TRAVAIL PHYSIQUE DURANT LE RAMADAN: Quand les ouvriers s’endurcissent face à l’épreuve
Sous le soleil brûlant ou dans un vent chargé de poussière, ils avancent, imperturbables. Pendant que certains ralentissent le rythme durant le Ramadan, eux continuent, stoïques. Les ouvriers, véritables piliers de l’économie informelle, vivent ce mois sacré dans l’effort, la sueur et l’endurance. Au fil des années, ils ont appris à apprivoiser cette double exigence : travailler dur tout en jeûnant.
Dans les chantiers, les ateliers ou sur les routes, la réalité est la même : concilier travail physique et abstinence relève du défi quotidien. Pourtant, pas question de lever le pied. « Ils n’ont pas le choix », souffle un observateur. Les commandes restent les mêmes, les exigences aussi. Aucun aménagement notable des horaires : on commence tôt, on finit tard, comme à l’accoutumée.
La fatigue comme compagne quotidienne
Assis sur sa charrette, le regard fatigué, Modou Faye attend un colis à livrer. À ses côtés, un jeune garçon l’accompagne en silence. L’homme ne cache pas son épuisement.
« Je suis trop fatigué en ce moment. Je commence tôt le matin et je rentre vers 18 heures, parce que je n’ai plus de force. C’est difficile de gérer le travail pendant le Ramadan », confie-t-il, la voix lasse.
Un peu plus loin, sur un chantier, Mafall Diop s’active sous un soleil de plomb. À 15 heures passées, la chaleur est écrasante. Le maçon, trempé de sueur, s’interrompt un instant pour reprendre son souffle.
S’habituer pour tenir
« Notre métier demande beaucoup d’énergie. Déjà en temps normal, c’est dur. Alors pendant le Ramadan, n’en parlons même pas », explique-t-il. Malgré la difficulté, il insiste : « Ça ne change rien à ma détermination ».
Avec les années, l’habitude prend le dessus. « Je fais ce métier depuis longtemps. J’ai appris comment m’organiser pendant le Ramadan. Aujourd’hui, je ne crains plus cette période », ajoute-t-il avec assurance.
Dans les garages, le constat est similaire. Déthié Dione, mécanicien depuis l’adolescence, affirme que le travail intense lui permet parfois d’oublier même la faim. « Quand je suis concentré, je peux rester des heures sans manger ni penser à autre chose. Le jeûne passe presque inaperçu », dit-il.
Entre foi, discipline et résilience
Fumeur de surcroît, Déthié assure pourtant que cela ne constitue pas un obstacle. « Ce n’est pas la cigarette qui me manque. Même en dehors du Ramadan, il m’arrive de passer la journée sans manger. Donc je gère », explique-t-il.
Sous le soleil, à ciel ouvert, les conditions restent éprouvantes. « On est toujours fatigués, nos forces diminuent, mais on continue. On sait comment tenir », ajoute-t-il avec une détermination intacte.
Le même engagement se retrouve chez Marcelo Basse, menuisier chrétien pratiquant. En période de carême, lui aussi affronte des journées longues et exigeantes. « Je vais au travail à 8 heures et je rentre vers 18h45. C’est difficile, mais je le fais avec fierté », confie-t-il.
Pour lui, la priorité reste ailleurs. « L’activité est parfois au ralenti. Il faut sortir chaque jour pour espérer gagner quelque chose. Avec la conjoncture, je pense d’abord à nourrir ma famille. Le reste passe après », lâche Marcelo.
Des travailleurs au mental d’acier
Qu’ils soient musulmans ou chrétiens, ces travailleurs partagent une même réalité : celle de l’effort constant, de la fatigue maîtrisée et de la foi comme moteur. Le Ramadan, loin de freiner leur élan, révèle leur capacité d’adaptation et leur courage silencieux.
Dans l’ombre des grandes villes, ces hommes poursuivent leur labeur, jour après jour. Épuisés, mais debout. Fatigués, mais déterminés. De véritables guerriers du quotidien.
Aissatou Mbène COULIBALY

