur place », explique-t-il.

Revenu à Dakar dès lundi à l’aube, il espérait une reprise plus rapide. « Les gens ne sont pas encore revenus de Touba. Tant qu’ils ne seront pas de retour, ce sera difficile », estime-t-il. Malgré tout, il refuse de céder au découragement. « Moi, si je ne travaille pas, je ne vis pas. Je garde quand même l’espoir que l’activité reprenne dans les prochains jours », tente-t-il de se rassurer.

Des livreurs également touchés

Près d’une boulangerie du quartier, Kara, livreur pour un restaurant privé, fait le même constat. En achetant un casse-croûte avant de reprendre sa tournée, il confie que les commandes de livraison ont fortement diminué.

« Je travaille comme livreur dans un restaurant, mais aujourd’hui ça ne marche vraiment pas. Dakar s’est vidé avec le Magal et les commandes ont chuté », dit-il, soutenant cependant que cette baisse d’activité ne s’explique pas uniquement par le contexte de l’après-Magal.

Il estime en effet que le secteur de la livraison est devenu beaucoup plus concurrentiel. « Aujourd’hui, beaucoup de personnes se lancent dans ce métier et la concurrence est devenue très forte. Certains acceptent des courses à des tarifs très bas, ce qui tire les prix vers le bas », regrette-t-il.

Le jeune homme affirme avoir réalisé moins de 8 000 FCFA de recettes la veille, alors qu’il était sur le terrain depuis 6 heures du matin. « Je n’y retrouve plus mon compte. Nous espérons que les autorités trouveront des solutions pour mieux organiser le secteur », dit-il.

Une ville encore au ralenti

Au-delà des conducteurs de « Thiak Thiak », c’est l’ensemble de la capitale qui semble encore fonctionner au ralenti. Plusieurs Dakarois ont prolongé leur séjour à Touba après le Grand Magal, tandis que d’autres reprennent progressivement leurs activités.

En attendant le retour de l’effervescence habituelle, les conducteurs de motos restent à leur poste, le regard tourné vers la route, dans l’espoir de voir enfin s’arrêter un client.

Mame Ndella FAYE