LA CHRONIQUE DE MLD: Diomaye-Sonko, le monde entier vous regarde !Par Mamadou Lamine DIATTA
« L’un des problèmes de notre société aujourd’hui, c’est que les gens ne veulent pas être utiles mais importants »
Winston CHURCHILL
La dernière interview grand format du Président Bassirou Diomaye Faye aura révélé grandeur nature toutes les frustrations d’un Leader qui a saisi une occasion historique pour remettre les pendules à l’heure, dire ses vérités à lui et repréciser ses relations avec celui qui a été jusque-là son mentor politique à savoir Ousmane Sonko.
À quoi jouent ces deux têtes de pont de l’éxecutif ? Ce jeu d’échecs dans une ambiance de ni guerre ni paix n’a que trop duré. En deux ans de pouvoir, c’est le énième différend étalé sur la place publique entre les deux faces d’une même pièce, élues par le peuple sénégalais sous la forme d’un tandem inédit. Sauf qu’une sagesse populaire avait tôt fait de nous renseigner que « le pouvoir et la femme ne se partagent pas. »
Forcément des lignes de friction devraient surgir avec en toile fond l’image de deux taureaux en bisbilles autour de l’abreuvoir, prêts pour la castagne.
Le topo est pourtant simple : Soit la cassure se fait maintenant, soit ils mettent beaucoup d’eau dans leur vin afin de poursuivre leur chemin ensemble. Pour combien de temps encore avant la présidentielle de 2029 ? That’s the question.
Le tandem Diomaye-Sonko est encore une fois à l’épreuve du pouvoir. Une séparation et c’est le Sénégal qui perdra sur toute la ligne. Un gâchis.
Devrait-on s’en émouvoir le cas échéant dans ce monde factice où le fake, la félonie, la duplicité et le mensonge imposent leur loi H 24 ?
Tout de même, Il ne faut pas se voiler la face : Désormais, le Président Diomaye Faye veut exister politiquement pour se sentir à l’aise dans ce costume de Président de la République, clé de voûte des institutions et premier garant de notre vivre- ensemble. En conséquence, Il a décidé de refuser systématiquement ce statut de Leader sous tutelle et proclame définitivement son indépendance en usant d’éléments de langage clairs comme l’eau de roche : « Le Premier ministre est là parce qu’il bénéficie encore de ma confiance. Le jour où il ne me donnera plus satisfaction j’userai du décret pour le remplacer ». Dans cette phrase, on constate toute la froideur et la précision de celui qui incarne l’État du Sénégal au plus haut niveau.
Le Chef de l’Etat veut donc s’affirmer et cela passe quelque part par la négation voire le limogeage de Sonko… Vaste programme ! Cest assurément plus facile à dire qu’à faire si l’on prend en compte les enjeux politiques, économiques et sociaux…
On peut faire des plans sur la comète ou encore s’adonner à de la météo politique à l’image des analystes à la petite semaine qui écument les plateaux –télés de la place, mais les choses ne sont pas aussi simples. En politique 1+1 n’est pas toujours égal à 2. Sonko n’est pas n’importe quel Premier ministre. Il a fait élire des des maires, des députés et désigné un candidat à la présidentielle qui a décroché la timbale au premier tour. Cette performance historique est factuelle.
Bassirou Diomaye Faye est certes un Président de la République normal avec les attributs traditionnels et autres titres prestigieux relevant du domaine régalien comme Gardien de la constitution, chef suprême des armées, protecteur des arts et des lettres…
Tout de même, il faudrait interroger en profondeur les conditions de son arrivée mouvementée au pouvoir. Faire fi de cet aspect, c’est biaiser toute grille d’analyse. De ce point de vue, Il faut constater qu’il n’a pas d’appareil politique comme ses prédécesseurs pouvaient s’en prévaloir d’autant que Senghor, Abdou Diouf, Me Abdoulaye Wade et Macky Sall étaient tous à la tête de puissantes machines politiciennes voire électorales qui broyaient tout sur leur passage. Normal au regard de leur trajectoire et de leur histoire.
C’est donc un problème pour l’actuel détenteur de ce que les Américains appellent le « Top job » à savoir la fonction présidentielle. Ce qui explique aisément le maintien de la coalition Diomaye Président pour servir de plate-forme politique à même de lui permettre de dérouler sa stratégie et de gagner en visibilité. Quid de la popularité ? Une autre paire de manches.
Avec le recul, c’était clair que cet exécutif bicéphale en vigueur depuis deux ans ne saurait perdurer surtout avec l’hyperactivité des faucons qui entourent et conseillent le Président d’un côté et le Premier ministre de l’autre.
C’est dommage pour la République même si les deux protagonistes essaient tant bien que mal d’y mettre les formes avec notamment la tenue régulières des séances du conseil des ministres.
Ce spectacle pour ne pas dire ce théâtre politico-institutionnel qui se déroule sous nos yeux n’augure rien de rassurant pour la stabilité de ce pays pauvre hyper endetté.
À l’international, le Sénégal, porte de l’Afrique, est suivi et scruté à la minute près.
Ce clash qui s’annonce tombe au mauvais moment sur le plan économique. Clairement !
Déjà, selon l’Agence Reuters connue pour sa rigueur, les marchés financiers s’inquiètent avec une chute des obligations sénégalaises suite à la toute dernière sortie du Président relativement à ce risque d’éclatement de Pastef le parti de la majorité parlementaire.
Aujourd’hui, la fracture ouverte et saillante entre le Chef de l’État et son Premier ministre achève de faire de ce pays qui nous mobilise une poudrière à ciel ouvert.
Sonko annonce la présentation du bilan de ses deux années de primature et Diomaye lui emboîte le pas via le ministre Serigne Guèye Diop qui informe que le Chef de l’État présentera son bilan en grande pompe lors du grand meeting de sa coalition prévu le 09 mai prochain au stade Caroline Faye de Mbour. Un dialogue de sourds. Une cacophonie indescriptible au plus haut sommet de l’État sur fond de querelle d’egos.
Winston Churchill avait vu juste : « L’un des problèmes de notre société aujourd’hui, c’est que les gens ne veulent pas être utiles mais importants ». Tout est dit.

