SERIGNE GUEYE DIOP APRES LE MEETING « SARGAL DIOMAYE » DE MBOUR: « Ce que nous avons bâti en deux ans, aucun communiqué ne peut l’effacer »
Le ministre de l’Industrie et du Commerce, coordonnateur départemental de la Coalition « Diomaye-Président » à Mbour, Serigne Gueye Diop, revient dans cet entretien sur l’après-meeting « Sargal Diomaye » du 9 mai dernier au stade Caroline Faye. Entre bilan économique et social des deux premières années de gouvernance, justification de l’absence du Chef de l’État et cap fixé pour l’avenir, il a répondu à nos questions sans gants de technocrate. Entretien…
Monsieur le ministre, vous avez été le maître d’œuvre de ce meeting Sargal du 9 mai en tant que coordonnateur départemental de Mbour. Les images du stade Caroline Faye ont circulé dans tout le pays. Comment avez-vous vécu cette journée ?
Je l’ai vécue avec une émotion profonde et une satisfaction renouvelée. Je suis natif de ce département. Je connais ces femmes et ces hommes qui sont venus de toutes les contrées, qui ont parfois bravé des heures de route, notamment ceux qui viennent des autres régions du Sénégal, pour exprimer leur soutien au Président Bassirou Diomaye Faye. Le stade Caroline Faye a refusé du monde. Des militants sont arrivés de Dakar, de Thiès, de Ziguinchor, de Tambacounda, bref un peu de partout à l’intérieur du pays. Cela ne s’organise pas en un claquement de doigts. C’est le fruit d’un travail de terrain considérable mené par des centaines de responsables dévoués que je veux, ici, saluer avec une profonde gratitude. Je pense aux responsables communaux, aux coordinations de base qui ont travaillé dans l’ombre pendant des semaines avec des caravanes, des réunions de mobilisation et de la logistique sur le terrain. Je pense également à Aminata Touré, superviseure générale de la Coalition, Abdourahmane Diouf, Me Abdoulaye Tine, Cheikh Issa Sall qui vient de nous rejoindre et à tant d’autres hommes et femmes. Je pense, aussi, aux élus locaux qui ont mouillé le maillot. Et je pense surtout aux militants ordinaires, ces femmes en tenues aux couleurs de la coalition, ces jeunes qui ont garanti l’ambiance, ces personnes âgées ou en situation de handicap venues témoigner de leur confiance. Ce sont eux, la réalité politique du Sénégal. Pas les commentateurs de plateaux télé ou ces flibustiers de la toile. Ce meeting était aussi symboliquement fort parce que c’est dans cette même enceinte que Bassirou Diomaye Faye avait tenu son dernier meeting avant d’être élu au premier tour en mars 2024. Retourner à Caroline Faye, c’était refermer une boucle et en ouvrir une autre.
Le Président était la principale attraction annoncée. Son absence de dernière minute a suscité des réactions, parfois dures. Comment l’expliquez-vous et comment la base l’a-t-elle reçue ?
Soyons précis. Le Président Bassirou Diomaye Faye n’a pas commis de « faux bond ». Il était retenu par un devoir d’État incontournable : le sommet Africa Forward à Nairobi du 11 au 13 mai, consacré à la souveraineté financière et énergétique du continent africain. Ce sommet n’est pas une réunion de protocole. C’est une plateforme où se discutent des partenariats stratégiques, des financements et des orientations qui impactent directement l’économie sénégalaise. Il y porte la voix du Sénégal. Un Président ne sacrifie pas des négociations stratégiques pour une réunion, aussi importante soit-elle. C’est une évidence que nos militants ont parfaitement comprise. L’agenda présidentiel est vivant, mobile. Dès que la certitude de l’absence a été acquise, nous en avons pris acte et lancé les travaux du meeting.
Mais certains observateurs parlent d’une « confiance écornée » vis-à-vis des militants. N’êtes-vous pas préoccupé par cette lecture ?
Ce que certains appellent « confiance écornée », le terrain l’appelle « preuve de maturité ». Avec les chants, la foule et l’émotion quand le message vidéo du Président est passé sur écran géant, une bonne partie des crispations s’est dissipée. Son discours répond mieux que n’importe quelle note de cabinet. Je comprends que certains analystes de salon interprètent l’absence comme un signe de fragilité. C’est leur droit. Mais quand on voit le stade debout scander « Diomaye », on sait que le lien entre le Président et son peuple est intact. Plus qu’intact : il est solide et ancré. Ce que nous devons améliorer, c’est la communication préventive sur l’agenda présidentiel. Nous le ferons. Mais ne confondons pas une difficulté d’agenda avec une crise de confiance.
