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CYBERCRIMINALITÉ EN AFRIQUE: L’Afrique de l’Ouest, nouveau bastion des arnaques aux faux virements

INTERPOL tire la sonnette d’alarme sur l’explosion des cyberescroqueries alimentées par l’intelligence artificielle. Dans son Rapport d’évaluation des cybermenaces en Afrique 2026 publié fin juillet, l’organisation internationale de police criminelle identifie l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale comme les principaux foyers des fraudes aux faux ordres de virement (FOVI), communément appelées « Business Email Compromise » (BEC). Les pertes financières liées à la cybercriminalité sur le continent ont plus que doublé en un an.

L’Afrique fait face à une montée en puissance sans précédent de la cybercriminalité. C’est le principal enseignement du Rapport d’évaluation des cybermenaces en Afrique 2026 publié par INTERPOL, fin juillet. Élaboré à partir des données fournies par les services de police de 36 pays africains et de plusieurs partenaires spécialisés en cybersécurité, le document met en évidence une évolution préoccupante des techniques employées par les cybercriminels.

Le rapport révèle notamment que l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale concentrent aujourd’hui la majorité des fraudes aux faux ordres de virement (FOVI/BEC). Cette escroquerie consiste pour les criminels à usurper l’identité d’un dirigeant d’entreprise, d’un fournisseur ou d’un partenaire commercial afin de convaincre une victime d’effectuer un virement vers un compte bancaire contrôlé par les fraudeurs.

Selon INTERPOL, ces attaques gagnent en sophistication grâce au recours croissant à l’intelligence artificielle générative. Les cybercriminels utilisent désormais cette technologie pour produire des courriels pratiquement indiscernables des messages authentiques, imiter le style d’écriture des dirigeants ou encore fabriquer de faux documents administratifs destinés à tromper leurs victimes.

Des pertes financières en forte hausse

Le rapport souligne également que les conséquences économiques de cette criminalité deviennent considérables. Selon le rapport d’Interpol, les pertes financières causées par la cybercriminalité en Afrique connaissent une envolée spectaculaire. Elles sont passées de 192 millions de dollars (environ 109,3 milliards de FCFA) en 2024 à 484 millions de dollars (plus de 275,5 milliards de FCFA), soit une hausse de près de 150%. Cette explosion est principalement attribuée à la multiplication des arnaques facilitées par l’intelligence artificielle, aux escroqueries liées à la collecte de diplômes et aux campagnes d’ingénierie sociale automatisée.

Outre les fraudes aux faux virements, INTERPOL recense une multiplication des rançongiciels visant les administrations publiques et les entreprises stratégiques, des violations massives de données, des escroqueries sentimentales, des fraudes au mobile money ainsi que des campagnes de sextorsion numérique utilisant des images et vidéos générées par intelligence artificielle.

Le document révèle également que 72% des pays africains interrogés déclarent avoir identifié des centres organisés d’escroquerie (scam centres), témoignant de la professionnalisation croissante des réseaux criminels opérant sur le continent.

Une coopération renforcée recommandée

Face à cette évolution, INTERPOL appelle les États africains à renforcer leurs capacités de lutte contre la cybercriminalité. L’organisation recommande une coopération plus étroite entre les services de police, les autorités judiciaires, les établissements financiers, les opérateurs de télécommunications et les entreprises spécialisées dans la cybersécurité.

Le rapport préconise également d’accélérer la formation des enquêteurs aux nouvelles techniques de cybercriminalité, notamment celles reposant sur l’intelligence artificielle, tout en harmonisant les législations nationales afin de faciliter les enquêtes transfrontalières.

Pour INTERPOL, le développement rapide de l’économie numérique en Afrique constitue une opportunité majeure pour le continent, mais il impose parallèlement un renforcement urgent des mécanismes de prévention et de répression des cybermenaces.

Adama AIDARA

Qu’est-ce qu’une fraude au faux ordre de virement (FOVI) ?

La fraude au faux ordre de virement, appelée Business Email Compromise (BEC), est une escroquerie consistant à usurper l’identité d’un dirigeant, d’un fournisseur ou d’un partenaire commercial afin de convaincre une entreprise d’effectuer un virement vers un compte bancaire contrôlé par des criminels.

Cette fraude repose généralement sur : le piratage ou l’imitation d’une adresse électronique professionnelle, l’envoi d’un faux ordre de paiement présenté comme urgent, l’utilisation de documents falsifiés ou générés par intelligence artificielle pour renforcer la crédibilité de la demande.

Les PME, les grandes entreprises, les administrations publiques et les institutions financières figurent parmi les principales cibles de cette forme de cybercriminalité.

Adama AIDARA