CRISE CAN 2025: La bataille de l’opinion est (re)lancée entre Dakar et Rabat
Au lendemain du séisme provoqué par la décision du Jury d’appel, la guerre ne se joue plus seulement sur le terrain juridique. Entre la riposte de la Fédération sénégalaise et le communiqué triomphant du Maroc, la crise s’enlise dans une confrontation de récits.
Le conflit change de terrain. Après la décision fracassante de la Confédération africaine de football (CAF) de retirer le titre continental au Sénégal pour l’attribuer au Maroc, la bataille s’est déplacée sur le front médiatique. Et dans cette guerre de communication, chaque mot pèse.
D’un côté, la Fédération sénégalaise de football (FSF) avait ouvert les hostilités dès mardi soir, dénonçant une décision « inique, sans précédent et inacceptable qui jette le discrédit sur le football africain » et annonçant un recours imminent. De l’autre, la Fédération Royale Marocaine de Football (FRMF) a répliqué ce mercredi avec un communiqué au ton résolument satisfait, saluant une décision « conforme au respect des règles ».
La ligne de défense marocaine est claire : dépolitiser le débat et recentrer la polémique sur le strict cadre réglementaire. La FRMF insiste sur une démarche « constante » visant uniquement à faire appliquer les textes, sans jamais contester la performance sportive. Une stratégie qui vise à légitimer la victoire sur tapis vert en la présentant comme une conséquence logique du droit.
Mais ce discours se heurte frontalement à celui porté à Dakar. Pour le Sénégal, l’affaire dépasse largement la question des règlements. Elle touche à l’essence même du sport, à la primauté du terrain sur les décisions administratives. Deux lectures irréconciliables qui alimentent une fracture narrative profonde.
Dans ce contexte, la conférence de presse annoncée de la FSF, ce jeudi, à 13 heures, s’annonce comme un moment clé. Abdoulaye Fall aura la lourde tâche de répondre à la fois à la position marocaine et aux déclarations nuancées de Patrice Motsepe, qui a soufflé le chaud et le froid. Comme pour narguer tout le monde, la FSF a donné rendez-vous à la diaspora, sur ses différentes plateformes, au Stade de France, le 28 mars, pour fêter la deuxième étoile des Lions. L’enjeu sera autant juridique que symbolique : reprendre la main sur un récit qui échappe progressivement au Sénégal.
Car derrière cette confrontation verbale, c’est une véritable lutte d’influence qui se dessine. Le Maroc avance l’argument de la stabilité et du respect des règles pour crédibiliser la décision. Le Sénégal, lui, joue la carte de l’injustice et de la défense de l’éthique sportive.
À mesure que les communiqués se répondent, le fossé se creuse. Et une certitude s’impose : avant même le verdict du Tribunal arbitral du sport (TAS), la CAN 2025 se joue désormais aussi dans l’opinion. Une bataille d’image où chaque camp tente d’imposer sa vérité, au risque d’exposer un peu plus les fractures du football africain.
Mouhamed DIEDHIOU

