REVUE ANNUELLE CONJOINTE: 11 recommandations en cours d’élaboration
Sur les 18 recommandations retenues lors de la Revue annuelle conjointe (RAC) 2025, cinq ont été réalisées, onze sont en cours d’élaboration et deux n’ont pas pu être exécutées. Une situation que le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique, Dr Ibrahima Sy, a attribuée, hier, à des lenteurs administratives.
Le ministère de la Santé et de l’Hygiène publique a tenu, hier, sa Revue annuelle conjointe (RAC) 2026. Cette rencontre vise à s’assurer de la qualité et de l’efficience de la dépense publique de santé afin de répondre aux exigences croissantes des populations.
Présidant la cérémonie, le ministre de la Santé et de l’Hygiène publique a rappelé qu’après l’adoption et la validation de la Lettre de politique sectorielle couvrant la période 2025-2029, qui prenait également en charge le volet des actions sociales, le remaniement ministériel intervenu en septembre 2025 a consacré le transfert de ce volet au ministère chargé de la Famille et de la Solidarité.
Dans cette dynamique de réajustement, Dr Ibrahima Sy explique que trois nouveaux programmes budgétaires ont été arrêtés en septembre 2025. Selon lui, sur les 18 recommandations issues de la RAC 2025, cinq ont été réalisées, onze sont en cours d’élaboration et deux n’ont pas pu être exécutées.
Le ministre attribue cette situation principalement aux difficultés liées aux procédures de passation des marchés. À son avis, certaines actions restent bloquées pendant plusieurs mois à cause des contentieux administratifs entre entreprises.
« La santé, c’est de l’urgence »
« Ces lenteurs sont difficilement compatibles avec les exigences du secteur sanitaire. La santé, c’est de l’urgence. Aujourd’hui, je ne peux pas avoir des malades qui attendent certaines opérations cardiaques et qu’on dise que pour acquérir le matériel, il faut attendre trois ou quatre mois. Il faut une adaptation des mécanismes de passation des marchés dans le domaine sanitaire. Il faut également revoir un peu nos mécanismes de passation de marchés et nos procédures pour que la santé soit érigée encore au rang d’urgence », a défendu le ministre.
D’autres contraintes, d’ordre budgétaire et administratif, freinent également la mise en œuvre des actions prévues. « On peut dire que le ministère de la Santé a 10 milliards de budget, mais l’autre question, c’est d’arriver à mobiliser ce budget », a regretté Dr Sy qui a néanmoins évoqué plusieurs programmes en cours de réalisation, notamment l’accélération du déploiement du Dossier patient informatisé (DPI), déjà opérationnel dans 22 postes de santé, trois centres de santé et cinq hôpitaux, dont un non hospitalier.
Il a également cité la finalisation du nouveau document portant réforme hospitalière ainsi que la réalisation d’audits sur la qualité des données.
Chantiers en cours
Parmi les principaux chantiers figure l’élaboration du Code de la santé. Ce texte, précise Dr Sy, permettra d’unifier et d’encadrer l’ensemble des dispositions législatives relatives au secteur sanitaire.
Selon lui, ce futur Code constituera une véritable référence pour la santé publique au Sénégal. « Dans trois mois, j’espère que le Conseil des ministres va adopter ce Code avant qu’il ne soit présenté à l’Assemblée nationale. En dehors de cela, il y a la révision de la réforme hospitalière de 1998. Cette réforme mérite une évaluation approfondie. Elle n’a pas été très bien évaluée pour voir un peu ce qui a marché, ce qui n’a pas marché et comment on peut redresser la barre », a-t-il annoncé.
Le ministre a également insisté sur la nécessité d’accélérer les réformes structurelles et d’adapter les procédures administratives aux urgences du secteur sanitaire.
« La carte sanitaire que nous avons eu à élaborer et qui sera validée cette semaine va permettre de prendre en compte les nouveaux standards et les nouvelles normes en termes de besoin de santé des populations. Cette cartographie doit notamment servir à définir les besoins en infrastructures, en localisation des structures sanitaires et en disponibilité des soins à chaque niveau de la pyramide sanitaire. Elle doit permettre de mieux adapter l’offre de soins aux besoins des populations », a expliqué le ministre.
Digitalisation, intelligence artificielle, santé numérique et télémédecine
Par ailleurs, le représentant résident de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Sénégal, Dr N’da Konan Michel Yao, a plaidé pour une intégration accrue des innovations technologiques dans le système sanitaire sénégalais. Selon lui, il est nécessaire d’intégrer pleinement la digitalisation, l’intelligence artificielle, la santé numérique, la télémédecine et l’exploitation stratégique des données, non plus comme des projets pilotes isolés, mais comme de véritables leviers de transformation du système de santé.
Pour Dr Yao, cette transformation doit également s’inscrire dans une logique de souveraineté sanitaire, à travers le renforcement des capacités nationales, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement, le développement de la production locale, l’augmentation des financements domestiques et l’amélioration de l’autonomie décisionnelle du système sanitaire.
« Nous accordons une attention particulière à l’élaboration de la nouvelle stratégie nationale de transformation du système de la santé 2025-2034 qui servira de cap d’orientation au secteur au cours de la prochaine décennie », a-t-il reconnu.
Viviane DIATTA