Il avait été annoncé que ce meeting était l’occasion de dresser le bilan des deux premières années de mandat. Qu’en est-il réellement de ces réalisations ?
Le bilan est riche, tangible, et à certains égards historique. Permettez-moi d’être concret, parce que c’est ce que les Sénégalais méritent. Nous ne sommes pas dans les grandes formules, mais dans des faits. Sur l’industrialisation d’abord : nous avons lancé plusieurs zones industrielles de type agropole. Trois sont déjà opérationnelles, plusieurs autres sont en chantier. Ce sont des centaines d’emplois créés, de la valeur ajoutée générée localement, une rupture réelle avec le modèle d’une économie de réexportation. Sur le coût de la vie, nous avons pris des mesures ciblées et mesurables. Le riz, l’huile, le sucre, le lait, le ciment : tous les ménages vivent les baisses successives des prix. Ce n’est pas une déclaration d’intention, c’est une réalité que les ménagères vous confirmeront dans les marchés de Mbour comme de Dakar ou d’ailleurs dans le pays.
Et sur le plan social et des infrastructures ?
Sur l’énergie, des efforts considérables ont été consentis pour stabiliser et, dans certains cas, réduire le coût de l’électricité. C’est un levier essentiel, à la fois pour le pouvoir d’achat des ménages et pour la compétitivité de nos entreprises. Sur la santé, nous avons investi massivement dans la construction de nouveaux hôpitaux et le renforcement des infrastructures sanitaires à travers tout le territoire national. Ces établissements ne sont pas des promesses électorales. Ils ouvrent, ils accueillent des patients, ils sauvent des vies. Ajoutez à cela les routes, les salles de classe construites ou rénovées, l’amélioration de l’accès à l’eau potable dans les zones rurales… Ce que nous avons bâti en deux ans, aucun communiqué hostile ne peut l’effacer. Mieux, il est noté partout à travers le monde une hausse drastique des prix des produits hydrocarbures à cause des tensions au Moyen-Orient, mais ici, comme le président de la République l’a dit, nous faisons des efforts considérables pour éviter cette hausse qui pourrait impacter négativement les populations.
Ces résultats sont-ils suffisamment bien communiqués vers les populations ?
Non, et je le dis avec franchise. C’est l’un de nos déficits. Nous avons parfois été meilleurs à construire qu’à raconter ce que nous construisons. C’est pour cela que la nomination récente d’un ministre-conseiller et porte-parole à la Présidence en la personne de mon frère et ami, Me Abdoulaye Tine, est une décision stratégique majeure. La communication institutionnelle doit être plus proactive, plus pédagogique, plus proche des médias. Nous devons parler des preuves, des chiffres, des témoignages de terrain. La vérité ne se cache pas, elle se porte.
Quelles sont les perspectives pour les prochaines années ? Que retenir de l’« appel de Mbour » comme feuille de route ?
L’appel de Mbour est clair : consolider, approfondir, s’ouvrir davantage. Le chef de l’État l’a dit dans son message. Nous devons consolider les acquis économiques, relancer l’agriculture avec une nouvelle politique axée sur l’irrigation et les intrants, amplifier le soutien à l’entrepreneuriat des jeunes et poursuivre l’industrialisation. Il s’agit d’approfondir les réformes institutionnelles comme le rééquilibrage des pouvoirs, l’indépendance de la justice et la lutte contre l’impunité, la décentralisation réelle, le traitement équitable des questions foncières, de la pêche et de l’emploi des jeunes. Le président Bassirou Diomaye Faye tient à l’ouverture. Il nous exhorte à ouvrir le dialogue avec toutes les forces vives, même celles qui ne nous ont pas toujours été favorables. Les années à venir doivent être celles de la stabilité retrouvée.
J’ai dit ce que j’ai dit avec conviction, pas par calcul politique. Le Président Diomaye Faye a 45 ans. Il est à l’apogée de ses capacités intellectuelles et physiques. Aucun président sénégalais n’a pu mener à terme un vaste programme de transformation en un seul mandat. Mais je ne veux pas que la question du second mandat devienne un sujet de diversion. La priorité aujourd’hui, c’est de délivrer sur les trois prochaines années. Si nous délivrons, le peuple décidera. Nous lui faisons confiance.
Abdoulaye DIAO

