FONCTIONNEMENT DE LA JUSTICE: Afrikajom Center salue les premières réformes engagées par Me Moussa Sarr
A l’issue d’une audience accordée à son fondateur, Alioune Tine, Afrikajom Center a salué, à travers un communiqué publié hier, les premiers actes posés par le ministre de la Justice, Me Moussa Sarr, en faveur d’une réforme du système judiciaire et de l’amélioration des conditions de détention au Sénégal.
Les premières initiatives du Garde des Sceaux sont perçues comme un signal fort par l’organisation de défense des droits humains. « Nous avons salué les efforts réels du ministre pour tenter de réformer une politique pénale répressive qui fonctionne sur la base de la présomption de culpabilité. Le résultat, tout le monde le connaît : une surpopulation carcérale devenue inacceptable, avec des cellules où des détenus vivent dans des conditions inhumaines qui rappellent les cales des bateaux négriers », indique Afrikajom Center dans son communiqué.
Cette réaction fait suite à la rencontre entre Alioune Tine et le ministre de la Justice, au cours de laquelle Me Moussa Sarr a partagé les enseignements de sa récente visite dans plusieurs établissements pénitentiaires. Selon Afrikajom Center, le ministre, accompagné d’autorités judiciaires, a pu constater de visu les conditions de détention. « Le ministre nous a fait part de son bouleversement profond en voyant les conditions inhumaines dans lesquelles vivent des détenus entassés à près de 150 dans une même cellule, en violation des règles les plus élémentaires de la dignité humaine. Cette visite est inédite dans l’histoire politique du Sénégal et nous la saluons comme une volonté politique manifeste de changer la vie des détenus, d’humaniser la justice et de lui redonner du sens », rapporte Alioune Tine.
Afrikajom Center a également mis en avant la circulaire du 13 juillet 2026, par laquelle le ministre de la Justice demande aux procureurs de limiter le recours au mandat de dépôt. Le texte invite notamment les magistrats à privilégier les modes alternatifs de règlement des différends et à favoriser la mise en liberté lorsque les personnes poursuivies présentent des garanties suffisantes de représentation. « Nous saluons cette volonté politique affirmée de protéger les droits de l’homme et les libertés fondamentales, que le ministre entend mettre en œuvre », souligne Afrikajom Center, qui réaffirme sa disponibilité à accompagner l’État dans cette dynamique de réforme.
Au cours de l’audience, la question de la surpopulation carcérale a largement été abordée. Selon Alioune Tine, le ministre a annoncé que 25 milliards de FCFA ont été mobilisés pour la construction, à partir de 2027, de deux nouveaux établissements pénitentiaires à Malicounda et à Louga, afin d’accroître les capacités d’accueil et de désengorger les prisons.
Les échanges ont également porté sur le manque de ressources humaines dans le secteur judiciaire. « Il faut environ 1 300 magistrats au Sénégal. Quant au barreau, il ne compte qu’environ 439 avocats, majoritairement installés à Dakar, alors qu’il en faudrait presque le double sur l’ensemble du territoire national », a fait remarquer Alioune Tine.
Face à cette situation, Afrikajom Center a proposé l’adoption d’une loi sur la présomption d’innocence, destinée à consacrer de manière plus effective le principe selon lequel la liberté demeure la norme. L’organisation a également recommandé une réflexion sur un recours plus large et plus rationnel aux bracelets électroniques, afin de limiter les détentions provisoires.
Enfin, la structure a encouragé Me Moussa Sarr, présenté comme un homme « qui partage le même ADN que les militants des droits de l’homme avec lesquels il travaille bénévolement depuis des années ».
Mamadou Lamine CAMARA

