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PATRICE MOTSEPE FACE À LA TEMPÊTE: Plaidoyer pour l’indépendance, doute sur la crédibilité

Sorti de son silence au lendemain du séisme provoqué par la décision du Jury d’appel, le président de la Confédération africaine de football (CAF9, Patrice Motsepe, a tenté d’éteindre l’incendie. Entre défense institutionnelle et reconnaissance d’un malaise profond, son discours peine toutefois à dissiper les soupçons.

Il aura fallu attendre 24 heures pour entendre la voix de Patrice Motsepe. Une prise de parole calibrée, presque juridique, dans un contexte de crise majeure après le retrait du titre continental au Sénégal au profit du Maroc. Le président de la CAF s’est d’abord attaché à poser un principe : « aucun pays africain n’est traité de manière préférentielle ». Une affirmation forte, mais immédiatement confrontée à une réalité qui nourrit la défiance.
Car le dirigeant sud-africain ne nie pas la gravité de la situation. Bien au contraire. Il évoque des événements qui « compromettent » les efforts engagés depuis plusieurs années pour restaurer l’intégrité, la crédibilité et la gouvernance du football africain. Un aveu implicite : la finale de la CAN 2025 agit comme un révélateur des fragilités persistantes de l’institution.
Au cœur de son argumentaire, Motsepe insiste sur l’indépendance des organes juridictionnels. Commission de discipline d’un côté, commission d’appel de l’autre : deux lectures opposées d’un même dossier, qu’il présente comme la preuve d’un fonctionnement autonome. Une ligne de défense classique, mais risquée. Car cette divergence radicale alimente précisément les soupçons d’incohérence, voire d’instrumentalisation.
Pour crédibiliser son propos, le président de la CAF met en avant la composition des instances : juristes reconnus, magistrats issus des différentes zones du continent, sélectionnés selon des standards renouvelés. Une architecture pensée pour garantir l’impartialité. Pourtant, sur le terrain de la perception, le chantier reste immense. Motsepe lui-même le reconnaît en évoquant un « héritage du passé » marqué par la méfiance.
Dans ce climat électrique, le recours annoncé du Sénégal devant le Tribunal arbitral du sport (TAS) apparaît comme une échappatoire institutionnelle. Le patron de la CAF s’y dit favorable, rappelant que chaque fédération dispose de ce droit fondamental. « Chacune des 54 nations africaines a le droit d’exercer les recours nécessaires pour défendre ses intérêts, non seulement au plus haut niveau en Afrique, au sein de la CAF, mais également devant la plus haute juridiction, le Tribunal arbitral du sport. Et nous nous conformerons et respecterons la décision qui sera prise au plus haut niveau. Aucun pays ne sera privilégié ou lésé dans cette procédure », a assuré Motsepe, comme pour éviter toute accusation de favoritisme ou de corruption. Une manière aussi de déplacer le centre de gravité du débat vers une instance extérieure.
Reste que le message présidentiel oscille entre fermeté et fragilité. Fermeté dans la défense du cadre, fragilité dans la reconnaissance des doutes qui minent l’opinion. En affirmant vouloir réformer et élever les standards, Motsepe admet que la crise actuelle dépasse un simple litige sportif.
Plus qu’une justification, cette sortie ressemble à une tentative de reprise de contrôle. Mais à mesure que la contestation enfle, une question demeure : l’argument de l’indépendance suffira-t-il à restaurer une confiance déjà profondément ébranlée ?

Mouhamed DIEDHIOU